Image de couverture de l'article de Montréal Antifasciste sur l'infiltration du clavardoir privé des abonnés de Nomos-TV.

Une source antifasciste a infiltré le clavardoir privé des membres abonnés de la chaîne Nomos-TV. Au programme, dans le confort de cet « espace sûr » : xénophobie et islamophobie débridées, mépris ouvert à l’égard du peuple québécois, des aîné·e·s, du nationalisme civique et des souverainistes progressistes, haine misogyne et transphobe et, bien entendu, un flot continu de propos dégradants à l’endroit des personnes immigrées et racisées. Dans un contexte où certains éléments réactionnaires des médias traditionnels, en particulier l’empire Québecor, font le jeu de ces militants racistes en leur offrant une plateforme sous prétexte de liberté d’expression, nous présentons ici une partie des constats de cette opération d’infiltration, en rappelant – une fois de plus – qu’il ne sera jamais acceptable de répandre des discours haineux dans nos collectivités, quoi qu’en disent les idiots utiles et les apologistes.

Avertissement : cet article contient un grand nombre d’éléments de langage et d’images à caractère raciste (dont de nombreuses occurrences du mot en N), xénophobe, islamophobe et arabophobe, antisémite, anti-LGBTQ, transphobe, misogyne et antiféministe. Nous vous invitons à poursuivre la lecture en connaissance de cause.

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Subterfuge et complaisance : comment se normalisent les discours haineux

Il y a bientôt huit mois, nous avons publié un exposé détaillé sur Alexandre Cormier-Denis (ACD), où nous faisions la démonstration du rôle-clé qu’occupe cet idéologue ethnonationaliste dans l’écosystème d’extrême droite au Québec et du caractère profondément raciste et xénophobe de sa proposition politique. Après dix ans d’activité sur ce registre, normalement, tout ce qui touche de près ou de loin à Cormier-Denis et Nomos-TV devrait être persona non grata dans les médias traditionnels.

Et pourtant, au Québec en 2026, la détestation aiguë des voix de gauche s’est tellement répandue dans la culture générale que la somme des discours haineux d’ACD est complètement ignorée par certaines personnalités médiatiques réactionnaires, qui préfèrent encore lui tendre le microphone et amplifier son message plutôt que de prendre acte des faits et accorder un quelconque crédit au travail des antifascistes ou des journalistes progressistes.

Ainsi, ACD et Nomos-TV profitent encore d’une révoltante complaisance – voire d’une sympathie ouverte – dans certains recoins de l’écosystème médiatique québécois, dont Radio X (qui est depuis longtemps devenu le principal haut-parleur de toutes les droites), mais aussi des espaces comme la chaîne YouTube Ian & Frank (à tendance conservatrice « libertarienne », et que méprisent ouvertement les « nomosiens » en privé) ou Radio Ville-Marie, dont le directeur affiche ses affinités avec ACD. Une preuve éclatante de cette complaisance nous a été donnée le 27 avril dernier, quand l’animateur de QUB Radio Benoît Dutrizac a invité Cormier-Denis à livrer sa version de ce qui s’était passé quelques jours plus tôt, lorsqu’une mobilisation du Front antifasciste populaire avait empêché la diffusion d’une émission de Nomos-TV en direct de leur studio du Plateau Mont-Royal.

Une capture d'écran d'une discussion entre abonnés du clavardoir privé de Nomos-TV.

Bien qu’il s’en soit défendu d’entrée de jeu, Dutrizac[1] a ainsi activement contribué à normaliser cet acteur central de l’extrême droite québécoise, et surtout, à banaliser les propos xénophobes qui sont au cœur de son programme idéologique. Dutrizac le sait d’ailleurs, car il ironise en prétendant que sa carrière « est finie », parce qu’il s’associe au personnage « controversé » qu’est ACD, lequel lui répond en le félicitant de son « courage ».

Dutrizac met ensuite la table en vomissant sur « la gauche » et en formulant une série d’amalgames foireux visant à diaboliser les antifascistes (qui auraient selon lui tué Charlie Kirk et attenté à la vie de Donald Trump, notamment), pour que l’on comprenne bien la direction que prendra l’entretien.

