Résumé

Fondée en 2015 par deux ex-soldats, Éric Venne (alias Éric Corvus) et Patrick Beaudry, La Meute est l’organisation d’extrême droite la plus populaire du Québec à l’heure actuelle. Initialement, l’organisation s’ancrait dans un sentiment strictement antimusulman. Alors que son islamophobie seule suffirait pour faire d’elle une organisation raciste, la perspective articulée par le groupe sur ses politiques antimusulmanes indique une philosophie plus ambitieuse, qui prétend que les immigrant.e.s musulman.e.s et « l’Islam radical » sont les outils de choix d’une élite globale qui chercherait à saboter et finalement détruire les nations québécoise et canadienne.

Historique

Le fondateur de La Meute, Éric Corvus résumait ainsi le combat de La Meute :

« protéger notre nation contre l’invasion de l’islam ». Il disait vouloir défendre « nos terres, nos valeurs, nos fondements, notre liberté, notre sécurité ainsi que l’avenir de nos enfants contre l’envahisseur islamique ». Malgré les changements dans le discours public de La Meute en 2017, les documents qui circulent ainsi que les discours ordinaires des membres demeurent toujours ancrés dans cette extrême droite identitaire et islamophobe.

Dans le document Où va l’argent?, écrit par Patrick Beaudry, ancien chef du Conseil, ce dernier expliquait qu’il est important de donner à La Meute parce que :

« nous faisons face à un ennemi vieux de 1 400 ans déterminé à supplanter tout ce qui n’est pas lui. Un ennemi qui de plus est Zillionnaire!

On travaille à s’éduquer nous-mêmes et on tente de s’instruire un peu plus chaque jour pour approfondir notre connaissance de l’ennemi. – OUI! L’ENNEMI!

Parce que nous sommes en guerre! Pas parce que nous le voulons; Pas parce que nous l’avons souhaité! Mais bel et bien parce que l’islam radical nous a déclaré la guerre et que si nous ne faisons rien, nous avons perdu d’avance!

– À partir du moment où quelqu’un vous désigne comme son ennemi, vous êtes en guerre! Et qu’on le veuille ou non, ça n’y changera rien! »

Structure et fonctionnement

La structure organisationnelle de La Meute comprend un Conseil « des chefs », différents comités (médical, sécurité, surveillance et information) et 17 clans pour les 17 régions administratives du Québec. Chacun des clans compte un.e chef.fe et des adjoint.e.s. Les clans ne détiennent pratiquement aucune autonomie par rapport à l’organisation. Les chef.fe.s de La Meute sont administrateurs.trices de chacun des Clans et décident qui sera le ou la chef.fe local.e. La hiérarchie est très stricte et doit être respectée à la lettre.

« D’abord, le Conseil a autorité sur tout le monde. Il lui revient de nommer ceux qui occuperont des postes de responsabilité et il lui revient aussi de faire les mises au point qui s’imposent quand le besoin se fait sentir. Ce qui implique qu’en situation de conflit, le Conseil a le dernier mot et que sa décision est applicable sans délai et qu’elle est sans appel.

– Pourquoi ? – PARCE-QUE !

Ensuite, viennent les différents PILIERS, CHEFS, COMMANDANTS ET LEURS ADJOINTS. »

À la tête de La Meute, jusqu’au mois de septembre 2017 nous retrouvions le Conseil (pattes argentées) composé de Sylvain « Maikan » Brouillette (porte-parole), Patrick Beaudry (chef du Conseil), Sherif Constant, Éric Proulx et Stéphane Roch. Les Gardes (pattes rouges) ont comme mission de faire la discipline interne et d’appliquer la censure. Dans chaque clan, il y a un comité de portiers, un comité de sécurité et un comité médical en plus du ou de la chef.fe et de ses adjoint.e.s.

Les premiers événements publics de La Meute se sont déroulés dans la ville de Québec et au Saguenay en 2016. En août 2016, leurs dépliants ont commencé à apparaître dans les espaces publics, et quelques semaines plus tard, Venne et d’autres membres ont interrompu un événement informatif organisé par un groupe de bénévoles qui comptaient parrainer une famille de réfugié.e.s syrien.ne.s.

En septembre 2017, une scission est apparue au sein de La Meute, résultat de tensions et de conflits qui dataient depuis au moins le début de l’année. En janvier 2017, Eric Venne, fondateur de La Meute, avait quitté l’organisation en prétextant des raisons de santé, tout en restant actif de manière officieuse. En réalité, Patrick Beaudry et d’autres l’avaient accusé d’avoir volé plusieurs milliers de dollars à l’organisation. (Venne ne nie pas avoir pris l’argent, mais il affirme que c’était pour rembourser des dépenses liées à l’organisation).Ces accusations n’avaient toutefois pas été partagées avec les simples membres des clans et étaient restées dans les plus hautes sphères de l’organisation.

