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A

ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES

Mécanisme indispensable pour que différentes personnes puissent cohabiter en relative harmonie, un « accommodement raisonnable » sert à accomplir ce qui semble « raisonnable » pour rendre un service accessible à une personne ayant des exigences particulières. La majorité des accommodements raisonnables sont mis en place pour accommoder des personnes vivant avec un handicap physique. Toutefois, au cours des 10 dernières années au Québec, la question des accommodements raisonnables a été transformée en dossier chaud par des politicien.ne.s et des chroniqueurs.euses qui ont réussi à mousser l’indignation populaire et le racisme ouvert en traitant de ces négociations tout à fait nécessaires en société comme étant la « preuve » que « les minorités » auraient trop de pouvoir. Même si par nature, les accommodements raisonnables doivent être traités au cas par cas, une hostilité générale à leur égard est encouragée par les discours de l’extrême droite qui poussent à un sentiment d’oppression de « la majorité blanche silencieuse » par le gouvernement et les personnes racisées. Ainsi, au Québec, la panique suscitée par les accommodements raisonnables est l’exemple contemporain le plus clair d’une situation où des segments de l’establishment et de l’État désignent des boucs émissaires d’une manière qui favorise la croissance de l’extrême droite.

Au Québec, le « débat sur les accommodements raisonnables » a commencé en 2006, comme nous l’avons expliqué dans notre Rapport Critique sur la Loi 62 :

L’origine de ce prétendu « débat » – qui est en réalité une campagne prolongée d’incitation à la haine raciste – peut être retracée à la fin de l’an 2006, lorsque plusieurs demandes très différentes de personnes de confessions variées se sont vues amalgamées au sein d’un même récit public sur les demandes « non-raisonnables » formulées par des communautés racisées et de confession non chrétienne – des demandes, selon ce récit, trop souvent exaucées par une majorité québécoise par trop généreuse13. Plusieurs forces ont participé à la construction de ce discours problématique. L’empire médiatique Québécor, mené à l’époque par son président et directeur général Pierre-Karl Péladeau – le futur chef du Parti Québécois – s’est en quelque sorte spécialisé dans la recherche d’exemples courants de demandes d’accommodement pour les mettre en vedette à la une de ses journaux presque quotidiennement. Encouragé par cette mise en scène médiatique, Mario Dumont, le chef du parti Action démocratique du Québec, a déclaré que le Québec était une société européenne dont les valeurs sont inspirées de son patrimoine religieux. Il a ensuite accusé le Parti Libéral de se « prosterner » devant les communautés immigrantes et exigé que l’Assemblée nationale adopte mesures visant à renforcer et protéger « l’identité nationale » du Québec et ses précieuses valeurs « traditionnelles ».

Par la suite, le conseil municipal d’Hérouxville (une localité de moins de 1 500 habitants dans la région de la Mauricie) est intervenu de façon décisive en adoptant un ridicule « Code de conduite pour les immigrants », une règlementation raciste fondée sur des stéréotypes relatifs aux communautés religieuses et ethniques marginalisées, particulièrement les communautés musulmanes. Ce « code de conduite » suggérait notamment qu’il est nécessaire de préciser aux immigré(e)s de s’abstenir de pratiques misogynes telles que la mutilation génitale ou la lapidation des femmes. Entre autres, dans sa litanie de stipulations aussi absurdes que condescendantes, le code d’Hérouxville précise que « le seul temps où il est permis de se masquer ou se recouvrir le visage est durant Halloween; ceci s’agit d’une coutume religieuse traditionnelle ayant lieu en fin Octobre et célébrant le jour des saints. » Le code précisait aussi que : « le style de vie abandonné par [les immigrants] dans leur pays natal ne peut pas être transplanté avec eux ici. Ils vont devoir s’adapter à leur nouvelle identité sociale. »

Hérouxville à fait les manchettes autour du monde. Sous prétexte de critiquer un gouvernement libéral accusé d’être « mou » à l’égard des immigrant-e-s, les prophètes alarmistes avaient réussi à créer une ambiance de xénophobie raciste généralisée qui allait perdurer jusqu’à aujourd’hui. (Il est intéressant de noter que l’homme derrière la résolution d’Hérouxville, André Drouin, s’est plus tard impliqué dans un groupe d’extrême droite, RISE Canada, mené par Ron Banerjee, est s’est associé pour un temps au groupuscule néofasciste Fédération des Québécois de souche. Cette dernière, suite au décès de Drouin l’an dernier, en a fait l’eulogie en le qualifiant de « courageux combattant » dans son organe de propagande, Le Harfang14.)

Sous la gouverne de Jean Charest, les Libéraux ont tenté d’atténuer cette flambée de racisme en créant une commission itinérante, dirigée par les intellectuels Gérard Bouchard et Charles Taylor, dont l’objectif était de prendre connaissance des inquiétudes de la population et de formuler des recommandations pour gérer la « crise » des demandes d’accommodements raisonnables. La Commission Bouchard-Taylor est plutôt devenue une plateforme où les racistes de partout au Québec ont pu se plaindre des musulmans, des Juifs et des Sikhs (mais surtout des musulmans), tout en légitimant la fiction selon laquelle la population immigrante croissante constituait une sorte de crise à laquelle il fallait impérativement répondre.

La Commission Bouchard-Taylor s’est ébranlée de février 2007 à juin 2008. Elle a fameusement produit le Rapport Bouchard-Taylor, dont les recommandations sont généralement restées lettre morte.

ALT-RIGHT (droite alternative)

Mouvement d’extrême droite principalement ancré aux États-Unis, qui épouse ouvertement des positions suprémacistes blanches et misogynes, et dont l’existence dépend principalement de sa présence sur Internet, en particulier sur des plateformes comme 4Chan et Reddit. Le mouvement alt-right a beaucoup gagné en importance en 2016, notamment en se rangeant derrière la candidature de Donald Trump à la présidence des É.-U. L’étiquette alt-right a par la suite commencé à être utilisée pour décrire n’importe quel phénomène se trouvant à la droite de la droite traditionnelle, en particulier les acteurs, actrices et projets ayant une forte présence sur Internet ou mettant de l’avant un style rhétorique agressif. Dans les faits, l’authentique alt-right représente un courant politique restreint mais idéologiquement cohérent, lequel doit être considéré comme un mouvement fasciste contemporain. Bien que ses origines soient exclusivement confinées à l’Internet, l’alt-right a commencé en 2017 à développer une réelle présence dans les rues, notamment lors d’altercations comme celles observées en août à Charlottesville, Virginie.

ANTISÉMITISME

La haine, la peur et l’hostilité à l’égard de la communauté juive ont une longue histoire en Europe, une histoire dont on peut retracer l’origine aux débuts de l’église chrétienne. Au Québec, l’antisémitisme est devenu une pierre d’assise de l’extrême droite dans les années 1920, sur la base de doctrines chrétiennes renforcées par l’hostilité envers la vague d’immigration juive en provenance d’Europe de l’Est à l’époque. Les Juifs et Juives étaient associé.e.s au communisme d’une part, mais aussi à la grande entreprise et aux banquiers.ères. On les accusait encore d’avoir « tué le Christ » et de s’associer « aux Anglais ». À l’époque, l’idéologie anti-juive constituait une sorte de terrain d’entente pour les fascistes québécois.e.s et de grands pans des courants nationalistes et catholiques traditionnels, ainsi que pour les fascistes locaux et l’extrême droite de partout dans le monde. En guise d’exemple, en 1934, des internes de l’Hôpital Notre-Dame ont fait la grève pour protester contre l’embauche d’un médecin juif comme directeur des internes. La grève s’est vite répandue dans d’autres hôpitaux et après trois jours, le Dr. Rabinovitch a dû quitter son poste. À la même époque, la communauté anglophone de Montréal était aussi très antisémite. Par exemple, les conventions encadrant le logement interdisaient aux Juifs et Juives d’acheter de la propriété dans la partie élevée de Westmount et l’Université McGill refusait d’accorder la titularisation au personnel d’enseignement juif. Pour les nazis regroupé.e.s autour de la figure d’Adrien Arcand et de son Parti d’Unité Nationale Canadienne, les Juifs et les Juives n’étaient même pas considérés comme des humain.e.s.