ACD est un habile démagogue, il faut bien l’avouer : il prend soin de se cacher derrière un vernis « légaliste » pour démentir son appartenance à l’extrême droite, comme si celle-ci n’existait que dans le cadre extra-légal, ce qui constitue un détournement de sens évident. Dans le même esprit de subterfuge, lors de son passage à QUB Radio, ACD n’a pas hésité à dénaturer le programme ethnonationaliste qu’il défend à longueur de temps en affirmant que pour lui, « est Québécois celui qui est sur le territoire du Québec », le vieux slogan du nationalisme civique… Mais en sous-texte, ça n’est que pour mieux défendre la « préférence nationale » et ce qu’il appelle la « race », soit la majorité ethnique canadienne-française, qui serait menacée existentiellement par l’immigration. Ainsi, à l’antenne de Qub, il évite bien commodément de préciser qu’un élément central de son projet pour l’État national québécois serait de « remigrer », soit d’expulser par la force ou la persuasion, quiconque n’est pas de souche canadienne-française. Tout cela s’inscrit clairement dans sa stratégie consistant à présenter une image « digeste », pour mieux livrer un message « radical ».

Or, les journalistes qui accueillent sans broncher les arguments de surface et les réponses malhonnêtes d’ACD sans prendre également en compte l’ensemble de son œuvre et la teneur particulière de ses propos deviennent automatiquement ses idiots utiles, voire ses complices. Les « nomosiens » le savent très bien, d’ailleurs, qui se sont félicités en l’occurrence d’avoir persuadé la recherchiste de Dutrizac, Cybèle Olivier, de l’inviter.

Dans ce contexte, il importe de continuer à montrer les preuves de la toxicité extrême de ce personnage et de ses adeptes, dans l’espoir que les médias traditionnels entendent raison et rétablissent le cordon sanitaire qui s’impose autour de cet « ethnonationalisme », par définition raciste, xénophobe et haineux.

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Dans l’entrevue du 27 avril, Dutrizac pose la question suivante à ACD :

« Avez-vous peur que vos propos sombrent dans le vrai racisme, où les gens disent : “Là, tous les immigrants, faut tous les sortir! Tout ce qui n’est pas blanc et catholique, faut tout sacrer ça dehors!” Vous n’avez pas peur de créer cette espèce de réflexion un peu primaire? »

Vous trouverez dans le présent article une réponse directe à cette question. C’est très précisément ce que pensent et répètent de manière obsessive les animateurs et les abonnés de Nomos-TV.

Nous avons compilé, au fil de plusieurs mois, une partie du contenu des discussions privées entre ACD et les abonnés de sa chaîne, Nomos-TV. Nous en présentons ici un florilège nauséabond. On ne peut qu’espérer que cet article contribue à casser le subterfuge qu’emploie ACD pour se faire admettre dans certains espaces mainstream, et à dissiper toute ambiguïté sur la nature profonde de Nomos, de ses animateurs et de ses abonnés. Par souci pratique, nous ne pouvons montrer ici qu’une infime partie de la somme colossale d’information accumulée, mais soyez assuré·e·s que nous avons tout conservé et classé comme il se doit.

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Qui sont-ils? Un tour d’horizon des abonnés du clavardoir privé de Nomos

Au moment d’écrire ces lignes, le « groupe de discussion » Telegram privé de Nomos compte 193 membres. Ce sont des abonnés payant de la chaîne Nomos-TV qui se sont acquittés de dons sur une période d’au moins trois mois consécutifs.

La page de couverture du groupe de discussion privé de Nomos-TV sur l'application Telegram.

La page de couverture du groupe de discussion privé de Nomos-TV sur l’application Telegram.

Il faut d’abord noter que cet espace privé payant est une extension du clavardoir « public » de Nomos, qui a été créé en avril 2021 et ne sert plus aujourd’hui que de babillard d’annonces pour ACD et ses acolytes, au même titre que la chaîne Telegram officielle de Nomos, laquelle compte 3 794 membres. Autant dire que le clavardoir « public » est redondant et ne sert plus à grand-chose, puisque les discussions qui y avaient lieu jadis – qui avaient déjà et ont encore à ce jour, assez souvent, une teneur haineuse – se sont transposées à l’abri des regards indiscrets dans le groupe de discussion privé.