Au courant de l’année 2017,l a popularité de Venne au sein des membres de La Meute s’est accrue, surtout dans un contexte où se développaient plusieurs malentendus et frictions avec Storm Alliance.

Patrick Beaudry était responsable de la vente de marchandises (drapeaux, collants, t-shirts, etc.) de La Meute, à travers son commerce Ptrck Design. En même temps La Meute reçoit des dons par l’entremise d’une OSBL paravent du nom de l’Association des Victimes d’Actes Terroristes (AVAT). Au courant de l’été de 2017, Beaudry est accusé de mal gérer la comptabilité, ce qui mène à un bris de confiance au sein du Conseil dès le mois de septembre. Beaudry est alors écarté et réplique en fondant son propre groupe La Meute, alors que Brouillette, Proulx et Roch forment Le Groupe La Meute Inc.

En décembre 2017, suite à une série d’accusations d’inconduites sexuelles et d’abus de pouvoir à l’endroit d’Éric Proulx, ce dernier se voit à son tour expulsé du Conseil dans un pitoyable psychodrame.

Comme il est typique chez les groupes de ce genre, La Meute nie être d’extrême droite ou raciste, prétendant s’opposer seulement à la « loi charia » et à « l’Islam radical ».

De plus, en accord avec beaucoup, mais pas tous les groupes de ce type, leur opposition à l’Islam est partiellement justifiée par une rhétorique identifiant cette religion au sexisme et à l’homophobie : Venne, a même pris la peine d’assister à la veillée organisée dans le Village de Montréal après le massacre au club Pulse d’Orlando en juin 2016.

L’objectif déclaré de La Meute est de devenir une force politique importante dans les courants médiatiques conventionnels; par contre, elle est toujours un groupe d’extrême droite, même si elle ne se représente pas comme tel. Ainsi, le groupe fait partie d’un courant politique plus large au Québec que l’on peut qualifier de « national-populiste ». La Meute travaillait avec les Soldats d’Odin jusqu’au début de 2017, un groupe islamophobe fondé par des néonazis finlandais. Lorsque des membres de SOO et des néonazis d’Atalante se sont joint à une manifestation que La Meute avait co-organisée le 25 novembre 2017, Brouillette a explicitement défendu leur droit d’y participer. La Meute travaille aussi avec le groupe dérivé des SOO, Storm Alliance, qui les a aidés à organiser la manifestation du 25 novembre et a aussi collaboré avec eux lors d’une manifestation à la frontière le 1er juillet. La Meute vise à attirer des membres potentiel.le.s parmi les racistes d’extrême droite conscient.e.s de leurs idées politiques, ainsi que parmi des groupes de gens qui sincèrement ne se croient pas racistes, mais qui sont motivé.e.s par une combinaison de désinformation et de peur envers la religion musulmane[36].

La prochaine étape : constituer un véhicule politique et faire pression sur les partis en place

Au-delà de la formation et de l’expansion des groupes haineux, les leaders de l’extrême droite québécoise affichent de plus en plus ouvertement leur volonté d’investir le monde politique pour y promouvoir leurs idées. Un événement marquant en ce sens fut le colloque organisé conjointement par le Mouvement républicain du Québec (MRQ) et La Meute le 17 juin 2017. Le colloque, qui s’est tenu au centre équestre l’Intégrité à St-Lazare, en banlieue de Montréal, a réuni environ 150 personnes pour discuter de l’union des forces nationalistes identitaires du Québec. Certains conférenciers ont identifié l’ennemi comme étant les forces mondialistes, l’élite prônant le multiculturalisme, le totalitarisme des minorités, la dictature de la gauche financée secrètement par des fonds étrangers et, bien évidemment, l’Islam – radical pour certains ou tout court pour d’autres. La journée s’est en fait déroulée sous le thème de vastes complots ourdis pour détruire le Québec, les Canadien.ne.s-français.e.s, l’État-nation et le projet d’indépendance du Québec, avec entre 4 à 30 ans pour réagir avant la catastrophe, selon les opinions exprimées.