Après la guerre, la communauté juive était toujours accusée d’être à la fois communiste et composée de « mauvais.e.s capitalistes », mais en dehors des cercles nazis et néonazis, l’antisémitisme n’était plus un facteur idéologique central pour la plupart des courants d’extrême droite au Québec. Le thème « des Juifs » revenait tout de même à la surface de temps en temps. Les Juifs et les Juives sont resté.e.s un élément central et indispensable de la vision du monde des néonazis et d’autres tendances d’extrême droite. L’intimidation antisémite et les cas de vandalisme sont redevenus des problèmes occasionnels depuis que des boneheads néonazis ont commencé à s’organiser au Québec dans les années 1980.

En même temps, l’antisémitisme est devenu un point de convergence entre certains courants des mouvements de gauche anti-impérialistes et l’extrême droite. Bien que l’antisémitisme soit différent de l’antisionisme, certain.e.s antisémites se cachent derrière l’antisionisme pour élaborer des théories du complot et des positions politiques anti-juives. Depuis les attaques du 11 septembre 2001, même s’il demeure essentiel pour de nombreux courants d’extrême droite, l’antisémitisme a été en quelque sorte éclipsé par l’islamophobie comme principal discours haineux.


B



C

CAPITALISME

Le capitalisme est un système économique, politique et social au sein duquel les moyens de production sont détenus de manière privée et servent à générer le plus de profits possible, le plus vite possible, à leurs propriétaires.

Le modèle capitaliste est déterminé par les rapports particuliers entre les différentes classes sociales et la position qu’elles occupent respectivement dans la chaîne de production et dans le système économique. Les propriétaires des moyens de production (la bourgeoisie) achètent la force de travail des travailleurs et travailleuses pour produire la richesse. Il existe donc une tension permanente entre la  classe capitaliste et la classe ouvrière : les capitalistes détiennent le capital, mais ne produisent rien, alors que les travailleurs et travailleuses produisent toute la richesse mais en sont dépossédé.e.s… C’est cette tension permanente que désigne la formule « guerre des classes ».

Sur le plan politique, il existe une symbiose et une communauté d’intérêt entre les principaux.ales acteurs.trices des différents modèles d’organisation politique, notamment et surtout la soi-disant démocratie libérale, et les protagonistes du modèle d’organisation économique dominant. On peut ainsi dire que ce système est davantage une ploutocratie, voire une aristocratie capitaliste, qu’une authentique forme de démocratie. Cependant, les capitalistes n’ont pas tous les mêmes intérêts (ce qui va être bon pour une industrie va souvent être néfaste pour une autre, et en même temps, la concurrence entre différent.e.s capitalistes fait en sorte qu’il existe aussi des intérêts différents à l’intérieur de chaque industrie) pour cette raison la classe dominante a tendance à s’organiser en factions. Même si ces factions ont toutes un intérêt commun dans le maintien du système, il peut y avoir des conflits importants entre elles sur toutes sortes d’enjeux. En temps normal, c’est la fonction de l’État bourgeois de résoudre ces contradictions. Lorsque l’État n’arrive pas à arbitrer les différentes factions du capital, ou lorsque l’État résout des contradictions de manière inacceptable pour certain.e.s capitalistes, ces derniers.ères peuvent être attiré.e.s par d’autres solutions : dans ces cas-ci peuvent se créer des appuis de certaines factions de la bourgeoisie à l’extrême droite.

Pour  résumer, le modèle capitaliste est caractérisé par : 1) la concentration privée des moyens de production; 2) la recherche de profits, l’accumulation du capital et la concentration des richesses; 3) l’impératif de « croissance  économique »; l’exploitation systématique d’une force de travail;  4) la prétendue libre compétition des entreprises sur  les marchés, la soi-disant « main invisible du marché », 5) un état qui est censé gérer des contradictions entre les capitalistes, 6) une classe de travailleurs et travailleuses qui sont souvent divisé.e.s par niveaux de privilèges, qui correspond souvent à des hiérarchies racistes et sexistes.

L’hégémonie capitaliste repose sur : 1) l’intégration de l’économie capitaliste et des priorités de la classe capitaliste dans l’appareil d’État; 2) « l’acceptation » sociale et la généralisation du modèle capitaliste, par la domestication de la classe ouvrière, la création d’une élite ouvrière et le renforcement d’une classe moyenne tirant parti du système; 3) l’instauration et la généralisation d’une société de consommation, à l’échelle nationale et internationale.

Dans certaines situations de conflit élevé entre la bourgeoisie et les travailleurs et travailleuses, l’extrême droite peut être instrumentalisée par la bourgeoisie ou l’État pour mater la révolte. Cela n’est qu’un des modèles par lesquels l’extrême droite agit à l’intérieur du système capitaliste.

Il existe des divisions importantes au sein même des travailleurs et travailleuses. Depuis les débuts du système capitaliste, il y a toujours eu des personnes qui ne faisaient pas partie de la bourgeoisie mais dont la situation était plus confortable et privilégiée que la norme au sein de la classe des travailleurs et travailleuses. À part les petit.e.s entrepreneur.e.s et les professionnel.le.s, il y a aussi toujours eu des travailleurs et travailleuses qui ont bénéficié de conditions de travail plus agréables et de salaires plus élevés. Cette « aristocratie du travail » ou « élite ouvrière » s’est élargie au fil des siècles. De l’avis de certain.e.s, il s’agirait maintenant de la majorité des travailleurs et travailleuses dans les pays impérialistes. Dominée par des hommes blancs, cette sous-classe souffre d’insécurité économique dans le système capitaliste et ses intérêts sont encore différents de ceux de la bourgeoisie; pourtant, elle se sent souvent menacée par ceux et celles qui sont moins privilégié.e.s dans leur société et aussi à l’échelle internationale. Cette situation contradictoire et les tensions qui en découlent constituent une base importante pour les mouvements populistes et d’extrême droite.

CHARIA

La charia est la loi islamique codifiant l’ensemble des droits et des devoirs tant individuels que collectifs des musulman.e.s. En arabe, «charia» signifie « le fil conducteur dans la vie ». C’est le « code de conduite islamique », un ensemble de règles, dispositions, interdits et sanctions issus de la tradition et de la jurisprudence. Elle dicte le statut personnel et familial, le droit pénal et public. La loi islamique découle du Coran et de la sunna (les dires du prophète Mohammad) et régit la vie religieuse, sociale, et individuelle. Elle est appliquée avec plus ou moins de rigueur dans certains États musulmans.

Les discours islamophobes propres aux courants d’extrême droite et nationaliste-populistes actuels entretiennent une confusion et une panique autour de la charia et de la prétendue menace qu’elle fait peser sur les pays occidentaux. Dans les faits, il n’y a en tout et pour tout que 3 % de musulman.e.s au Canada, et ces personnes sont soumises aux mêmes lois et règlements que l’ensemble de la population, soit le code criminel et le code civil, lesquels ne sont d’aucune manière menacés ou contestés par une soi-disant loi coranique.

COLONIALISME

Une relation maintenue dans le temps où un peuple (ou une nation) est contrôlé ou exploité par un autre.

Le premier stade du colonialisme est la mission de reconnaissance, qu’on décrit aujourd’hui comme des « voyages d’exploration scientifique ». Le second stade est l’invasion, laquelle plonge les populations autochtones en résistance dans une lutte pour leur survie. L’invasion peut se faire en quelques années ou durer plusieurs dizaines d’années. Dans les Amériques, la guerre biologique a dévasté les populations autochtones. Lorsqu’elles réussissent leur entreprise, les forces coloniales prennent le contrôle du territoire en mettant en place un régime d’occupation. L’occupation est le troisième stade de la colonisation.

Une occupation coloniale peut durer des centaines d’années. Les romains ont occupé la majeure partie de l’Europe occidentale pendant plus de quatre siècles. L’occupation prolongée est le seul moyen d’établir une colonie d’habitation et d’exploiter une entreprise d’extraction à grande échelle. Les occupations prolongées peuvent mener à l’établissement d’États postcoloniaux.

Seule l’occupation prolongée donne lieu au dernier stade de la colonisation, l’assimilation. L’assimilation se traduit par la suppression des cultures et des modes de vie autochtones. En Amérique du Nord, les pensionnats religieux ont été utilisés pour endoctriner les autochtones aux us et aux coutumes de la civilisation européenne.  Des lois d’apartheid, comme la Loi sur les Indiens au Canada, sont aussi promulguées par les États coloniaux. La Loi sur les Indiens encadre le système de réserves et les Conseils de bande, permettant au régime colonial de contrôler la population autochtone survivante.