Un échantillon de publication raciste dans le clavardoir public de Nomos-TV sur l'application Telegram.

Un échantillon de publication raciste dans le clavardoir public de Nomos-TV sur l’application Telegram.

Un échantillon de publication raciste dans le clavardoir public de Nomos-TV sur l'application Telegram.

Un échantillon de publication raciste dans le clavardoir public de Nomos-TV sur l’application Telegram.

Un exemple récent de publication raciste dans le clavardoir public de Nomos-TV sur l'application Telegram.

Un exemple récent de publication raciste dans le clavardoir public de Nomos-TV sur l’application Telegram.

Le clavardoir privé, dont ACD est l’unique « propriétaire » et modérateur, est divisé en 24 salons thématiques : « Général », « Québec », « Fédéral », « Géopolitique », « États-Unis », « Militant », « Catholique », « Famille », et ainsi de suite, jusqu’aux salons à teneur plus lifestyle, comme « Santé », « Sports », « Musique » ou « Jeux vidéo », etc.

La liste des salons de discussion thématiques du clavardoir privé de Nomos-TV sur Telegram.

La liste des salons de discussion thématiques du clavardoir privé de Nomos-TV sur Telegram.

Les salons « Général » et « Québec » sont ceux où la majeure partie des échanges a lieu, mais les autres salons sont aussi fréquentés à des degrés divers. Sans doute par mesure de précaution, le contenu des discussions disparaît automatiquement après une semaine. Tout porte à croire que cette mesure a été mise en place à la suite des révélations que nous avions faites dans notre article de décembre 2022 sur le policier français Auxane Jonot et ses indiscrétions dans les salons de discussion de Nomos. Comme nous le verrons ci-dessous, chaque thème est ici un prétexte pour interpréter tout et n’importe quoi par la lorgnette ethnonationaliste, casser du sucre sur le dos des personnes immigrées, racisées, musulmanes et progressistes, et promouvoir leur solution universelle : la remigration.

Un exemple de publication à teneur raciste dans le salon de discussion « Nomos Famille » du clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication à teneur raciste dans le salon de discussion « Nomos Famille » du clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication à teneur raciste dans le salon de discussion « Nomos Économie » du clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication à teneur raciste dans le salon de discussion « Nomos Économie » du clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication à teneur antisémite dans le salon de discussion « Nomos Philosophie » du clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication à teneur antisémite dans le salon de discussion « Nomos Philosophie » du clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication à teneur raciste dans le salon de discussion « Nomos Santé » du clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication à teneur raciste dans le salon de discussion « Nomos Santé » du clavardoir privé de Nomos-TV.

Un abonné du clavardoir privé de Nomos-TV demande dans le salon de discussion « Nomos Sport » où il peut rejoindre un club d'arts martiaux « style suprémaciste blanc ».

Un abonné du clavardoir privé de Nomos-TV demande dans le salon de discussion « Nomos Sport » où il peut rejoindre un club d’arts martiaux « style suprémaciste blanc ».

Un exemple de publication à teneur misogyne dans le salon de discussion « Nomos Jeux vidéo » du clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication à teneur misogyne dans le salon de discussion « Nomos Jeux vidéo » du clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication à teneur raciste dans le salon de discussion « Nomos France » du clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication à teneur raciste dans le salon de discussion « Nomos France » du clavardoir privé de Nomos-TV.

L’espace où la haine, et notamment la haine raciale, se déploie le plus explicitement est le salon « Meme ». On est ici en plein dans un prolongement de l’esthétique transgressive du babillard 4Chan, ancrée dans l’humour bête et méchant et la propagande haineuse faussement ironique qui ont fait la triste gloire du mouvement alt-right.

Une capture d'écran du répertoire d'images publiées récemment dans le clavardoir privé de Nomos-TV, dont beaucoup ont une teneur raciste.

Une capture d’écran du répertoire d’images publiées récemment dans le clavardoir privé de Nomos-TV, dont beaucoup ont une teneur raciste.

 

(Avertissement : plusieurs éléments de ce carrousel d’images ont un caractère explicitement raciste et haineux.)

