[Avant 2014 – Pour un aperçu assez détaillé de l’Activité d’extrême droite des années 1920 aux années 1990, nous vous invitons à lire la brochure «Notre maître le passé?!? Extrême-droite au Québec 1930-1998»]

Fédération des Québécois de Souche

L’un des principaux groupes québécois d’extrême droite formés avant 2014 est la Fédération des Québécois de Souche (FQS). La FQS a lancé son site web en juillet 2007 dans la foulée des débats entourant les accommodements raisonnables au Québec. La « fédération » s’est rapidement présentée comme la division québécoise du Mouvement National-Socialiste Français (MNSF), son premier site web ayant en fait été hébergé sur le site du MNSF[1]. Du côté américain, la FQS s’inspirait de groupes néo-nazis comme la National Alliance et a recruté ses premiers membres à partir de la page québécoise de Stormfront, un forum étatsunien géré par Don Black, un ancien leader du KKK reconnu pour son adhésion aux principes du nationalisme blanc[2].

La FQS se présente comme « un réseau d’hommes et de femmes, Québécois de souche, partisans du principe de l’union sacrée entre une terre et son peuple »[3]. Leur discours reprend l’antiélitisme et le national-populisme qui sont également reconnues comme des caractéristiques importantes de l’extrême droite (Mudde 2007) :

« Face au mondialisme, au multiculturalisme et aux autres lubies qui tentent de nous homogénéiser, de nous couper de nos racines et de nous transformer en simples consommateurs sans âme, nous avons choisi la résistance active. »

« Face aux politiciens corrompus qui ont vendu notre pays, nous refusons de prendre part au funeste jeu électoral, où les partis changent, mais les idées restent les mêmes. La réponse aux problèmes de notre peuple ne se trouve pas au Parlement, mais au sein de notre peuple. La nation n’est pas un concept vague, elle coule dans nos veines. »

Le premier objectif du fondateur de la FQS, Maxime Fiset (converti depuis en soi-disant spécialiste des questions relatives à l’extrême droite, sous l’égide du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence) était de rassembler la scène skinhead québécoise autour d’un projet commun, articulé à la fois autour du blog de la FQS et d’actions directes menées en son nom, comme des manifestations anti-immigration[4] ou, par exemple, la pose d’autocollants racistes sur les fenêtres d’une épicerie africaine au Saguenay[5]. L’un des principaux canaux de diffusion des idées de la FQS est leur magazine, Le Harfang, qui publie des textes originaux, des textes traduits et écrits par des figures de l’extrême droite européenne ou de l’Alt-right aux États-Unis[6], ainsi que des reproductions de textes d’anciennes publications de l’extrême droite québécoise comme les Cahiers de Jeune Nation (qui furent publiés dans les années 1980-1990). Le FQS fait aussi la promotion d’anciens collaborateurs du Cercle Jeune Nation, comme Jean-Claude Dupuis (présentement professeur dans une école de la Société St-Pie X à Sainte-Foy), et de Ricardo Duchesne, un intellectuel fasciste basé à l’Université du Nouveau Brunswick et l’individu derrière le Council of European Canadians.

La FQS, qui à ses débuts comptait environ 58 membres, n’a pas connu d’augmentation majeure de ses effectifs depuis. Elle a rapidement été discréditée et critiquée par les médias, notamment à cause de références explicites au nazisme et au KKK comme sources d’inspiration sur son site, ainsi que des citations extrémistes des membres sur le forum public du groupe[7] :

« J’avoue que j’aimerais bien l’idée d’une croisade réunissant des Blancs de plusieurs pays pour libérer tous les pays blancs un par un. »

« L’immigration n’est aucunement souhaitable, étant donné que ça amène pauvreté, chômage et endettement pour la société. En plus d’amener le danger du mélange ethnique. »

« Plus de musulmans, plus d’accommodements, plus de perte pour le patrimoine québécois. »

« Tout le monde ici est contre l’immigration non blanche. »

 « Voilà le moment de former et d’entraîner des troupes paramilitaires dans le milieu skin. »

Plus récemment, la FQS s’est dite favorable à l’élection d’un Trump québécois qui « protégerait les Québécois de souche de l’immigration massive » et agirait contre le « risque de perdre notre majorité »[8]. Ils ont également applaudi le déploiement d’une banderole sur laquelle était inscrite la phrase « Réfugiés non merci! » au-dessus de l’autoroute Henri-IV à Québec[9], puis à Jonquière quelques jours plus tard[10].

Le discrédit médiatique dont la FQS est régulièrement la cible nuit vraisemblablement à l’expansion du noyau organisationnel au-delà des milieux skinheads. Bien que le groupe continue à organiser des actions aujourd’hui et que leur page Facebook compte quelque 3 800 abonné.e.s, leur capacité à s’établir durablement semble en fait limitée par leur incapacité à dissimuler ou à présenter de manière plus media-friendly leurs visées anti-immigration et racistes, ce qui leur vaut une image publique très mitigée.

 

Légitime violence

Un autre groupe d’extrême droite relativement important qui précède le dépôt de la Charte des Valeurs est Légitime Violence, un groupe de punk hardcore « ultranationaliste » établi dans la ville de Québec. Le groupe appartient en fait à une mouvance skinhead raciste plus large qui s’est développée au Québec vers la fin des années 2000 et qui comprend entre autres des groupes comme Coup de Masse, Bootprint et Trouble Makers.