Une tactique coloniale répandue consiste à utiliser des collaborateurs ou collaboratrices dans la gouvernance autochtone locale pour contrôler la population. Ces collaborateurs.trices tirent du pouvoir, du prestige et de l’argent du système colonial. Ils ou elles donnent parfois l’impression d’être en conflit avec le régime colonial, mais dépendent toujours de celui-ci pour établir leur légitimité. Dans le cadre de sa stratégie de contrôle, l’État finance des groupes politiques et culturels autochtones. Ce financement permet du même coup d’empêcher l’essor d’authentiques mouvements populaires. Malgré l’argent et la bureaucratie, toutefois, le régime colonial doit constamment faire des efforts pour maintenir le contrôle. Lorsque l’argent et la propagande ne suffisent plus à maintenir le contrôle, l’État envoie la police, qui travaille étroitement avec les collaborateurs et collaboratrices des communautés autochtones. La stratégie de la police est d’isoler les personnes plus radicales en criminalisant leurs actions de résistance. De cette manière, la police et l’État favorisent les réformistes et les collaborateurs.trices. Lorsque la police est incapable de contrôler et de réprimer la résistance, l’État déploie ses forces armées.

En fin de compte, des premiers stades du colonialisme à l’occupation prolongée du territoire, le colonialisme dépend de la violence de l’État. Un tel régime, quoi qu’il en soit, ne peut être viable.

Le colonialisme ne dépend pas nécessairement d’un racisme préexistant. Cela dit, la relation coloniale va toujours faire en sorte qu’au sein de la population colonisatrice, le racisme contre les personnes issues des populations colonisées se développe et s’ancre de plus en plus dans les mentalités.

Le colonialisme donne toujours lieu à des mouvements anticoloniaux au sein des peuples colonisés.

[Source – Warrior Publications : https://warriorpublications.files.wordpress.com/2011/03/colonization-decolonization.pdfhttps://warriorpublications.wordpress.com/2014/10/31/comic-what-is-colonialism/]

 

CONFUSIONNISME

Le confusionnisme est une attitude ou une tendance qui consiste à entretenir la confusion dans les esprits et à empêcher l’analyse objective des faits. En politique, le terme confusionnisme est souvent utilisé pour dénoncer les méthodes utilisées par différents courants de l’extrême droite pour accroître leur capital de sympathie et/ou capter un électorat crédule. Cette forme de confusionnisme consiste notamment à introduire dans la rhétorique politique des idées ou des thèmes appartenant habituellement au camp opposé (par ex. critique du libéralisme, référence au peuple, mise en avant de la laïcité, égalité des sexes, revendication d’une démocratie directe, etc.). Le confusionnisme permet ainsi de masquer les éléments classiques du discours de l’extrême droite et brouille la vision qu’ont les membres de la société de l’échiquier politique. Profitant du champ politique laissé libre par le déclin des idéologies de gauche, le confusionnisme est favorisé par la crise économique et sociale, par le rejet de la classe politique et des élites. Il est amplifié par le développement d’Internet, des réseaux sociaux et l’omniprésence médiatique.

CONSERVATISME

Le conservatisme est l’état d’esprit de ceux et celles qui refusent les innovations politiques, sociales et même techniques et qui soutiennent les partis dits conservateurs. Il s’oppose au progressisme. À ses origines, le conservatisme était avant tout un courant contre-révolutionnaire qui considérait les principes de la Révolution française comme contraires à la nature de l’ « Homme ». Le conservatisme défend l’ordre censé être apporté par la continuité. Dans des versions extrêmes, il assure un soutien sans faille à la monarchie. Dans la vie politique, le conservatisme est souvent organisé en partis politiques. Quelques thèmes chers au conservatisme sont : la défense des valeurs traditionnelles (nation, famille, autorité, morale…); la foi dans l’ordre, la hiérarchie et la discipline; la défense de l’entreprise privée; un État peu interventionniste ou encore une politique de défense « musclée ».

CONSPIRATIONNISME

Le conspirationnisme (ou complotisme) désigne un mode de pensée ou une attitude consistant à présenter abusivement, voire trompeusement, un évènement ou un phénomène comme étant la conséquence d’un complot organisé par les autorités ou par une organisation secrète, en général minoritaire et élitiste (étatique, transnationale, financière, militaire, religieuse, etc.). L’explication habituellement admise des faits est remplacée par une interprétation alternative de l’histoire qui énonce l’existence d’un complot secret ayant un objectif caché. L’explication alternative est avancée sans être étayée par un raisonnement scientifique. En particulier, elle omet systématiquement les éléments qui pourraient la contredire et ne peut les réfuter de manière recevable. En tant que croyance, une théorie conspirationniste est élaborée de telle manière que les faits n’entrent pas en contradiction avec celle-ci, mais elle n’est jamais prouvée. Elle n’est pas réfutable car toute preuve contraire peut être interprétée comme étant un faux conçu par les comploteurs ou les comploteuses, ce qui discrédite les explications dites officielles relayées par les médias. Comme pour une croyance, ce n’est pas parce qu’une théorie conspirationniste n’est pas réfutable qu’elle est vraie. La charge de la preuve est inversée, alors que la logique veut que ce soit à celui ou celle qui affirme une théorie de prouver qu’elle est vraie et non aux autres de la réfuter.

Les théories du complot peuvent être partagés par des personnes de gauche, et sont souvent attirantes pour celles et ceux qui vivent l’oppression la plus brutale de ce système, sachant que quelque chose ne va pas et que des personnes puissantes abusent de leur pouvoir et agissent sans scrupule. Cependant, le cadre d’analyse complotiste décourage une compréhension structurelle des questions sociales et des moyens de changer la société. Habituellement, cette attitude aboutit sur l’idée que si seulement on pouvait se débarrasser des « mauvais.e.s » ou des « corrompu.e.s », le système fonctionnerait pour le bien commun.

Les théories du complot sont un élément récurrent des courants d’extrême droite et fascistes. Les courants contemporains de la droite radicale et identitaire, comme l’alt-right aux États-Unis ou des vlogueurs populistes un peu partout, s’appuie fortement sur des théories du complot telles que l’influence pernicieuse des « mondialistes ». Pour des raisons historiques, ces théories sont souvent liées à des théories antisémites.


D



E

EXTRÊME DROITE

L’expression « extrême droite » désigne l’ensemble des partis et mouvements politiques qui défendent des idées et des valeurs de droite en s’appuyant sur un nationalisme ou un traditionalisme très marqués, en les formulant de manière radicale, notamment à l’encontre des tendances politiques libérales ou socialistes. Son autoritarisme et son hostilité aux principes démocratiques, parfois caractérisés comme révolutionnaires, conduisent certains mouvements d’extrême droite à la violence, voire au terrorisme, pour imposer leurs vues. Les mouvements d’extrême droite sont aussi caractérisés par différentes manifestations de xénophobie, pouvant aller jusqu’au racisme, faisant des étrangers.ères leurs boucs émissaires. Ils dénoncent fréquemment les objectifs conspirationnistes du prétendu «  lobby juif » , parfois défini comme « mondialiste ».

Selon Michel Winock, historien français, les discours de l’extrême droite répondent à neuf caractéristiques (à noter que certains éléments ne se retrouvent pas dans toutes les tendances) :

  •          la haine du présent, considéré comme une période de décadence;
  •          la nostalgie d’un âge d’or;
  •          l’éloge de l’immobilité, conséquence du refus du changement;
  •          l’anti-individualisme, conséquence des libertés individuelles et du suffrage universel;
  •          l’apologie des sociétés élitaires, l’absence d’élites étant considérée comme une décadence;
  •          la nostalgie du sacré, qu’il soit religieux ou moral;
  •          la peur du métissage génétique et de l’effondrement démographique;
  •          la censure des mœurs, notamment la liberté sexuelle et l’homosexualité;
  •          l’anti-intellectualisme, les intellectuels n’ayant aucun contact avec le monde réel (Poujadisme).

Les mouvements de l’extrême droite prennent des formes très variées, allant de partis politiques aux groupuscules insurrectionnels pouvant être violents ou partisans du néonazisme, admirateurs du IIIe Reich, etc.