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Parmi les 193 membres abonnés à ce jour, la grande majorité y opère sous pseudonyme, mais un nombre non négligeable affichent leur vrai nom et/ou leur visage, dont David Leroux, qui écrit pour la revue l’Action nationale et milite pour Nouvelle Alliance (il intervient peu), et le « journaliste » Julien Garon-Carrier, qui participe activement aux discussions (voir la section qui lui est consacrée, ci-dessous). Le suprémaciste blanc Daniel Conversano et le « réinformateur » Nicolas Faure, tous deux proches collaborateurs français de Cormier-Denis, y sont également inscrits. On y trouve d’ailleurs un certain nombre d’autres abonnés français. Raphaël « Raph Stomper » Lévesque d’Atalante Québec, qui semble depuis quelque temps avoir pris un rôle périphérique dans l’écosystème d’extrême droite québécois, s’y trouve aussi. Un certain Alexandre Gauthier, artiste tatoueur de Baie-Comeau, dit travailler comme agent d’intervention dans un centre jeunesse. Un Frederick Carignan explique sur Facebook avoir publié un texte pour le magazine français Causeur. Certains imprudents affichent même leur numéro de téléphone… Là encore, faute d’espace, nous ne pouvons en publier qu’un échantillon.

Une partie des abonnés au clavardoir privé de Nomos-TV sur Telegram.

Une partie des abonnés au clavardoir privé de Nomos-TV sur Telegram.

Ce sont – apparemment – presque tous des hommes, d’âges variables selon nos observations, avec une majorité notable de milléniaux. Les femmes y font figure d’exceptions; une seule (« Matricariat Chamomilla », de son vrai nom Audrey Tessier, comptable et catholique traditionaliste de la région de Québec) participe régulièrement aux échanges. Fait à noter, celle-ci fait assez souvent l’objet de mépris et de dérision de la part de certains autres membres, dont l’utilisateur « Fretretoc », qui dissimule mal sa misogynie.

Outre Cormier-Denis, les membres les plus actifs et ceux qui déterminent généralement la teneur des discussions, sont : « Gaulois d’Amérique » (même pseudo sur X, voir la section ci-dessous), « Frèretoc 23 » (« Cacahuete Libre » sur X), « Chat BBQ haïtien » (« Sinus atténué » sur X; son pseudonyme est une référence au canular promu par le camp Trump pendant la campagne électorale présidentielle de 2024 concernant les immigrants haïtiens de Springfield en Ohio, qui étaient accusés de manger des animaux de compagnie), Julien Garon-Carrier (voir ci-dessous), « Charlemagne », « La beauté pour nous sauver », « El Duderino », « Vrai_Sam », « Anton Archant » (vraisemblablement Français), « Nationaliste Du63 » (qui semble se targuer d’une formation en droit), « Lupercal » (qui affiche une admiration pour Filippo Tommaso Marinetti, figure centrale du futurisme et co-auteur du Manifeste fasciste), « Jackie Estacado », « Séraphin Poudrier » (qui a déjà pris pour avatar un portrait de Benito Mussolini), « Merci » (de la chaîne Telegram « Merci la philosophie ») et environ une douzaine d’autres. Plus des trois quarts des abonnés participent peu ou pas du tout aux discussions.

 

La nature des discussions

Précisons d’emblée qu’il ne semble y avoir pratiquement aucune modération dans le clavardoir, c’est-à-dire qu’aucune limite n’est a priori imposée aux échanges. Aucune ligne de conduite ni aucun critère de bonne entente ne sont affichés où que ce soit. C’est le Far West total. Dans toute la période où l’activité du groupe a été surveillée, nous n’avons dénoté aucune réaction négative contre des propos explicitement haineux, lesquels sont extrêmement fréquents et nombreux. En fait, cela semble être la norme, ou du moins être complètement banalisé. Le seul et unique rappel à l’ordre observé concernait les insultes entre les abonnés.

Tous les abonnés ne sont pas forcément d’accord avec tout ce que disent les autres abonnés, et certains échanges sont plus animés que d’autres, comme nous le verrons plus loin, mais le consensus y règne sur les thèmes principaux. Nous vous invitons d’ailleurs à porter attention, dans les captures d’écran présentées tout au long de cet article, aux « likes » d’ACD sur certains des commentaires les plus abjects.