Composé essentiellement de l’entourage des Québec Stompers (un groupe d’amies connus essentiellement pour leur implication dans le trafic de stupéfiants[11] et leur haine des groupes de gauche[12]). Lors de la veillée du jour de l’an 2007, six membres des Stompers ont fait irruption au Bar-Coop l’AgitéE, un lieu de rencontre de la gauche à Québec, et l’un d’eux a poignardé six personnes. Légitime Violence a fait sa première apparition médiatique en étant retiré du Festival « Envol et Macadam » en 2011 pour les propos racistes de leurs chansons (l’une d’entre elles comprenait notamment ce passage pro-Shoah : « Déroulons les barbelés, préparons le Zyklon B! »[13]). Le groupe entretient aussi des liens étroits avec le mouvement musical d’extrême droite Rock Against Communism. Leur impact à l’extérieur du milieu skinhead raciste demeurait toutefois relativement limité avant la constitution du groupe Atalante en 2016. L’information entourant les concerts de Légitime Violence au Québec tend effectivement à être divulguée de manière très parcimonieuse, voire à être dissimulée, pour éviter des représailles des groupes antifascistes. Leur succès est beaucoup plus important en Europe, où ils parviennent à faire des tournées et à vendre du matériel promotionnel pour le groupe.

 

[Après 2014]

 

Soldats d’Odin

Fondées en 2015 en Finlande, les premières sections locales canadiennes des Soldats d’Odin ouvrent en 2016. Avant la scission des Soldats d’Odin du Canada au printemps 2017, le groupe comptait plusieurs sections locales situées dans les grandes villes canadiennes de Vancouver à Québec. Les sections canadiennes ayant décidé de rompre les liens avec la section finlandaise, jugée trop raciste, la section québécoise a dû quitter les Soldats d’Odin Canada pour former les Soldats d’Odin Québec afin de maintenir les liens avec la Finlande, qu’ils entretiennent d’ailleurs toujours[14].

Ils et elles ont commencé à se faire connaître en organisant des patrouilles dans les quartiers ayant une forte population immigrante et en faisant quelques dons communautaires, à l’instar d’Atalante. Les liens entre les Soldats d’Odin et Atalante sont solides depuis la création des deux organisations. Lorsque Dave Tregget était président de la section québécoise des Soldats d’Odin, il entretenait des relations de réciprocité et de solidarité avec les membres d’Atalante. Dans le reportage de Vice sur la manifestation islamophobe du 15 octobre 2016, il reçoit un appel de Raf Stomper (Raphaël Lévesque), le chanteur du groupe néonazi et fasciste Légitime Violence, lui indiquant qu’ils arrivent au lieu de la manifestation comme prévu[15]. Maintenant, avec Katy Latulippe aux commandes des Soldats d’Odin, les liens ne se sont pas relâchés. La campagne d’Atalante #Remigration, amorcée le 14 août 2017, a effectivement été partagée et encouragée par Katy Latulippe sur les groupes privés des Soldats d’Odin et sa page publique. Lors de la manifestation conjointe de Storm Alliance et La Meute du 25 novembre 2017, des membres des Soldats d’Odin ont collaboré étroitement avec Atalante pour prendre l’esplanade devant l’Assemblée nationale et y déployer leurs bannières racistes devant les contre-manifestant.e.s antifascistes.

Dans les dernières semaines de 2017, les Soldats d’Odin ont repris leurs patrouilles soi-disant communautaires (qu’ils n’avaient menées qu’à quelques reprises depuis leur création), après avoir passé le plus clair de cette année à offrir un service d’ordre dans les manifestations nationalistes, identitaires et islamophobes. Plusieurs de leurs membres ont fait partie des services de sécurité lors des manifestations du 4 mars et du 23 avril 2017. Ils et elles ont aussi essayé de perturber un teach-in antiraciste à l’université Concordia le 25 mars 2017, protégé.e.s par la police (laquelle a d’ailleurs attaqué des antifascistes, en envoyant deux à l’hôpital). Certain.e.s de leurs membres ont quand même mangé quelques volées par la suite.

Ne comptant pas beaucoup d’adhérent-e-s, la structure organisationnelle des Soldats d’Odin est très simple. Katy Latulippe est la cheffe provinciale et «NormSoo» est le chef pour la région de Montréal. David Leblanc, un de leurs membres Montréalais, s’est fait connaître pour son rôle dans le plantage épique du 6 août, alors que lui, Philippe Gendron et « Sue Elle » ont essayé d’organiser une manifestation contre des réfugié.e.s haitien.ne.s hébergé.e.s au stade olympique à Montréal. Leur manif raciste a dû être annulée suite à une forte mobilisation antiraciste. Leblanc a essayé de se reprendre en « attaquant » avec de la peinture des autobus qui allaient conduire des antiracistes à une manifestation le 30 septembre. Étant directement affilié.e.s à la section finlandaise originale, les Soldats d’Odin du Québec suivent les règlements et reprennent la structure de cette organisation. Ils et elles sont également en contact avec le Mouvement des insoumis du Québec, un groupe nationaliste identitaire comprenant des militant.e.s racistes actif.ve.s depuis des décennies.

 

Atalante

Le groupe Atalante a été formé en août 2016 par des membres ou des individus gravitant autour du groupe Légitime Violence, qui s’est ainsi doté d’un bras politique pour faire valoir ses idées. Très porté sur l’action de rue, Atalante se propose de « participer à la renaissance identitaire ». La description du groupe disponible sur leur page Facebook – qui compte 3 400 abonné.e.s – correspond aux thèses « déclinistes » qui caractérisent une part importante de l’extrême droite contemporaine :

« En cette époque sombre, où mondialisme et consumérisme règnent, nous sommes étouffés par la tyrannie du politiquement correct et de la négation identitaire. L’Occident décadent est miné de l’intérieur par l’effondrement de ses valeurs et repères historiques »[16].

Le slogan d’Atalante, « Exister c’est combattre ce qui me nie », est emprunté à Dominique Venner, figure mythique de l’extrême droite française. D’abord membre de l’OAS (Organisation Armée Secrète, groupe paramilitaire d’extrême droite luttant contre l’indépendance de l’Algérie), puis historien partisan de la théorie du choc des civilisations, Venner s’est suicidé en 2013 dans la Cathédrale Notre-Dame de Paris pour marquer son opposition au mariage entre personnes de même sexe[17].