F

FASCISME

Fascism is not just any extreme right-wing position. It is a complex phenomenon that mobilizes a popular movement under the hierarchical direction of a political party and cultivates parallel loyalty structures in the police and military, to conquer power either through democratic or military means; subsequently abolishes electoral procedures to guarantee a single party continuity; creates a new social contract with the domestic working class, on the one hand ushering in a higher standard of living than what could be achieved under liberal capitalism and on the other hand protecting the capitalists with a new social peace; and eliminates the internal enemies whom it had blamed for the destabilization of the prior regime. (https://crimethinc.com/2016/12/13/feature-does-trump-represent-fascism-or-white-supremacy)

Le fascisme est un mouvement politique né en Italie au début du XXIème siècle et développé par Mussolini. Il inspira par la suite le nazisme et divers autres mouvements fascistes en Espagne et au Chili. Le fascisme se définit par la prise en charge par un État totalitaire de tous les niveaux de la vie politique et sociale du pays. Il est représenté par un ou une leader charismatique construisant autour de lui ou elle un culte de la personnalité mais aussi des ancêtres fondateurs.trices du pays. Le fascisme s’appuie sur l’armée et la répression de toute forme d’opposition. Le terme fasciste est passé dans le langage populaire comme une insulte envers toute personne ou tout régime trop autoritaire. Au fil des années, plusieurs théories du fascisme (souvent contradictoires) ont été élaborées par des militant.e.s, des universitaires et des organisations politiques allant de l’extrême gauche à l’extrême droite. Il est donc très difficile d’utiliser ce mot comme autre chose qu’une injure envers des personnes ou groupes qu’on trouve trop autoritaires, sans clarifier sa définition d’avance. Ceci dit, quand il est utilisé par le mouvement antifasciste contemporain, le mot « fascisme » désigne des mouvements qui prônent une augmentation brutale des hiérarchies entre des personnes, et des systèmes de domination tels que le racisme et le sexisme (entre autres), en rupture avec le système de démocratie bourgeoise actuel.

FÉMINISME

Courant de pensée qui a pour principal objectif de lutter contre les inégalités entre les genres, sous toutes leurs formes. Le féminisme a connu plusieurs courants au cours de son histoire. Depuis quelques dizaines d’années, l’introduction d’une analyse intersectionnelle définit une grande partie du mouvement féministe contemporain. L’intersectionnalité, un concept élaboré par Kimberlé Crenshaw dans les années 1980, s’inspire de la longue histoire de lutte et des théories développées par des féministes de couleur, en particulier des féministes noires. L’intersectionnalité aujourd’hui tend à rejeter toute conception binaire ou essentialiste du genre, repose notamment sur le constat que les différentes formes d’oppression s’imbriquent les unes dans les autres selon la position unique que chaque personne occupe dans la société en fonction de son genre, de son sexe biologique, de son origine ethnique, de la couleur de sa peau, de ses croyances religieuses, de son statut socio-économique, etc. Elle fait valoir que la lutte contre l’oppression doit s’opérer contre toutes ces formes d’oppression à la fois, et non seulement contre une forme ou une autre spécifiquement.

Le féminisme est un objet répandu de haine et de mépris au sein de la droite et de l’extrême droite, et dans les dernières années, le féminisme intersectionnel en particulier a beaucoup été attaqué, notamment par certaines personnes qui se servent de la défense des droits des femmes comme cheval de bataille contre la religion en général, et contre l’Islam spécifiquement.

FRONTIÈRES

Les frontières sont des divisions géographiques artificielles créées pour séparer les États les uns des autres et contrôler la circulation des personnes et des marchandises. Les frontières des pays impérialistes sont intrinsèquement racistes, et la possibilité de les traverser librement est un privilège dont la majeure partie de la population mondiale ne peut pas se prévaloir, malgré le fait que la liberté de circulation (définie comme« le droit pour tout individu de se déplacer librement dans un pays, de quitter celui-ci et d’y revenir ») soit enchâssée dans la Déclaration universelle des droits de la personne (article 13). En effet, certains groupes de personnes ne peuvent pas traverser les frontières aussi facilement que d’autres, notamment parce que les gouvernements nationaux établissent des règles xénophobes, en particulier islamophobes (depuis le 11 septembre 2001, afin d’empêcher certaines personnes d’entrer dans « leur » pays). Les frontières sont aussi meurtrières parce qu’elles tuent chaque année des milliers de gens qui tentent de les traverser pour échapper à la guerre, la faim et la répression ou pour réunir leur famille.

“Borders controls are most severely deployed by those Western regimes that create mass displacement, and are most severely deployed against those whose very recourse to migration results from the ravages of capital and military occupations. . . We are all, therefore, simultaneously separated by and bound together by the violences of border imperialism.”

Harsha Walia, Undoing Border Imperialism


G



H

HÉTÉROSEXISME

La croyance en la supériorité ou la normalité inhérente de l’hétérosexualité et, conséquemment, en son droit à la domination ou à l’hégémonie culturelle. Ce terme désigne un système idéologique et des modèles d’oppression institutionnalisés qui nient, déprécient, marginalisent ou stigmatisent toute forme d’attitude, d’identité, de relation et de communauté non hétérosexuelle.

HOMOPHOBIE

Attitude de peur et de haine irrationnelle à l’endroit des personnes homosexuelles, et/ou queer plus généralement (c’est-à-dire, les personnes dont l’identité ou l’orientation sexuelle ne correspond pas aux standards hétéronormatifs). Cette attitude est fondée sur le désir de maintenir un ordre social strictement hétérosexuel, lequel dépend des rôles de genre fondamentalement oppressifs. Voir aussi : hétérosexisme.


I

IDENTITARISME

Il est important de distinguer les mouvements identitaires idéologiques, comme Bloc Identitaire en France, et les courants diffus et mainstream comme ceux qu’on connait au Québec (voir le PQ). Ces derniers sont centrés sur l’importance de préserver l’identité québécoise, non seulement contre l’immigration ou les accommodements, mais contre le multiculturalisme canadien, etc. Mis à part des groupes marginaux comme Atalante, le repli identitaire tel qu’il se manifeste au Québec n’est pas toujours consciemment raciste. Il n’est pas un courant d’extrême droite qui veut changer radicalement le système actuel, mais détient beaucoup de pouvoir et d’influence et se trouve très bien intégré dans ce système, contrairement à ce que l’on observe aux États-Unis et en Europe, où ce terme désigne plutôt des groupuscules d’extrême droite. Au Québec, ce qu’on appelle « le repli identitaire » est à la fois un enjeu électoral pour un mouvement nationaliste institutionnel en perte de repères et de projets cohérents (accommodements, charte), et l’expression de la relation de domination du peuple Québécois vis à vis des communautés immigrantes.

IMMIGRATION

Les populations ont toujours été en mouvement, en dépit des sursauts nationalistes et des replis identitaires qui criblent l’histoire. Le concept d’une population nationale statique, circonscrite par des frontières, est relativement récent dans l’histoire de l’humanité et correspond au développement parallèle de l’État-nation et du système capitaliste. Dans les faits, aucun.e humain.e ne choisit où il ou elle naît, et le concept de nationalité est donc une fiction politique arbitraire. Le statut d’immigrant.e illégal.e n’existe pas juridiquement, mais de manière plus générale, sur le plan éthique, aucun être humain ne peut être qualifié d’illégal en vertu de lois et réglementations nationales. D’ailleurs la liberté de circulation (définie comme « le droit pour tout individu de se déplacer librement dans un pays, de quitter celui-ci et d’y revenir ») est enchâssée dans la Déclaration universelle des droits de la personne (article 13).

INTÉGRISME

Une doctrine qui prône le maintien et l’intégrité des dogmes et d’une tradition religieuse. Par extension et de manière péjorative, le terme intégrisme décrit, au sein d’une religion, l’attitude de ceux et celles qui, au nom de l’intégrité de la doctrine, refusent toute évolution des dogmes et des pratiques traditionnelles, pouvant aller jusqu’à exiger leur application intégrale dans tous les aspects de la vie. L’intégrisme catholique constitue une tendance historique importante au sein de l’extrême droite au Québec comme en Europe. Dans des cas extrêmes, les intégristes catholiques rejettent même la légitimité du pape et de la hiérarchie catholique moderne. Ce fut le cas, par exemple, pour la Fraternité St Pie X et les lefebvristes, secte catholique d’extrême droite proche des réseaux fascistes au Québec.