La Fédération des Québécois de Souche (FQS), qui a envoyé un contingent au colloque, estime que ce dernier a été une réussite. Selon la FQS, le MRQ souhaite créer un mouvement politique avec une plate-forme commune pour toutes les personnes désirant contrer la « rectitude politique en folie » qui dévore notre société. Dans leur texte, la FQS termine en disant espérer que le MRQ sera fructueux dans ses initiatives pour fédérer la droite identitaire autour d’un parti[37]. Donald Proulx de l’Union Patriote a proposé pour sa part de former un Parti des Patriotes à l’échelle municipale à Montréal. Plus généralement, la présence au colloque de membres du Parti Indépendantiste, du Parti de l’Unité Nationale, de la Fédération des Québécois de Souche, d’Horizon Québec Actuel, du Mouvement Intégrité Québec, de membres de Vigile, de Claude Patry (ex-candidat du Bloc Québécois), de La Meute ainsi que du Parti des Citoyens au Pouvoir du Québec et d’autres groupuscules politiques laisse entrevoir la consolidation d’une nébuleuse nationaliste identitaire fortement islamophobe. Déjà, les divers groupes échangent et chacun tente de trouver sa place dans l’Union patriotique identitaire proposée lors de ce colloque.

Plus récemment, l’ex-dirigeant de PEGIDA Québec, Sébastien Poirier, a de son côté réservé le nom « Mouvement traditionnaliste du Québec » en vue des prochaines élections provinciales, un parti de « droite alternative » qui vise à « protéger la culture et les traditions locales québécoises » face au « gouvernement de nazis » mené par Justin Trudeau[38]. En outre, plusieurs petites formations politiques se sont rapprochées de La Meute au cours des derniers mois. L’Alliance citoyenne de Québec, parti de droite ayant succédé à l’Alliance démocratique de Québec, a effectivement envoyé un observateur dans le contingent de La Meute lors de leur manifestation du 20 août. Yvon Simard, dirigeant du parti Citoyens au pouvoir dont a fait partie le syndicaliste Bernard « Rambo » Gauthier, ainsi que Stéphan Pouleur, chef du parti politique provincial Équipe Autonomiste, se sont également mêlés aux manifestant.e.s de la Meute pour l’occasion[39]. On peut également noter qu’au début de cette année, l’ancien député fédéral (NPD, puis Bloc Québécois) de Jonquière-Alma, Claude Patry, est devenu le nouveau chef de clan de La Meute au Saguenay-Lac-Saint-Jean[40].

Sur sa page personnelle, Éric Venne (fondateur de la Meute) a d’ailleurs fait la publication suivante le 24 août 2017, qui laisse planer l’idée de la fondation d’un parti correspondant à ses idées :

« J’assume mon look…… l’image est importante pour embarquer dans l’arène politique….. mais j’ai envie d’être moi….. ne pas tourner dans l’hypocrisie…. d’être un représentant du peuple…. pas devenir un représentant d’une classe sociale qui se fout des citoyens…. je sais qu’est-ce que l’image d’un politicien…… un politicien c’est drabe……. je ne serai pas drabe……. vous souhaitez que je mette un complet gris…… vous avez envie que je ressemble à Couillard? Non…. pas pour moi….oui je mettrai un complet s’il le faut, mais je serai moi et non un homme qui deviendra un somnifère sur deux pattes…. de plus lorsque je mettrai sous le soleil le Parti que je suis en train de fonder……. ce n’est pas pour devenir le clone de ce qui se fait présentement. Je veux que ce parti soit le digne représentant de la vraie démocratie…. du peuple……. je souhaite inverser le triangle et remettre l’équilibre en faisant du peuple les vrais leaders de notre nation….. serais-je celui en tête de ce parti….. peut-être…. ou pas…… une chose est certain je ne serai pas loin afin de m’assurer que le peuple soit respecté et qu’il reprennent les guides de sa destinée[41]. »

L’extrême droite ne se limite cependant pas à vouloir former un groupe politique autonome, mais cherche aussi à influencer le discours des partis actuellement en place. Cet objectif semble être accompli au moins en partie lorsqu’on prend en compte la surenchère verbale sur la « crise des réfugiés haïtiens » qui a récemment opposé la CAQ et le PQ, chaque formation politique tentant de se montrer la plus ferme sur le contrôle des frontières et la défense de l’identité nationale[42].

« Faits d’armes »

 

Membres et sympathisants connus

Sylvain « Maïkan » Brouillette

 

Éric Corvus Venne (déchu)

 

Patrick Beaudry (déchu)

 

Stéphane Roch

 

Éric Proulx

 

etc.

 

D’autres sympathisant-e-s sont répertoriés ici.

 

Liens externes

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