Les membres d’Atalante s’inspirent notamment de Casa Pound, un mouvement d’extrême droite « troisième position » en Italie, dont ils empruntent à la fois des éléments de discours (une rhétorique liant l’anti-immigration à l’anticapitalisme, etc.) et des tactiques de mobilisation (l’action caritative seulement adressée aux nationaux, etc.). Des membres d’Atalante sont d’ailleurs en contact avec les militant.e.s fascistes italien.ne.s qu’ils ont rencontré à Rome au début de l’année 2017[18]. Atalante trouve également une source d’inspiration dans le Bloc Identitaire, groupe d’extrême droite français auquel est empruntée une rhétorique centrée sur l’identité et la lutte contre le « grand remplacement » par l’Islam financé par les multinationales[19]. Atalante récupère également des thèmes anticapitalistes, notamment l’opposition à la bourgeoise internationale (incarnées dans leur rhétorique par la figure mythifiée de Georges Soros), en prétendant que cette dernière mène une guerre contre les classes ouvrières blanches par l’entremise d’une « main-d’œuvre bon marché de l’étranger » qui viendrait saper les acquis des « Québécois.e.s de souche ».

Au sein des groupes d’extrême droite québécois, Atalante est plus près idéologiquement de la FQS que de La Meute, et distribue d’ailleurs le Harfang, le journal officiel de la FQS, lors de ses tournées pour donner de la nourriture gratuite « aux plus démunis » et « de souche »[20]. Atalante partage avec la FQS des positions violemment islamophobes, en associant les personnes de confession musulmane à des terroristes qu’il faudrait expulser. Face à ce qu’ils et elles désignent comme « notre extermination tranquille », Atalante prône « une inversion du flux migratoire, une remigration à grande échelle accompagnée d’une politique de natalité efficace »[21].

Parmi les projets d’Atalante figure la création d’un « club de combat identitaire » nommé La Phalange, qui constituerait à la fois un espace de socialisation et d’entraînement pour les militant.e.s d’extrême droite[22]. On peut mentionner en outre qu’Atalante compte parmi ses membres des auteurs de crimes haineux à coups de couteau contre des minorités visibles[23] et qu’ils ont également invité un théoricien italien néofasciste pour une conférence dans Limoilou. Le groupe a aussi tenu une prière publique le 1er mai 2016 sur les plaines d’Abraham avec un prêtre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, une société de catholiques traditionalistes d’extrême droite[24].

À la manifestation de Storm Alliance et La Meute du 25 novembre 2017, des membres d’Atalante ont collaboré avec les Soldats d’Odin pour prendre l’esplanade devant l’Assemblée nationale et y déployer leurs bannières racistes et drapeaux devant les contre-manifestant.e.s antifascistes. Peu après, deux néonazis de Montréal (Shawn Beauvais-Macdonald, un ancien associé de La Meute aujourd’hui fortement inspiré par l’alt-right américaine, et Philippe Gendron des Soldats d’Odin) ont déclaré leur intention de démarrer une branche montréalaise d’Atalante.

 

Québec Horizon Actuel

Fondé en 2016 suite à la démission de Pierre Karl Péladeau comme chef du Parti Québécois, Québec Horizon Actuel (QHA) est une formation politique se disant favorable au « renouveau nationaliste »[25] et menée par Alexandre Cormier-Denis. Ce dernier s’est présenté sous la bannière du Parti indépendantiste aux élections partielles dans Gouin en mai 2017 et a suscité la controverse avec ses affiches électorales xénophobes[26]. Comptant près de 500 partisan.e.s (au dire de son dirigeant) et plus de 1 500 abonné.e.s sur sa page Facebook, ce groupe est reconnu comme un partenaire outre-Atlantique par le Front National[27], accorde des entrevues à la Fédération des Québécois de souche[28] et compte parmi ses adhérent.e.s des membres du Parti Québécois[29]. En somme, bien que leur présence sur le terrain soit très limitée, QHA contribue à la diffusion de discours opposés à l’immigration et à l’intégration des minorités visibles dans la province, ces deux phénomènes étant présentés comme des entraves au renouveau nationaliste[30].

 

Storm Alliance

Apparu sur la scène québécoise suite au départ de Dave Tregget des Soldats d’Odin en décembre 2016, Storm Alliance a été fondé dans le but d’unir l’extrême droite tout en la rendant plus « respectable »[31]. C’est une jeune organisation qui travaille désormais (et pour l’instant) en collaboration étroite avec La Meute, malgré un épisode conflictuel le 20 août 2017 à Québec, alors que La Meute avait refusé l’accès au stationnement à la dizaine de S.A. voulant y entrer[32].

Le groupe affirme avoir 3 000 membres au Canada, mais ce chiffre ne représente en fait que les personnes qui ont joint leur groupe Facebook. Son action la plus importante à ce jour a eu lieu le 30 septembre au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, où entre 250 et 300 personnes se sont rassemblées, officiellement pour manifester contre le gouvernement libéral, mais en portant une hostilité à peine voilé à l’endroit des immigrant.e.s et réfugié.e.s. Avant cela, le groupe avait eu du mal à mobiliser plus des quelques dizaines de personnes à la fois. Plus récemment, le 25 novembre 2017, Storm Alliance s’est associée à La Meute pour mobiliser entre 300 et 400 racistes dans les rues de Québec contre la Commission sur le racisme systémique (que les libéraux avaient déjà annulée).

Les membres de S.A. ont aussi essayé de se joindre à une manifestation contre les réfugié.e.s organisée par des suprématistes blancs au Stade olympique de Montréal, le 6 août dernier[33]. Quand il est devenu clair que les contre-manifestant.e.s allaient être en nombre supérieur, les organisateurs.trices ont annulé leur manif et les membres de S.A. ne se sont pas présenté.e.s. Des membres de S.A. ont aussi essayé de se joindre à la manifestation de La Meute à Québec le 20 août dernier, mais à leur arrivée, ils et elles se sont vu refuser l’accès au rendez-vous par La Meute en raison de frictions internes entre les deux groupes à ce moment-là. La veille (19 août), S.A. avait participé à une plus petite manif à Québec dont La Meute s’était publiquement distancée en raison de la présence de racistes notoires et du potentiel de violence. À ce chapitre, il est intéressant de noter que ce qui caractérise actuellement Storm Alliance est son attitude accueillante à l’égard de néonazis et de suprémacistes blancs à ses événements, même si elle prétend publiquement ne pas être d’extrême droite et ne pas s’opposer à l’immigration.