ISLAM

Fondée au 7e siècle après J.-C., l’Islam est l’une des trois religions abrahamiques, avec le judaïsme et le christianisme. Son prophète est Mohamed et son livre sacré est le Coran. Tout comme ses deux soeurs abrahamiques, et comme l’ensemble des religions organisées (mais pas plus ou moins que les autres), l’Islam comporte des éléments problématiques et oppressifs dans ses écrits sacrés et sa pratique. Il comporte aussi, tout comme les autres religions, de nombreux éléments axés sur la paix, la fraternité et l’amour universel. L’hostilité particulière à l’égard de l’Islam dans les pays occidentaux a été alimentée au cours des 20 dernières années par une rhétorique simpliste construite autour d’un prétendu « choc des civilisations » auquel l’humanité serait condamnée. Cette rhétorique a été érigée en système par des régimes politiques néoconservateurs (notamment celui des États-Unis sous George W. Bush et du Canada sous Stephen Harper) et par de nombreux et nombreuses commentateurs.trices géopolitiques, avec d’autant plus de vigueur dans la foulée d’attentats perpétrés par des djihadistes intégristes en Occident (11 septembre 2001, 7 juillet 2005, etc.). Le concept d’un choc des civilisations, ou d’une incompatibilité fondamentale entre les musulman.e.s en-tant-que-musulman.e.s et les valeurs occidentales, est implicite ou explicite dans les discours xénophobes et racistes que tiennent les courants d’extrême droite et/ou nationaliste-populiste contemporains, au Québec comme ailleurs. Dans les faits, les premières et principales victimes des intégristes islamistes, partout dans le monde, sont les musulman.e.s qui n’adhèrent pas à une vision étroite, rétrograde et oppressive de leur religion. Quand ces derniers et ces dernières sont forcé.e.s de fuir les persécutions, comme par exemple les réfugié.e.s syrien.ne.s au cours des dernières années, ils et elles se retrouvent doublement victimisé.e.s par des sociétés d’accueil au sein desquelles un courant islamophobe propage des discours haineux, et les assimile au terrorisme dont ils et elles sont les premières victimes.

ISLAMOPHOBIE

L’islamophobie prend différentes formes selon les pays et les contextes, mais elle s’appuie toujours sur l’idée qu’il existe un « problème musulman » et que celui-ci requiert une intervention pressante. Ce « problème » est lié à une prétendue « invasion migratoire » qui entraînerait l’imposition de pratiques, de valeurs, de lois et, ultimement, de croyances « étrangères » à l’ensemble de la société. Bien que les musulmans et les musulmanes ne constituent pas une race mais un groupe religieux hétérogène, l’islamophobie tend à réduire l’islam aux populations arabes et à faire des différences culturelles un marqueur de « race ». Un autre argument récurrent est que les populations musulmanes refuseraient de s’intégrer à la société qui les accueille. Mais même lorsque les personnes musulmanes sont nées dans le pays où elles vivent (qu’il s’agisse du Canada, de la France ou des États-Unis), l’islamophobie les renvoie à un corps étranger non-légitime. Ignorant toutes les différences d’origine, de classe, de genre, ou de personnalité au sein des populations musulmanes, elle les réduit à une figure stigmatisée qui incarnerait, par nature ou essence, tous les préjugés négatifs qu’on lui attribue et, par conséquent, ne mériterait pas notre considération et notre respect. Bref, l’islamophobie nie la dignité des populations musulmanes et rejette l’idéal d’égalité entre les personnes indépendamment des origines, de la couleur de la peau, ou des croyances. Parmi les « solutions » souvent mises de l’avant pour « résoudre » ce « problème musulman », notons la surveillance, le contrôle et la disciplinarisation des populations musulmanes, leur assimilation forcée, ou encore leur déportation et la fermeture des frontières nationales. Même si en théorie il s’agit de mesures qui entrent en contradiction avec les principes démocratiques dont se revendiquent le Québec et le Canada, elles font partie intégrante de l’histoire raciste de ce pays, marquée par la xénophobie et la désignation de boucs émissaires.

Pour aller plus loin : Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, Islamophobie : Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman », Paris, Éditions La Découverte, 2016.

Paul Eid, « Les nouveaux habits du racisme au Québec : l’altérisation des arabo-musulmans et la (re)négociation du Nous national », dans Diane Lamoureux et Francis Dupuis-Déri (éds.), Au nom de la sécurité! Criminalisation de la contestation et pathologisation des marges, Montréal, M Éditeur, 2016, p. 81-109.


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LAÏCITÉ

La laïcité est fondée sur le principe de séparation juridique des institutions religieuses et de l’État. Cette séparation a pour conséquence : la garantie apportée par l’État de la liberté de conscience et du droit de d’exprimer ses convictions (droit de croire ou de ne pas croire, de changer de religion, d’assister ou pas aux cérémonies religieuses) et la neutralité de l’État en matière religieuse. Aucune religion n’est privilégiée; il n’y a pas de hiérarchie entre les croyances ou entre croyance et non croyance.

Cela dit, certaines conceptions de la nation et de l’État, donnent lieu à une conception de la laïcité plus autoritaire, et potentiellement raciste, selon laquelle l’État doit supprimer ou circonscrire certaines pratiques religieuses simplement parce qu’elles sont jugées comme religieuses. Comme la religion a des influences sur la culture plus générale (et vice versa), les pratiques qui sont remarquées comme étant « religieuses » sont d’habitude celles qui sont associées avec des communautés minoritaires. Donc, le fait que le 25 décembre soit un congé férié ou qu’on se dise en l’an 2017 ne sont pas considérés comme des choses religieuses, alors que prendre congé pour le Yom Kippur ou dire qu’on est en l’an 5778 le sont.

LIBÉRALISME

Le libéralisme est une doctrine politique apparue au XIXe siècle, qui réclamait la liberté politique, religieuse et économique dans l’esprit des principes de la Révolution française, c’est-à-dire en réaction aux régimes absolutistes. L’Anglais John Locke, en faisant de l’individu et de ses droits inaliénables (liberté, propriété…) le centre et l’origine des relations sociales, est un précurseur intellectuel du libéralisme. En politique, le libéralisme est une attitude qui défend les institutions soi-disant démocratiques et les libertés individuelles.

LIBERTÉ D’EXPRESSION

La liberté d’expression est un droit reconnu juridiquement selon lequel les individus peuvent exprimer leurs idées politiques, religieuses ou culturelles, sans subir la répression de l’État. On lui associe la liberté de presse, d’association et de manifestation. Ce droit est tout de même encadré par certaines lois, dont celles interdisant les propos haineux.

Les groupes racistes, d’extrême droite, fascistes, les animateurs et animatrices de radio-poubelle ou certain.e.s humoristes défendent souvent leurs prises de positions racistes, xénophobes, sexistes, homophobes ou islamophobes en invoquant leur droit à la liberté d’expression, alors que leurs discours hostiles sont en fait une incitation à la haine.

La question qui se pose à nous aujourd’hui est la suivante : jusqu’où doit-on permettre aux groupes et mouvements d’extrême droite de mettre librement de l’avant des discours xénophobes faisant échos aux mouvements fascistes historiques? Où finit la liberté d’expression et où commence le discours haineux?

À cette question, nous répondons que lorsqu’un.e ou des bouc-émissaire(s) sont clairement identifiables dans un discours exclusiviste (nous contre eux ou elles), et que ces boucs émissaires correspondent à des groupes marginalisés ou opprimés au sein d’une majorité dominante (par exemple, les personnes de couleur et/ou « immigrant.e.s » racisé.e.s dans une société où prévaut toujours la suprématie blanche; les féministes dans une société toujours patriarcale; les Autochtones dans une société coloniale; les personnes queers et/ou trans dans une société résolument hétérosexiste, homohobe et transphobe, etc.), il relève non pas seulement d’un impératif moral, mais d’une stratégie d’autodéfense pour nos communautés de contrer ces discours et de démanteler ces groupes et mouvements par tous les moyens nécessaires.


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MASCULINISME

Le masculinisme (assimilable au courant Men’s Rights Activists dans le monde anglo-saxon) est un mouvement réactionnaire et antiféministe défendant la position dominante des hommes dans la société et leurs privilèges associés. Il prône une conception différentialiste des hommes et des femmes, légitimant la domination masculine par des arguments biologiques. Résistant au principe d’égalité entre les hommes et les femmes, il dénonce toute avancée du féminisme comme une atteinte au droit des hommes. Ce discours antiféministe les amène à défendre la primauté du père sur la mère et de l’homme sur la femme, voire à légitimer la violence conjugale. L’auteur de la tuerie de polytechnique, Marc Lépine, est un des emblèmes de la violence et de la domination associée au masculinisme au Québec. Plusieurs figures contemporaines de l’extrême droite québécoise, tel le youtuber et allié de La Meute « Stu Pitt », tiennent de tels discours antiféministes et masculinistes sur leurs tribunes.