Le nationalisme ethnique – et par extension, la condamnation sans appel de l’immigration et la fixation sur la remigration, qui se traduit explicitement par un esprit raciste et xénophobe – est le cadre de référence absolu à travers lequel tout est interprété, analysé et compris. C’est une véritable obsession confinant à la psychorigidité : l’alpha et l’oméga de la géopolitique, de la philosophie, du cinéma, de la santé, etc. Hors du critère ethnique, point de salut.

Cela se traduit généralement par une haine ou un mépris explicite de tous les groupes qui n’appartiennent pas à « la race », c’est-à-dire la nation ou le peuple de référence : canadien-français, blanc et francophone d’extraction européenne. Rappelons qu’ACD et sa bande organisent chaque année ce qu’ils appellent fièrement la « Saint-Jean de la Race ». « L’appel de la Race » est une référence directe à l’ouvrage majeur du chanoine Lionel Groulx, une référence pour la droite identitaire québécoise. L’utilisateur « Gaulois d’Amérique » a d’ailleurs choisi pour avatar un portrait du chanoine Groulx. Parlant de racisme, un abonné demande ouvertement s’il vaut mieux « imposer une définition de “racisme” qui inclut le racisme anti-blanc ou plutôt d’essayer de dire que le racisme est une bonne chose ». Ailleurs, Julien Garon-Carrier, estime que la conscience ethnique du peuple canadien-français ne pourrait être éveillée que par de grandes souffrances… Ce qu’il souhaite presque.

De ce groupe, personne ne trouve vraiment grâce aux yeux des « nomosiens », non plus, que ceux qui partagent grosso modo leur vision du monde : un strict nationalisme ethnique réactionnaire et xénophobe tendant vers un horizon illibéral et fascisant. Les autres sont constamment l’objet d’attaques de toute sorte, au premier titre tous ceux qu’ils considèrent comme « gauchistes », c’est-à-dire, dans leur cadre de référence, quiconque se trouve à gauche du nationalisme conservateur qu’incarne des personnages comme Mathieu Bock-Côté (qui lui-même n’est pas à l’abri des railleries) ou son poulain, Étienne-Alexandre Beauregard. Même eux, par leur proximité avec le Parti Québécois, sont parfois taxés de « gauchisme ».

La gauche dans toutes ses formes et ses déclinaisons, des plus modérées aux plus radicales, est littéralement diabolisée, et particulièrement les notions socialement progressistes sont presque systématiquement imputées à la maladie mentale ou à la déficience intellectuelle. Le « gauchisme », soit le « communisme de marde qu’on doit endurer au quotidien », est pour ces gens une obsession aussi aiguë que l’immigration.

Les formations nationalistes civiques dont le caractère identitaire n’est pas assez prononcé à leur goût (CAQ, PQ, Bloc Québécois) sont également méprisées. (Tout compte fait, néanmoins, la CAQ vaut mieux que le PQ, selon ACD, et c’est en Bernard Drainville que les « nomosiens » ont fondé leurs espoirs dans la récente course à la chefferie.) Il en va de même pour la droite « libertarienne », dont le conservatisme est avant tout axé sur la préservation des privilèges matériels de la classe moyenne. La priorité à l’économie que manifestent Éric Duhaime et le Parti conservateur du Québec implique une trop grande ouverture à l’immigration, selon les ethnonationalistes, et range ceux-ci dans le camp « remplaciste ».

Un mépris analogue est réservé aux influenceurs conservateurs qui ne partagent pas les obsessions des « nomosiens ». Les podcasters Ian & Frank, par exemple, sont estimés selon ces mêmes critères : Ian Sénéchal, qui est plus libertarien que nationaliste, est jugé très sévèrement (on l’affuble de différents sobriquets, comme « Ian Sénégal », « Ian le Chacal », etc.), tandis que François Fournier (alias Frank), qui est plus sensible aux arguments identitaires, est considéré avec relativement plus de magnanimité. L’animateur Rémi Villemure, qui intervient sur Qub, a reçu Cormier-Denis sur son podcast et a visité celui-ci chez Nomos, n’est pas pour autant épargné par la hargne de certains « nomosiens », dont un le traite de « marde ». D’autres personnalités conservatrices goûtent la même médecine, comme Richard Martineau, Léo Dupire de Fier Québec, Christian Dufour, etc. Benoît Dutrizac, qui leur a témoigné une belle ouverture en invitant ACD à son émission, est quant à lui classé à « l’extrême centre ».