 

Front patriotique du Québec

Le Front patriotique du Québec (FPQ) est un minuscule groupe nationaliste qui a organisé une série de manifestations à Montréal entre le printemps et l’automne 2017.

La page Facebook du groupe a été créée par Guy Boulanger en mars 2016, et dans sa première année d’existence, le FPQ a participé à la « Marche pour une république du Québec » le 1er juillet 2016, ainsi qu’à l’organisation d’une épluchette de blé d’Inde avec les Justiciers du Québec à Joliette, le 27 août. En fait, le profil du groupe était tellement bas que personne à l’extérieur de son cercle restreint ne savait qu’il existait. À un moment donné, un « conseil d’administration » a été formé avec Guy Boulanger, son père Denis, Marie-Élaine Boucher, Jeannot Fontaine, Michel Éthier, Diane Rose et Jean-Yves Vachon.

Comme pour plusieurs groupes populistes et xénophobes au Québec, 2017 a été une année mouvementée pour le FPQ. Ses membres ont participé aux manifestations du 4 mars organisées par CCCC, aux côtés des membres de La Meute et d’autres groupes opposés à la motion de principe M-103 condamnant l’islamophobie.

Profitant de l’intérêt suscité par les manifs du 4 mars, c’est le 23 avril que le FPQ a remporté le plus de succès en 2017 avec une manifestation organisée sous la bannière « Un peuple se lève contre le PLQ »[34]. Cet événement a attiré quelques centaines de participant.e.s. Cette participation relativement importante s’explique en partie par un sentiment au sein de l’extrême droite nationaliste que « son moment » était enfin arrivé, mais aussi par le message ambigu formulé autour de la manifestation, lequel a porté plusieurs Québécois et Québécoises n’étant pas nécessairement de droite, mais simplement nationalistes ou hostile aux Libéraux, à mal interpréter les idées politiques qui sous-tendaient l’événement. (Des militant-e-s antifascistes ont d’ailleurs distribué plusieurs centaines de tracts en marge de la manifestation du FPQ et expliqué à un très grand nombre de passants et passantes que le FPQ était infiltré par / associé à des groupes racistes. Nous croyons que cette action a contribué à réduire considérablement le nombre de manifestant.e.s.)

La prochaine action du FPQ a eu lieu un peu plus d’un mois plus tard, le 28 mai, cette fois sous la bannière « Le Québec s’insurge contre le PLQ ». Cette manifestation fut un échec patent, puisque seulement une quarantaine de personnes s’y sont présentées. Au cours de l’été, le FPQ a organisé d’autres marches le 4 juin (pour célébrer la Loi 101), le 1er juillet (« Marche pour la république du Québec ») et le 24 juillet (pour commémorer le 50e anniversaire du discours de Charles de Gaulle à l’Hôtel de Ville de Montréal). Il y avait chaque fois de moins en moins de participant.e.s. Parallèlement, les membres du FPQ ont participé à d’autres manifestations : la « Marche des patriotes » le 22 mai à Montréal ainsi que la manifestation conjointe Storm Alliance/La Meute à Québec, le 25 novembre 2017.

Le groupe ne semble pas avoir d’existence en dehors de ses deux pages Facebook (l’une compte un peu moins de 4 000 membres, et l’autre un peu moins de 300) et de ses manifestations sporadiques. Le FPQ ne semble pas présenter un fort potentiel de croissance avec la direction et l’orientation actuelles. En fait, la direction ne semble pas particulièrement ambitieuse à cet égard. Cela dit, peut-être en raison de son manque d’ambition et de son approche amateur, le FPQ ne fait pas preuve d’autant de circonspection que certaines des organisations plus grandes et continue d’entretenir des liens avec des individus et des milieux plus radicaux auxquels nous nous intéressons de près. Autant lors de ses actions que dans ses communications sur Facebook, il est clair que le FPQ entretient des rapports amicaux avec un certain nombre de boneheads et autres membres patentés de l’extrême droite. Les manifs du FPQ sont régulièrement encadrées par des wannabe gros bras comme  Phil Gendron, Robert Proulx, David Leblanc et (au moins le 23 avril) Shawn Beauvais-MacDonald. De plus, de nombreux.euses membres de son conseil d’administration font activement la promotion d’une islamophobie des plus crasses, et comme l’indique le matériel de promotion de la manifestation du 16 septembre (finalement annulée), le groupe envisage désormais d’organiser ses actions en suivant une ligne plus explicitement raciste.

 

Canadian Coalition of Concerned Citizens

La Canadian Coalition of Concerned Citizens (C4), bien qu’étant considérée en principe comme un groupe fédéral, son seul responsable déclaré, Georges Hallak, est installé à Montréal, sur la rue Descarries.  Même si le groupe n’organise pas régulièrement des activités, sa page Facebook compte 6 195 abonné.e.s et il est parvenu à organiser une manifestation pancanadienne le 4 mars 2017 pour dénoncer la motion de principe M-103 déposée par le Parti libéral du Canada, laquelle condamne « l’islamophobie et toutes les formes de racisme et de discriminations religieuses systémiques ». La manifestation visait à condamner la motion M-103 comme « une menace à leur existence [en tant que Canadiens et Canadiennes] » et une atteinte à la « liberté d’expression »[35]. Bien que la C4 se limite essentiellement à une plateforme entretenue par Hallak, elle contribue à la diffusion des idées haineuses et à la banalisation des idées racistes au Québec et au Canada. On peut également noter que la défense de la liberté d’expression est un thème récurrent dans les interventions du C4 et des groupes d’extrême droite contemporains, ce qui les situe dans une tendance propre au racisme d’après-guerre en profitant des protections juridiques libérales pour défendre publiquement leurs idées (Kretzmer 1986). Hallak est un chrétien de droite : l’islamophobie est la piste centrale de son action politique. Cependant, il se défend d’être raciste ou fasciste, et a dénoncé une manifestation à Peterborough, Ontario, organisée par le néonazi Kevin Goudreau, ce qui lui a d’ailleurs valu des menaces de mort.