MULTICULTURALISME

Presque toute société est multiculturelle dans les faits, si par ceci on entend qu’il y a plusieurs cultures et peuples qui cohabitent au sein de la société. Au Canada, la politique fédérale de multiculturalisme fut déclarée en 1971. Par la suite, elle fut reconnue dans la Charte des Droits et Libertés en 1982 et par le gouvernement conservateur de Brian Mulroney en 1988. Ces déclarations gouvernementales sont à la fois le résultat de luttes de différentes communautés culturelles au sein du Canada et d’une politique néocoloniale de l’État canadien, visant à gérer une société capitaliste dans laquelle il y a toujours eu un lien étroit entre classe sociale et groupe ethnique ou culturel. En même temps, la politique multiculturelle du gouvernement fédéral a été perçue comme une menace et une insulte par des sections importantes du mouvement nationaliste au Québec, qui y voyaient un programme visant à affaiblir le pouvoir du peuple québécois en instrumentalisant des communautés culturelles minoritaires. Cette hostilité aux politiques de multiculturalisme et au modèle canadien du multiculturalisme restent des points de repère importants pour l’extrême droite au Québec, ainsi que pour plusieurs personnes qui ne sont pas d’extrême droite. Cette hostilité de base à l’égard du multiculturalisme a préparé le terrain pour une montée de l’islamophobie qu’on observe depuis bientôt 20 ans. C’est cette situation qui permet à La Meute d’écrire en 2017 que : « Le multiculturalisme canadien est un multiculturalisme d’aplaventrisme qui amène le citoyen canadien à s’adapter aux autres cultures en les accommodants au détriment de notre culture, de nos valeurs, de nos lois. »


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NATIONALISME

Le nationalisme est une doctrine politique et/ou idéologique qui peut tendre vers la libération et l’indépendance politique d’une nation lorsqu’elle est soumise à une domination étrangère dont elle souhaite s’émanciper, ou vers un sentiment conservateur identitaire plaçant l’intérêt de la nation (idéalisée) devant toute autre considération lorsqu’elle est elle-même en position dominante. Cette deuxième forme de nationalisme peut trouver son origine dans des peurs provoquées par des dangers extérieurs ou par un ennemi intérieur (xénophobie, antisémitisme, islamophobie). Il conduit alors à un certain isolement et au retour vers le système de valeurs (lui aussi idéalisé) sur lequel est fondée la nation.

Le nationalisme a pour trait principal de faire passer la solidarité nationale devant toute autre forme de solidarité, dont la solidarité de classe. Ainsi, quand une perspective nationaliste prédomine sur une vision solidaire internationaliste, les travailleurs et travailleuses et les classes populaires d’une nation comme le Québec, par exemple, plutôt que de se solidariser avec les immigrantes et immigrants des classes ouvrière et populaire, s’y opposent activement et en font les boucs émissaires de tous leurs problèmes (chômage, précarité, etc.). Cette division fait bien entendu le jeu de la classe capitaliste, qui peut poursuivre impunément l’exploitation des travailleuses et travailleurs immigrant.e.s, avec la complicité des plus pauvres et du prolétariat « natif ». Cette attitude de repli nationaliste est bien représentée par le slogan d’extrême droite « Les nôtres avant les autres ».

Bien que toute l’histoire du Québec soit traversée par ces deux modèles nationalistes (progressiste et conservateur), sa situation est un peu exceptionnelle en ce que le mouvement nationaliste y est passé, en moins d’un demi-siècle, d’une conception ostensiblement libératrice du nationalisme (pensons au manifeste de FLQ) à une conception majoritairement conservatrice (pensons au projet de Charte des valeurs du PQ). Sans suggérer que TOUS et TOUTES les nationalistes québécois.e.s en 2017 sont nécessairement de droite et conservateurs.trices, il est indéniable que le mouvement nationaliste actuel est davantage axé sur la préservation des attributs traditionnels de la nation québécoise (la langue française, un catholicisme « patrimonial » plus ou moins  laïque, etc.) face à des menaces fantasmées (le multiculturalisme, l’immigration, etc.) plus que face à une réelle force dominatrice étrangère (jadis incarnée par le pouvoir central au Canada).

Lorsqu’on s’interroge sur le nationalisme, il est donc nécessaire d’examiner le statut et la position particulière dans le monde de la nation concernée. Jusqu’à la révolution tranquille, les Québécoises et Québécois étaient objectivement subjugué.e.s économiquement, politiquement et socialement, relégué.e.s à un statut de second ordre au sein de la nation canadienne ainsi que par des capitalistes des États-Unis. Le gouvernement du Québec sous l’Union nationale, qui revendiquait l’autonomie provinciale juste assez pour engraisser sa bourgeoisie, était davantage intéressé à préserver les éléments traditionnels de la nation québécoise qu’à l’émanciper politiquement du joug de l’État canadien. Suite aux bouleversements sociaux de la révolution tranquille, l’intégration graduelle du mouvement nationaliste à l’appareil d’État (jusqu’à la prise du pouvoir du Parti Québécois en 1976), la création et la consolidation du « Québec Inc. » suivie d’une prospérité relative de l’économie nationale, les deux échecs référendaires et le virage résolument néolibéral du PQ, la confrontation entre les nations mohawk, québécoise et canadienne lors de la « crise d’Oka » en 1990, puis la crise d’identité permanente du PQ, le mouvement nationaliste québécois se retrouve dans une drôle de situation. Toujours captive de son récit fondateur du colonisé subjugué et maltraité, la nation québécoise avait pourtant accédé à une position relativement privilégiée, à la fois au sein de la confédération canadienne et vis-à-vis du reste du monde.

Le ressac néolibéral n’a toutefois pas été sans conséquences, et une partie de la classe ouvrière et de la classe moyenne québécoise cherche depuis quelques temps de nouveaux coupables pour expliquer ses reculs et la stagnation de l’économie. Plutôt que d’accuser l’élite politique et économique (y compris le rôle central du PQ et du Québec Inc.) et le système capitaliste dans son ensemble, la pointe la plus réactionnaire du mouvement nationaliste incarnée par la légion d’« angry péquistes » et le membership de groupes comme La Meute se tourne vers des boucs émissaires préfabriqués (les immigrant.e.s, les musulman.e.s) pour justifier une attitude agressivement conservatrice versant souvent dans le racisme et la xénophobie.

NATIONALISME BLANC

Une forme d’idéologie suprémaciste blanche qui met de l’avant un concept de nationalité fondée sur l’appartenance à une soi-disant race blanche. Les nationalistes blanc.he.s prétendent que les forces et les vertus de la culture européenne et des personnes blanches sont la base de tout ce qui est juste et bon, dans un pays comme les États-Unis par exemple. Certains nationalistes blanc.he.s désirent réinstaurer la domination et la primauté explicite des blanc.he.s dans le cadre des organisations politiques existantes. D’autres souhaitent renverser l’ordre politique établi et le remplacer soit par une nouvelle nation exclusivement blanche, soit par un archipel « d’ethno-États » définis par la race.

NATIONAL-POPULISME

Les mouvements populistes cadrent les enjeux politiques en fonction d’un groupe amorphe et mal défini, « le peuple », qu’ils opposent à la fois aux étrangers.ères et aux « élites ». Il y a eu de nombreux mouvements populistes partout dans le monde tout au long de l’histoire. Bien que les mouvements populistes puissent être progressistes ou réactionnaires, à l’époque actuelle, dans les nations traditionnellement racistes de l’Occident riche, ces mouvements tendent à se trouver à la droite et à l’extrême droite de l’échiquier politique. Dans ces sociétés, « le peuple » est presque toujours assimilé à la classe moyenne blanche, laquelle serait menacée à la fois par « en bas » (les gens de couleur et les blancs pauvres) et par « en haut » (les mystérieuses élites et les politicien.ne.s corrompu.e.s, souvent présumé.e.s étrangers.ères et/ou des communautés juive ou musulmane).

Dans le cas du Québec, « le peuple » est considéré à la fois comme le cœur productif de la société et la source de sa légitimité en tant que nation. Le Québec est perçu comme étant menacé par les immigrant.e.s (surtout les musulman.e.s),  les politicien.ne.s corrompu.e.s (surtout le Parti libéral et Québec solidaire) et, dans la plupart de ses versions, par la progression de l’anglais et le pouvoir de l’État canadien. Ainsi, ce milieu s’appuie sur des positions et une rhétorique généralement associées au mouvement nationaliste québécois, tout en y intégrant des éléments xénophobes, complotistes et antiélitistes. C’est pourquoi nous appelons ce courant « national-populiste ».