Le peuple québécois lui-même est souvent méprisé ouvertement et traité de tous les noms, notamment parce qu’il ne voterait pas du bon bord. La haine la plus virulente s’exprime à l’égard des boomers et des femmes.

Notons que leur appréciation du processus démocratique, et de la démocratie en général, est que celle-ci est complètement dépassée et inutile. À commencer par Cormier-Denis lui-même, qui affirme sans détournement qu’il faut s’en « contre-crisser ». Le droit de vote des femmes, notamment, est présenté comme le « début du déclin de la civilisation ». Quand l’utilisateur « Freretoc » suggère qu’il faudrait ôter le droit de vote aux aînés, ACD répond que [le problème] n’est « pas juste les aînés », mais aussi « les jeunes, les bonnes femmes, les métèques ». Évidemment, ce sont là des choses dont ils peuvent discuter entre eux, mais dont il faut « s’éloigner comme la peste » sur « la place publique ». Un autre parle de l’importance de « pousser la critique vers du post-démocratique ». Ils ont beau se défendre d’être fachos, la récurrence de cette posture illibérale laisse peu de doute sur la nature profonde de leur éthos.

Les femmes (qualifiées par certains de « pondeuses ») et personnes LGBTQ+ sont couramment dépréciées, personne ne s’en étonnera, mais au fil des discussions, les personnes trans sont parmi celles qui subissent la plus forte haine. Elles sont ici littéralement perçues et décrites comme des « monstres ».

Mais c’est bien sûr pour les personnes immigrées ou racisées et pour les communautés musulmanes que les « nomosiens » réservent le plus de fiel. Les communautés autochtones y goûtent aussi.

ACD et certains de ses suiveux ont beau se défendre d’être antisémites, d’autres se livrent à un antisémitisme ouvert et absolument débridé et ne font l’objet d’aucune modération ni d’une véritable opposition, sinon pour affirmer que l’antisémitisme primaire constitue une diversion contre-productive pour l’avancement de la ligne ethnonationaliste. Malgré les références régulières à la « juiverie » en termes péjoratifs ou dédaigneux, la « question juive » relève donc ici davantage d’une discussion d’ordre stratégique que d’un véritable point d’achoppement. Là où certains trouvent les Juifs intrinsèquement perfides, d’autres n’y voient que des « alliés peu fiables ». Disons qu’au fil des discussions, les clichés anti-Juifs et les gags antisémites (y compris les caricatures rappelant directement celles des nazis) ne sont jamais bien loin.

Les débats plus costaux entre les abonnés sont par ailleurs plutôt rares. On se demande par exemple s’il vaut mieux avoir des voisins de gauche ou racisés. ACD tranche ainsi la question : il préfère avoir « un voisin bobo qui vote QS qu’un Maghrébin ou un Noir », que « nos filles marient des électeurs du PQ [plutôt] que des musulmans » et qu’un « gauchiste incompétent vaut mieux qu’un Africain débile ».

L’un des débats les plus corsés concerne la question épineuse à savoir s’il vaut mieux ne pas se reproduire du tout (la ligne ethnique pro-pureté raciale) que de faire des enfants métissés avec des personnes racisées (la ligne conservatrice pronataliste). Il est raisonnable de penser que ce questionnement restera pour eux d’ordre rhétorique.

Certains des dérapages les plus virulents visent spécifiquement l’abonnée « Matricaria Chamomilla », l’une des seules femmes du groupe et de loin la plus active, et concernent la place des femmes ainsi que sa fervente dévotion, laquelle fait à l’occasion l’objet de dérision.

ACD entre amis…

Il y a peu à dire sur Cormier-Denis que nous n’ayons déjà dit, car malgré sa verve, sa culture générale et son habileté à communiquer, le personnage reste plutôt unidimensionnel. Nous vous invitons à lire ou à relire notre article d’octobre dernier pour plus d’exemples.