 

La Meute

Fondée en 2015 par deux ex-soldats, Éric Venne (alias Éric Corvus) et Patrick Beaudry, La Meute est l’organisation d’extrême droite la plus populaire du Québec à l’heure actuelle. Initialement, l’organisation s’ancrait dans un sentiment strictement antimusulman. Alors que son islamophobie seule suffirait pour faire d’elle une organisation raciste, la perspective articulée par le groupe sur ses politiques antimusulmanes indique une philosophie plus ambitieuse, qui prétend que les immigrant.e.s musulman.e.s et « l’Islam radical » sont les outils de choix d’une élite globale qui chercherait à saboter et finalement détruire les nations québécoise et canadienne.

Le fondateur de La Meute, Éric Corvus résumait ainsi le combat de La Meute :

« protéger notre nation contre l’invasion de l’islam ». Il disait vouloir défendre « nos terres, nos valeurs, nos fondements, notre liberté, notre sécurité ainsi que l’avenir de nos enfants contre l’envahisseur islamique ». Malgré les changements dans le discours public de La Meute en 2017, les documents qui circulent ainsi que les discours ordinaires des membres demeurent toujours ancrés dans cette extrême droite identitaire et islamophobe.

Dans le document Où va l’argent?, écrit par Patrick Beaudry, ancien chef du Conseil, ce dernier expliquait qu’il est important de donner à La Meute parce que :

« nous faisons face à un ennemi vieux de 1 400 ans déterminé à supplanter tout ce qui n’est pas lui. Un ennemi qui de plus est Zillionnaire!

On travaille à s’éduquer nous-mêmes et on tente de s’instruire un peu plus chaque jour pour approfondir notre connaissance de l’ennemi. – OUI! L’ENNEMI!

Parce que nous sommes en guerre! Pas parce que nous le voulons; Pas parce que nous l’avons souhaité! Mais bel et bien parce que l’islam radical nous a déclaré la guerre et que si nous ne faisons rien, nous avons perdu d’avance!

– À partir du moment où quelqu’un vous désigne comme son ennemi, vous êtes en guerre! Et qu’on le veuille ou non, ça n’y changera rien! »

Structure et organisation

La structure organisationnelle de La Meute comprend un Conseil « des chefs », différents comités (médical, sécurité, surveillance et information) et 17 clans pour les 17 régions administratives du Québec. Chacun des clans compte un.e chef.fe et des adjoint.e.s. Les clans ne détiennent pratiquement aucune autonomie par rapport à l’organisation. Les chef.fe.s de La Meute sont administrateurs.trices de chacun des Clans et décident qui sera le ou la chef.fe local.e. La hiérarchie est très stricte et doit être respectée à la lettre.

« D’abord, le Conseil a autorité sur tout le monde. Il lui revient de nommer ceux qui occuperont des postes de responsabilité et il lui revient aussi de faire les mises au point qui s’imposent quand le besoin se fait sentir. Ce qui implique qu’en situation de conflit, le Conseil a le dernier mot et que sa décision est applicable sans délai et qu’elle est sans appel.

– Pourquoi ? – PARCE-QUE !

Ensuite, viennent les différents PILIERS, CHEFS, COMMANDANTS ET LEURS ADJOINTS. »

À la tête de La Meute, jusqu’au mois de septembre 2017 nous retrouvions le Conseil (pattes argentées) composé de Sylvain « Maikan » Brouillette (porte-parole), Patrick Beaudry (chef du Conseil), Sherif Constant, Éric Proulx et Stéphane Roch. Les Gardes (pattes rouges) ont comme mission de faire la discipline interne et d’appliquer la censure. Dans chaque clan, il y a un comité de portiers, un comité de sécurité et un comité médical en plus du ou de la chef.fe et de ses adjoint.e.s.

Les premiers événements publics de La Meute se sont déroulés dans la ville de Québec et au Saguenay en 2016. En août 2016, leurs dépliants ont commencé à apparaître dans les espaces publics, et quelques semaines plus tard, Venne et d’autres membres ont interrompu un événement informatif organisé par un groupe de bénévoles qui comptaient parrainer une famille de réfugié.e.s syrien.ne.s.

En septembre 2017, une scission est apparue au sein de La Meute, résultat de tensions et de conflits qui dataient depuis au moins le début de l’année. En janvier 2017, Eric Venne, fondateur de La Meute, avait quitté l’organisation en prétextant des raisons de santé, tout en restant actif de manière officieuse. En réalité, Patrick Beaudry et d’autres l’avaient accusé d’avoir volé plusieurs milliers de dollars à l’organisation. (Venne ne nie pas avoir pris l’argent, mais il affirme que c’était pour rembourser des dépenses liées à l’organisation).Ces accusations n’avaient toutefois pas été partagées avec les simples membres des clans et étaient restées dans les plus hautes sphères de l’organisation.

Au courant de l’année2017, la popularité de Venne au sein des membres de La Meute s’est accrue, surtout dans un contexte où se développaient plusieurs malentendus et frictions avec Storm Alliance.

Patrick Beaudry était responsable de la vente de marchandises (drapeaux, collants, t-shirts, etc.) de La Meute, à travers son commerce Ptrck Design. En même temps La Meute reçoit des dons par l’entremise d’une OSBL paravent du nom de l’Association des Victimes d’Actes Terroristes (AVAT). Au courant de l’été de 2017, Beaudry est accusé de mal gérer la comptabilité, ce qui mène à un bris de confiance au sein du Conseil dès le mois de septembre. Beaudry est alors écarté et réplique en fondant son propre groupe La Meute, alors que Brouillette, Proulx et Roch forment Le Groupe La Meute Inc.