Bien que le plus important groupe nationaliste-populiste au Québec actuellement soit La Meute, ce milieu est fort large, comporte de nombreux points de convergence avec d’autres courants politiques, et peut éventuellement se prêter à toutes sortes de positions politiques. Les nationalistes populistes peuvent même adopter des positions habituellement comprises comme « progressistes » ou « de gauche », notamment sur les questions environnementales, les mesures d’austérité ou la répression politique, par exemple. Toutefois, en tant que cadre d’analyse, même dans sa forme la plus « à gauche », le nationalisme populiste sape les luttes contre le colonialisme, le capitalisme, le patriarcat et la suprématie blanche, soit en prétendant que ce ne sont pas de vrais problèmes, soit en rejetant la responsabilité de ces problèmes sur des individus corrompus ou des forces étrangères à la nation. Étant donné ce fort accent placé sur les individus et les causes externes, les nationalistes populistes ont tendance à éviter les analyses systémiques ou la rigueur théorique en faveur d’appels au « bon sens » et au sentiment d’indignation.

Le milieu nationaliste populiste regroupe de nombreux éléments proto fascistes et ouvertement racistes aux côtés d’autres qui sont plus mal à l’aise avec ces positions. Depuis le massacre au Centre culturel islamique de Québec, le 29 janvier 2017, l’influence de ces éléments fascistes a augmenté, tandis que le milieu plus large s’est rebiffé contre certaines mesures comme le projet de loi M-103 et la Commission sur le racisme systémique, et s’est senti attaqué par des reportages dans les médias les décrivant comme « d’extrême droite ». Même si tous et toutes les fascistes ne sont pas enraciné.e.s dans le milieu nationaliste populiste, celui-ci est un exemple évident de base d’appui pour les idées fascisantes et peut être considéré comme une chambre d’incubation où les tendances plus radicales peuvent se développer.

NATIVISME

Le nativisme est une position politique surtout associée aux États-Unis, qui était initialement caractérisée par trois éléments. Premièrement, l’hostilité à l’égard des immigrant.e.s en raison de leurs différences perçues, culturelles ou autres, et l’anxiété liée à la possibilité que ceux et celles-ci accaparent des emplois « américains ». Deuxièmement, la peur des radicaux et radicales qui n’étaient pas satisfait.e.s de la démocratie américaine et ne reconnaissaient pas les États-Unis comme l’ultime source de liberté. Finalement, le fanatisme anticatholique, c’est-à-dire les Catholiques ayant des allégeances à des institutions à l’extérieur des É.-U. qui étaient perçues comme antiaméricaines. Le nativisme prospère lorsque l’écart entre les classes s’élargit, c’est-à-dire lorsque les plus pauvres et les plus riches se trouvent de plus en plus isolé.e.s du reste de la société. Autant les pauvres que les riches se campent sur la défensive et jettent un regard méfiant sur quiconque pourrait éventuellement soit prendre le peu qui leur reste, soit menacer leur place au sommet de la pyramide.

Bien qu’il s’agisse d’un phénomène social généralement associé au développement historique des États-Unis, l’attitude nativiste s’observe aussi de nos jours dans une nation postcoloniale comme le Québec et le Canada : une partie de la majorité blanche s’attache jalousement à ses acquis en projetant sur les minorités et les étrangers.ères toutes sortes de menaces plus ou moins imaginées.

NAZISME ET NÉONAZISME

Le mot nazisme vient de l’allemand nationalsozialismus (national-socialisme), l’idéologie d’extrême droite du parti d’Adolf Hitler. Cette idéologie, une forme du fascisme, se base sur le mythe de la supériorité de la race « aryenne » (les personnes de type « nordique »). Elle se base donc sur l’idée fausse qu’il existe plusieurs races humaines et que certaines sont supérieures aux autres. Le parti nazi voulait aussi conquérir un « espace vital » pour l’Allemagne et exterminer les « races » et les peuples considérés comme « inférieurs », par exemple les Juifs et Juives, ainsi que les personnes homosexuelles et les personnes ayant un handicap physique et, en général, toute personne qui s’opposait au parti. Le nazisme est aussi hostile à la liberté de la presse et au syndicalisme. Il cherche à rallier la classe ouvrière en prônant l’union des classes sociales dans une même communauté nationale homogène et blanche. Cette idéologie a mené à la deuxième guerre mondiale, aux camps de concentration et à la mort de millions de personnes.

Au Québec, le parti pro-nazi durant la période d’Hitler était le Parti d’Unité Nationale du Canada d’Adrien Arcand, qui était farouchement opposé au nationalisme Québécois. Après la guerre, Arcand et le PUNC ont continué à faire de la propagande antisémite et anticommuniste. Alors qu’à l’échelle internationale, des courants révolutionnaires d’extrême droite se sont développés au sein de nouveaux mouvements néonazis, le PUNC est toujours resté hyper-conservateur.

Le parti aura influencé certains courants politiques et culturels très marginaux au Québec entre les années 1950 et 1980, notamment avec l’arrivée des boneheads, qui étaient initialement des regroupements d’ami.e.s ensuite organisés en groupes plus officiels comme United Skinheads of Montreal et White Power Canada. Ces boneheads étaient recruté.e.s agressivement par des néonazis aux États Unis et en Europe. Au cours des dernières décennies, le Québec aura toutefois vu l’émergence de courants proprement néonazis. En 1992, au parc Angrignon, Yves Lalonde fut assassiné pour des raisons homophobes par des boneheads associés à White Power Canada ainsi qu’au groupement néonazi international NSDAP-AO (basé aux États Unis). Par la suite, d’autres boneheads ont été soupçonné.e.s de plusieurs meurtres d’hommes gais durant les années 90. Au cours de cette décennie, des mouvements néonazis tentèrent de s’organiser au Québec. Les principaux étaient le Heritage Front (basé à Toronto) ainsi que Longitude 74 (cellule du KKK au Québec).

Depuis plusieurs années, grâce aux réseaux sociaux, il y a une diffusion d’idées et d’affinités néonazies au Québec venant de groupes d’Europe et des États Unis. En 2014, la Fédération des Québécois de souche fut fondée par Maxime Fiset en tant qu’organisation néonazie, ayant des liens directs avec le Mouvement National Socialiste Français et le site web américain Stormfront.


O

OPPRESSION/ANTI-OPPRESSION

L’oppression désigne le pouvoir et les effets de la domination. Il y a plusieurs formes d’oppression, et elles sont souvent imbriquées les unes dans les autres : le racisme, le sexisme, l’oppression de classe, l’hétérosexisme, l’antisémitisme, le capacitisme, l’âgisme, etc. Le pouvoir institutionnel illégitime confère à certains groupes une position dominante par rapport à d’autres groupes, et cette domination est maintenue et perpétuée sur le plan institutionnel. La plupart des personnes sont à la fois sujettes à l’oppression sur certains axes, tout en bénéficiant de certaines formes de privilège, ce qui exige une analyse détaillée et concrète de chaque situation. L’anti-oppression désigne la théorie et la pratique militante développée pour lutter contre toutes les formes d’oppression, ainsi que les mouvements sociaux qui adhèrent à ces théories et pratiques.


P

POPULISME

Mouvement politique né aux États-Unis (Parti populiste) puis en Russie à la fin du 19e siècle, ayant comme volonté de représenter le peuple contre des élites ou généralement contre des « autres » mettant en danger un « nous ». Le terme est passé dans le langage populaire comme une critique de politiques axées sur l’émotion, plutôt que sur une construction politique. Le populisme se base sur l’idée d’un peuple construit, et divise le monde en deux : eux ou elles, et nous. C’est une politique de ressentiment. C’est pourquoi le populisme est si présent dans les discours d’extrême droite, par la faculté de son discours à créer des antagonismes simplistes. Cependant, le populisme n’est pas propre à l’extrême droite et de nos jours, nous semblons être entré.e.s dans un « moment populiste » où, à gauche comme à droite, soit on se revendique de plus en plus d’un peuple constitué, soit un homme (ou femme) providentiel.le prétend être l’incarnation du peuple. Le peuple n’est pas le populisme; c’est un prétexte au populisme. Le peuple, ce sont les classes populaires.

Au Québec, nous pouvons associer Gabriel Nadeau Dubois à une forme de populisme de gauche et Bernard Gauthier à une forme de populisme de droite.

PRIVILÈGE

Un pouvoir social immérité conféré par les institutions formelles et informelles de la société aux membres d’un groupe dominant (par exemple, le privilège blanc, le privilège patriarcal, etc.). La plupart des personnes sont à la fois sujettes à l’oppression sur certains axes, tout en bénéficiant de certains privilèges, ce qui exige une analyse détaillée et concrète de chaque situation. Le privilège est habituellement invisible aux yeux des personnes qui le détiennent, car nous sommes tous et toutes conditionné.e.s à ne pas le voir, mais il place néanmoins ces personnes dans une position avantageuse par rapport à celles qui n’en ont pas.