En décembre 2017, suite à une série d’accusations d’inconduites sexuelles et d’abus de pouvoir à l’endroit d’Éric Proulx, ce dernier se voit à son tour expulsé du Conseil dans un pitoyable psychodrame.

Comme il est typique chez les groupes de ce genre, La Meute nie être d’extrême droite ou raciste, prétendant s’opposer seulement à la « loi charia » et à « l’Islam radical ».

De plus, en accord avec beaucoup, mais pas tous les groupes de ce type, leur opposition à l’Islam est partiellement justifiée par une rhétorique identifiant cette religion au sexisme et à l’homophobie : Venne, a même pris la peine d’assister à la veillée organisée dans le Village de Montréal après le massacre au club Pulse d’Orlando en juin 2016.

L’objectif déclaré de La Meute est de devenir une force politique importante dans les courants médiatiques conventionnels; par contre, elle est toujours un groupe d’extrême droite, même si elle ne se représente pas comme tel. Ainsi, le groupe fait partie d’un courant politique plus large au Québec que l’on peut qualifier de « national-populiste ». La Meute travaillait avec les Soldats d’Odin jusqu’au début de 2017, un groupe islamophobe fondé par des néonazis finlandais. Lorsque des membres de SOO et des néonazis d’Atalante se sont joint à une manifestation que La Meute avait co-organisée le 25 novembre 2017, Brouillette a explicitement défendu leur droit d’y participer. La Meute travaille aussi avec le groupe dérivé des SOO, Storm Alliance, qui les a aidés à organiser la manifestation du 25 novembre et a aussi collaboré avec eux lors d’une manifestation à la frontière le 1er juillet. La Meute vise à attirer des membres potentiel.le.s parmi les racistes d’extrême droite conscient.e.s de leurs idées politiques, ainsi que parmi des groupes de gens qui sincèrement ne se croient pas racistes, mais qui sont motivé.e.s par une combinaison de désinformation et de peur envers la religion musulmane[36].

 

La prochaine étape : constituer un véhicule politique et faire pression sur les partis en place

Au-delà de la formation et de l’expansion des groupes haineux, les leaders de l’extrême droite québécoise affichent de plus en plus ouvertement leur volonté d’investir le monde politique pour y promouvoir leurs idées. Un événement marquant en ce sens fut le colloque organisé conjointement par le Mouvement républicain du Québec (MRQ) et La Meute le 17 juin 2017. Le colloque, qui s’est tenu au centre équestre l’Intégrité à St-Lazare, en banlieue de Montréal, a réuni environ 150 personnes pour discuter de l’union des forces nationalistes identitaires du Québec. Certains conférenciers ont identifié l’ennemi comme étant les forces mondialistes, l’élite prônant le multiculturalisme, le totalitarisme des minorités, la dictature de la gauche financée secrètement par des fonds étrangers et, bien évidemment, l’Islam – radical pour certains ou tout court pour d’autres. La journée s’est en fait déroulée sous le thème de vastes complots ourdis pour détruire le Québec, les Canadien.ne.s-français.e.s, l’État-nation et le projet d’indépendance du Québec, avec entre 4 à 30 ans pour réagir avant la catastrophe, selon les opinions exprimées.

La Fédération des Québécois de Souche (FQS), qui a envoyé un contingent au colloque, estime que ce dernier a été une réussite. Selon la FQS, le MRQ souhaite créer un mouvement politique avec une plate-forme commune pour toutes les personnes désirant contrer la « rectitude politique en folie » qui dévore notre société. Dans leur texte, la FQS termine en disant espérer que le MRQ sera fructueux dans ses initiatives pour fédérer la droite identitaire autour d’un parti[37]. Donald Proulx de l’Union Patriote a proposé pour sa part de former un Parti des Patriotes à l’échelle municipale à Montréal. Plus généralement, la présence au colloque de membres du Parti Indépendantiste, du Parti de l’Unité Nationale, de la Fédération des Québécois de Souche, d’Horizon Québec Actuel, du Mouvement Intégrité Québec, de membres de Vigile, de Claude Patry (ex-candidat du Bloc Québécois), de La Meute ainsi que du Parti des Citoyens au Pouvoir du Québec et d’autres groupuscules politiques laisse entrevoir la consolidation d’une nébuleuse nationaliste identitaire fortement islamophobe. Déjà, les divers groupes échangent et chacun tente de trouver sa place dans l’Union patriotique identitaire proposée lors de ce colloque.

Plus récemment, l’ex-dirigeant de PEGIDA Québec, Sébastien Poirier, a de son côté réservé le nom « Mouvement traditionnaliste du Québec » en vue des prochaines élections provinciales, un parti de « droite alternative » qui vise à « protéger la culture et les traditions locales québécoises » face au « gouvernement de nazis » mené par Justin Trudeau[38]. En outre, plusieurs petites formations politiques se sont rapprochées de La Meute au cours des derniers mois. L’Alliance citoyenne de Québec, parti de droite ayant succédé à l’Alliance démocratique de Québec, a effectivement envoyé un observateur dans le contingent de La Meute lors de leur manifestation du 20 août. Yvon Simard, dirigeant du parti Citoyens au pouvoir dont a fait partie le syndicaliste Bernard « Rambo » Gauthier, ainsi que Stéphan Pouleur, chef du parti politique provincial Équipe Autonomiste, se sont également mêlés aux manifestant.e.s de la Meute pour l’occasion[39]. On peut également noter qu’au début de cette année, l’ancien député fédéral (NPD, puis Bloc Québécois) de Jonquière-Alma, Claude Patry, est devenu le nouveau chef de clan de La Meute au Saguenay-Lac-Saint-Jean[40].

Sur sa page personnelle, Éric Venne (fondateur de la Meute) a d’ailleurs fait la publication suivante le 24 août 2017, qui laisse planer l’idée de la fondation d’un parti correspondant à ses idées :

« J’assume mon look…… l’image est importante pour embarquer dans l’arène politique….. mais j’ai envie d’être moi….. ne pas tourner dans l’hypocrisie…. d’être un représentant du peuple…. pas devenir un représentant d’une classe sociale qui se fout des citoyens…. je sais qu’est-ce que l’image d’un politicien…… un politicien c’est drabe……. je ne serai pas drabe……. vous souhaitez que je mette un complet gris…… vous avez envie que je ressemble à Couillard? Non…. pas pour moi….oui je mettrai un complet s’il le faut, mais je serai moi et non un homme qui deviendra un somnifère sur deux pattes…. de plus lorsque je mettrai sous le soleil le Parti que je suis en train de fonder……. ce n’est pas pour devenir le clone de ce qui se fait présentement. Je veux que ce parti soit le digne représentant de la vraie démocratie…. du peuple……. je souhaite inverser le triangle et remettre l’équilibre en faisant du peuple les vrais leaders de notre nation….. serais-je celui en tête de ce parti….. peut-être…. ou pas…… une chose est certain je ne serai pas loin afin de m’assurer que le peuple soit respecté et qu’il reprennent les guides de sa destinée[41]. »

L’extrême droite ne se limite cependant pas à vouloir former un groupe politique autonome, mais cherche aussi à influencer le discours des partis actuellement en place. Cet objectif semble être accompli au moins en partie lorsqu’on prend en compte la surenchère verbale sur la « crise des réfugiés haïtiens » qui a récemment opposé la CAQ et le PQ, chaque formation politique tentant de se montrer la plus ferme sur le contrôle des frontières et la défense de l’identité nationale[42].

 

L’extrême droite au Québec et dans le reste du Canada aujourd’hui

Si une montée des effectifs et de la visibilité des groupes d’extrême droite est observable au Québec depuis 2014, il faut toutefois noter que ce phénomène affecte également le reste du Canada, bien que les référents et les discours diffèrent à certains égards. Une bonne partie de l’extrême droite au Québec se reconnaît dans le nationalisme identitaire québécois et utilise notamment le Canada et les politiques fédérales « multiculturalistes » comme cibles de leurs attaques, mais un fil rouge unit tout de même l’ensemble des groupes d’extrême droite au Canada, soit une islamophobie virulente.

Voici quelques groupes et événements liés à l’extrême droite dans le reste du Canada, qui illustrent la manière dont l’intolérance et la haine s’y développent depuis 2014.

 

III %, Proud Boys et Students in Support of Free Speech

Les Three Percenters sont un groupe inspiré d’une formation paramilitaire américaine du même nom formée après l’élection de Barack Obama en 2008 (le « 3 % » provient d’un mythe selon lequel 3 % des Américain.e.s auraient participé à la Guerre d’indépendance contre l’armée britannique). La milice du III%, comme on les appelle souvent, promet une résistance armée contre tout effort pour bloquer le droit à la possession d’armes à feu. Or, leur visée politique consiste en beaucoup plus qu’une position pro-armes. Aux États-Unis, les Three Percenters se sont activement impliqués dans des patrouilles illégitimes le long de la frontière avec le Mexique, bloquant des autobus remplis d’immigrant.e.s déjà détenu.e.s et organisant des rassemblements anti-refugié.e.s. Des membres de la milice du III% ont manifesté devant des mosquées, et ont été impliqué.e.s dans plusieurs actes violents, incluant un incident, en novembre 2015, lorsqu’un sympathisant du groupe a tiré sur cinq personnes lors d’un rassemblement Black Lives Matter à Minneapolis. Bien qu’à ce jour, elle n’ait pas utilisé de violence armée contre leurs cibles, la section albertaine du groupe dit s’entraîner sur une base hebdomadaire avec des armes à feu[43]. Toujours en Alberta, le 6 août dernier, une manifestation homophobe et transphobe organisée par l’Église de Pawlowski pour « la défense de la chrétienté » devant l’Hôtel de ville de Calgary a mené à des heurts violents entre des militant.e.s d’extrême droite (provenant notamment de la Canadian Combat Coalition et de la Coalition mondiale contre l’Islam) et des manifestant.e.s pro-LGBTQ[44]. Des membres des Three Percenters ont manifesté avec Storm Alliance et La Meute le 25 novembre à Québec et plusieurs personnes proches de ce mouvement s’étaient aussi déclaré.e.s prêt.e.s à participer à une manifestation contre le registre des armes  le 2 décembre 2017[45], au site en mémoire des victimes de la tuerie au collège Polytechnique en 1989, lors de laquelle 14 femmes ont été assassinées par Marc Lépine, un tireur antiféministe. (Cette manifestation a finalement été transformée en « get together » dans une cabane à sucre à Neuville, près de Québec.)

À l’Est du pays, la perturbation d’un rassemblement autochtone à Halifax le 1er juillet dernier par les Proud Boys– un groupe d’inspiration américaine dont les membres se présentent comme des « chauvinistes occidentaux qui refusent de s’excuser pour avoir créé le monde moderne »[46] et qui entretient notamment des liens avec les Men Rights Activists et les thèses masculinistes[47] – a causé une certaine controverse, menant à une suspension des Forces armées canadiennes pour les cinq jeunes hommes concernés[48].

Finalement, la coalition Students in support of free speech (SSFS), fondée en 2016 à Toronto, se propose en principe de défendre la liberté d’expression de tous et toutes, mais accorde en pratique son support à des groupes tels que les Proud Boys – pour qui la SFSS a organisé une manifestation d’appui suite à l’incident d’Halifax[49]. La tentative de la SSFS de lancer un chapitre à Concordia a d’ailleurs été bloquée en juillet dernier par des militant.e.s antifascistes, qui s’opposaient notamment à la banalisation des discours islamophobes et transphobes sous le couvert de la liberté d’expression[50].

En somme, malgré la diversité des référents mobilisés et des tactiques employées par les groupes d’extrême droite au Québec et au Canada, ces derniers se retrouvent unis par leur intolérance à l’endroit des minorités en général et particulièrement envers les personnes de confession musulmane.