PRIVILÈGE BLANC (ou des blancs)

Le privilège blanc est un système perpétué historiquement et institutionnellement :

  1. De préjugés préférentiels à l’égard des personnes blanches en fonction de la couleur de leur peau et de leur origine ancestrale européenne; et
  2. D’exemption de l’oppression raciale ou nationale fondée sur la couleur de la peau et l’origine ancestrale africaine, asiatique ou moyen-orientale.

PROTECTIONNISME

 


Q

QUEER

Terme employé de différentes façons, selon le contexte. Il est d’abord un terme générique désignant les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, intersexes, « genderqueer » ainsi que d’autres identités. Puisque au sein de la société « straight » hétéronormative, le mot « queer » fut d’abord une injure, le terme est aussi utilisé pour détourner et se réapproprier une désignation autrefois connotée négativement. Le terme « queer » désigne également la fluidité des genres et de la sexualité ainsi qu’un rejet des catégories sociales imposées. Voir aussi : hétérosexisme.


R

RACE

Une classification spécieuse des êtres humains consistant à assigner la valeur humaine et le statut social en considérant (habituellement) la race « blanche » comme modèle d’humanité et summum de l’accomplissement humain, dans le but d’établir et de maintenir un ensemble de pouvoirs et de privilèges. Voir aussi: privilège blanc.

RACISME

Le racisme est, à la base, une théorie fondée sur une croyance scientifique en la réalité biologique des races, différenciant et hiérarchisant les différents types humains. Ces théories ont créé différentes classes sociales et catégories d’humain.e.s et ont permis l’extermination de nombreuses populations par génocide.

Le racisme a par la suite évolué, puisque n’étant plus soutenu par des théories scientifiques, et concerne maintenant des phénomènes culturels et des groupes sociaux.

Le racisme est un phénomène à la fois individuel et systémique : individuel car il peut exister dans l’interaction entre une ou plusieurs personnes, dans des attitudes et des pratiques, mais aussi systémique car il peut être intégré dans des pratiques ou des institutions et ainsi être reproduit par des personnes non racistes, ou n’ayant pas conscience de l’être.

Le racisme ne définit pas uniquement, ou même principalement, les attitudes et comportements négatifs de la part d’individus blancs envers des personnes de couleur. Ces attitudes et comportements sont très graves, et parfois même meurtriers, mais ils ne sont que des manifestations symptomatiques d’un système qui est fondé sur l’oppression de personnes de couleur et qui produit des privilèges pour les Blanc.he.s. Voir aussi :  nationalisme blanc, privilège blanc, race, racisme, suprémacisme blanc

RÉACTIONNAIRE

Un ou une réactionnaire est un.e partisan.e de la réaction politique, mouvement s’opposant aux évolutions et aux changements sociaux qui ne découlent pas des principes traditionnels auxquels ils sont attachés. Adeptes de la tradition plutôt que du progrès, les réactionnaires souhaitent le maintien ou le rétablissement des formes d’organisation ou des institutions héritées du passé. Le présent est perçu comme fondamentalement décadent et peu glorieux par le ou la réactionnaire qui souhaite un retour en arrière vers un passé qu’il ou elle idéalise. Synonyme d’ultra-conservateur.trice, le terme « réactionnaire » qualifie avec une connotation très péjorative un conservatisme étroit ou une personne qui prône une telle politique. Au Québec, Mathieu Bock-Côté constitue une figure emblématique du réactionnaire contemporain. Il fantasme un déclin de la société québécoise accéléré par les mouvements féministes, antiracistes et LGBTQ, dont le seul rempart est la réaffirmation des institutions traditionnelles que sont la famille, la religion et la nation.


S

SEXISME

Le sexisme perpétue un système patriarcal où les hommes détiennent le pouvoir et les femmes leur sont subordonnées.

« SOCIAL JUSTICE WARRIOR » (SJW – JUSTICIER.E SOCIAL)

Un terme péjoratif employé depuis quelques années par la droite et l’extrême droite pour ridiculiser les mouvements de lutte pour la justice sociale et leurs adhérent.e.s. Une tactique courante des nouveaux et nouvelles réactionnaires consiste à prendre des exemples extrêmes de démarches de justice sociale, souvent associées au courant de « politiques identitaires », pour peindre toute la gauche et l’extrême gauche sous un jour négatif. En fait, c’est une curieuse insulte, car la plupart des personnes qu’elle vise ne se dissocieraient pas, a priori, de l’idée de lutter pour la justice sociale, et certaines personnes se définissent elles-mêmes de la sorte. Il n’y a en effet rien de mal à militer pour la justice sociale, et on peut se demander si les personnes qui tournent ce concept en dérision ne sont pas un peu favorables… à l’injustice. Poser la question, ici, c’est y répondre.

SUPRÉMATIE BLANCHE

La suprématie blanche est à la fois un système et une idéologie. Le système de suprématie blanche, aussi connue comme oppression raciale, confère aux personnes définies comme « blanches » un statut privilégié par rapport à toutes les autres, et a été créé dans les premiers stades de l’ère capitaliste pour renforcer le pouvoir des élites économiques et politiques. Un système de suprématie blanche peut être explicite ou implicite. Les privilèges particuliers associés à la « blanchité » peuvent être juridiques, économiques, culturels et/ou sociaux, et varient grandement selon le contexte historique.

L’idéologie de suprématie blanche déclare explicitement que les catégories raciales sont des déterminants élémentaires inhérents de l’expérience humaine plutôt que des construits sociaux; que les personnes blanches sont supérieures aux personnes de couleur et plus importantes qu’elles; et que les blanc.he.s devraient, soit maintenir leurs privilèges et détenir le pouvoir formel sur les personnes de couleur, soit éliminer entièrement ces dernières.

En tant que système, la suprématie blanche est et a toujours été centrale à l’ordre social dans tous les pays colonisés par les Européen.ne.s, mais l’idéologie suprémaciste n’est plus dominante dans la plupart de ces pays. Une majorité de personnes blanches adhère à d’autres idéologies, comme le multiculturalisme ou « le daltonisme racial », lesquelles favorisent des formes plus subtiles et plus sophistiquées de suprématie blanche en tant que système. Voir aussi : privilège blanc, race, racisme.


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TRANSPHOBIE

La transphobie est l’aversion envers les personnes transexuelles ou transgenre sur la base de leur identité de genre. Fondée sur le désir de maintenir la binarité des genres (c’est-à-dire les catégories « homme » et « femme »), qui nie la fluidité des identités de genre. La transphobie peut se manifester sous forme de violences physiques (agressions, crimes haineux, viols ou meurtres), ou par un comportement discriminatoire ou intolérant (discrimination à l’embauche, au logement, ou encore à l’accès aux traitements médicaux). La transphobie est une attitude extrêmement répandue dans les courants d’extrême droite contemporains, comme l’alt-right.

TROISIÈME VOIE

Le terme « troisième voie », ou tercérisme, désigne différents courants d’extrême droite et néofascistes caractérisés par un rejet à la fois du capitalisme et du communisme, au profit d’un ultranationalisme identitaire fondé sur un mélange parfois confondant de théories issues de l’extrême gauche (socialisme) et de l’extrême droite (nationalisme). « Troisième voie » est aussi le nom d’une organisation française adhérant à cette doctrine, active épisodiquement en France entre 1985 et 2013.

Au niveau international, le tercérisme est présentement le courant dominant au sein de l’extrême droite fasciste et révolutionnaire. Au Québec, l’organisation néofasciste Atalante s’inscrit en droite ligne dans le courant tercériste soi-disant nationaliste révolutionnaire.


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XÉNOPHOBIE

La xénophobie est la peur irraisonnée, basée sur des préjugées ou des discours racistes, de ceux et celles que l’on considère comme des étrangers et étrangères. Elle désigne les sentiments systématiques de crainte, d’hostilité et de haine envers ceux et celles qui n’ont pas la même culture, religion, langue, couleur de peau, etc. Les étrangers et étrangères sont perçu.e.s comme une menace pour l’équilibre de la société ou une menace à sa propre identité, donc comme des ennemi.e.s, ce qui entraîne des réactions de peur et/ou d’hostilité. Les sentiments xénophobes se développent souvent dans les périodes de crise économique alors que l’étranger ou l’étrangère devient un bouc émissaire, et peuvent souvent dégénérer en haine ou en violence.


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