 

Références

KRETZMER, David. Freedom of Speech and Racism, article publié dans Cardozo Law Review, 1986, vol. 8, p. 445-514.

LANGE, Matthew. 2017.

MUDDE, Cas. Populist radical right parties in Europe. Cambridge University Press, 2007.

 

[1]              http://web.archive.org/web/20080617154606/http://fqs.mnsf.info/

[2]              http://www.cbc.ca/news/canada/montreal/inside-quebec-far-right-alt-right-1.3919964

[3]              http://quebecoisdesouche.info/a-propos/

[4]              http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/actualites/201211/26/01-4597554-des-militants-qualifies-de-neonazis-a-trois-rivieres.php

[5]              http://www.journaldequebec.com/2014/12/10/la-federation-des-quebecois-de-souche-frappe-encore-a-saguenay

[6]              http://quebecoisdesouche.info/le-harfang/

[7]              http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/2007/10/20071029-060700.html

[8]              http://www.journaldemontreal.com/2016/11/13/proteger-les-quebecois-de-souche

[9]              http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201511/11/01-4919682-une-banderole-a-quebec-affiche-le-message-refugies-non-merci.php

[10]             http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/750434/banderole-refugies-saguenay

[11]             http://www.lapresse.ca/le-soleil/justice-et-faits-divers/201509/26/01-4904079-le-chanteur-de-legitime-violence-accuse-de-trafic-de-drogue.php

[12]             https://alwaysantifascist.wordpress.com/2013/06/11/in-the-area-legitime-violence/

[13]             http://www.lapresse.ca/arts/musique/201310/15/01-4699853-legitime-violence-seme-lemoi-dans-des-villes-deurope.php

[14]             https://news.vice.com/story/soldiers-of-odin-inside-the-extremist-vigilante-group-that-claims-to-be-preserving-canadian-values

[15]             Ibidem

[16]             https://www.facebook.com/pg/atalantequebec/about/?ref=page_internal

[17]             https://en.wikipedia.org/wiki/Dominique_Venner

[18]             http://www.cbc.ca/news/canada/montreal/inside-quebec-far-right-alt-right-1.3919964

[19]             Ibidem

[20]             https://montreal-antifasciste.info/wp-content/uploads/2017/07/louise_duval_atalante-Copy-Copy-1.jpg

[21]             https://www.facebook.com/atalantequebec/posts/1739379286371562

[22]             http://plus.lapresse.ca/screens/96446b71-d8ee-472f-ab58-24cb02cfc9fe%7C_0.html

[23]             http://www.lapresse.ca/actualites/201609/09/01-5018976-un-groupe-dextreme-droite-de-quebec-bombe-le-torse.php

[24]             http://www.lapresse.ca/actualites/201609/19/01-5022241-des-groupes-dextreme-droite-accueillent-des-auteurs-de-crimes-racistes.php

[25]             http://horizonquebecactuel.com/notre-equipe

[26]             http://www.cbc.ca/news/canada/montreal/gouin-campaign-sign-choose-your-quebec-1.4126937

[27]             https://www.frontnational.com/2016/06/longue-vie-a-horizon-quebec-actuel-le-cousin-quebecois-du-comef/

[28]             http://quebecoisdesouche.info/entretien-avec-alexandre-cormier-denis-dhorizon-quebec-actuel/

[29]             http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/gravel-le-matin/segments/reportage/22284/horizon-quebec-actuel-parti-front-national

[30]             http://horizonquebecactuel.com/la-naivete-des-souverainistes-sur-limmigration-doit-cesser

[31]             http://www.cbc.ca/news/canada/montreal/quebec-far-right-soldiers-of-odin-1.3896175

[32]             https://xaviercamus.com/2017/08/28/un-happening-pour-lextreme-droite/

[33]             https://gredacanada.wordpress.com/2017/08/04/alerte-manifestation-soutien-aux-migrants-et-contre-lextreme-droite-dimanche-le-6-aout-2017-midi-au-stade-olympique-de-montreal/

[34]             http://www.99media.org/manifestation-nationaliste-contre-le-plq/

[35]             http://journal.alternatives.ca/spip.php?article8262

[36]             http://ucl-saguenay.blogspot.ca/2017/06/une-taupe-dans-la-meute-leur-violence.html

[37]             https://gredacanada.wordpress.com/2017/06/22/le-crottin-de-lextreme-droite-se-reunit-au-ranch/

[38]             http://plus.lapresse.ca/screens/96446b71-d8ee-472f-ab58-24cb02cfc9fe%7C_0.html

[39]             http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201708/22/01-5126689-des-politiciens-dans-la-meute.php

[40]             http://www.journaldequebec.com/2017/02/17/lex-depute-claude-patry-nouveau-chef-de-la-meute-1

[41]              https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10156549815514863&set=a.430087209862.207456.561679862&type=3&theater

[42]             http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1052592/la-saison-des-derapages?isAutoPlay=1

[43]             https://www.vice.com/en_ca/article/new9wd/the-birth-of-canadas-armed-anti-islamic-patriot-group

[44]             https://gredacanada.wordpress.com/2017/08/04/alerte-lextreme-droite-se-mobilise-contre-la-communaute-lgbtq-a-calgary/

[45]             https://montreal-antifasciste.info/fr/2017/12/02/les-gunnies-et-lextreme-droite/

[46]             http://www.huffingtonpost.ca/2017/07/06/who-are-the-proud-boys_a_23020006/a

[47]             https://medium.com/@willsommer/the-fratty-proud-boys-are-the-alt-rights-weirdest-new-phenomenon-7572b31e50f2

[48]             http://www.cbc.ca/radio/asithappens/as-it-happens-tuesday-edition-1.4189447/who-are-the-proud-boys-who-disrupted-an-indigenous-event-on-canada-day-1.4189450

[49]             https://thevarsity.ca/2017/07/15/rally-in-support-of-halifax-proud-boys-met-with-counter-protests/

[50]             https://itsgoingdown.org/montreal-far-right-student-group-shut/