Si la preuve de son racisme n’est plus à faire, même sur la base de sa production publique, personne ne s’étonnera des libertés qu’il s’accorde en privé! Le contraste est ici d’autant plus saisissant avec l’image « digeste » qu’il cherche à projeter lorsqu’il est en représentation dans les médias traditionnels.

Fait à noter, ACD n’hésite pas à instrumentaliser sa communauté à des fins offensives; c’est d’ailleurs de cette manière qu’il a réussi à se faire inviter à Dutrizac en avril, après que des abonnés aient intercédé auprès de la recherchiste de Qub Radio. Après le succès de cette opération, ACD a d’ailleurs demandé à ces suiveux d’écrire à Dominic Maurais de Radio X pour lui suggérer de l’inviter à son tour. Ailleurs, il leur propose comme « travail militant » de contribuer à sa croisade contre le juriste progressiste Frédéric Bérard, lequel a d’ailleurs porté plainte pour les menaces de mort anonymes qu’il a reçues après qu’ACD l’ait associé sur les médias sociaux aux « antifas », dans la foulée du décret du président Trump qualifiant ces derniers d’« organisation terroriste intérieure », en septembre 2025.

On pourrait croire que son utilisation insistante du mot « bolchevik » pour décrire les antifascistes relève de l’innocente facétie ou de l’exagération comique, mais ACD sait très bien ce qu’il fait en cherchant à remettre en usage ce terme qui ne correspond plus à rien aujourd’hui. Il retourne en fait l’anathème contre celleux qui le traitent de facho, sachant très bien pourtant qu’il s’inscrit de plain-pied dans la famille idéologique et la tradition fascistes. Tout ce qu’il fait vise en réalité un seul et même objectif : renverser le rapport de force entre ce qu’il appelle « l’hégémonie culturelle de la gauche », dont une composante-clé est le consensus antifasciste d’après-guerre, et la « droite nationale », c’est-à-dire l’extrême droite. C’est le même objectif qu’il poursuit au lendemain de l’assassinat de Charlie Kirk, et lorsqu’il « jette les gants » et donne un « coup de pied dans la ruche antifa », dans la séquence suivant immédiatement la mort du jeune néonazi Quentin Deranque en février dernier. C’est d’ailleurs un épisode dont il ne se vante pas lorsqu’il pousse les hauts cris contre les « bolcheviks » qui l’ont accueilli devant le studio de Nomos-TV le 23 avril…

Il serait pénible et redondant de revenir ici sur toutes les prises de position problématiques d’ACD, mais mentionnons tout de même son analyse de la guerre d’agression lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Franchement pro-Trump et plutôt pro-sioniste en vertu du cadre d’analyse ethnonationaliste, ACD est l’un des contributeurs les plus prolifiques au salon de discussion « Géopolitique », où il s’interroge avec d’autres sur l’issue de cette guerre contre les « bougnoules » et les « mahométans ».

L’un des aspects de son activité les moins bien connus ici, que nous avons tout de même abordé dans notre précédent article, est la notoriété dont jouit ACD en France. Lors de son récent passage dans l’Hexagone pour participer au colloque de l’Institut Iliade (Nouvelle Droite), en avril dernier, ACD a accordé une demi-douzaine d’entrevues à divers médias d’extrême droite français, dont Frontières (avec qui il collabore régulièrement), Radio Courtoisie, le youtubeur Vincent Lapierre, la chaîne Les Braves de Daniel Conversano, Antoine Dresse de la chaîne Ego Non, et Éléments, la revue phare de la Nouvelle Droite (qui a notamment aussi consacré la une de son numéro de janvier 2026 à Mathieu Bock-Côté). Il a également prononcé une allocution lors du lancement du livre de son ami Daniel Conversano portant sur le « racisme anti-Noir à travers les âges »… Comme quoi ACD en mène assez large dans les espaces d’extrême droite en France, tandis qu’ici, certains naïfs n’ont pas encore su percer le voile des euphémismes et des dérobades pour comprendre à quelle enseigne il loge.

Annonce d'un entretien d'Alexandre Cormier-Denis pour le média d'extrême droitre français, Frontières.

Annonce d’un entretien d’Alexandre Cormier-Denis pour le média d’extrême droitre français, Frontières.

Annonce d'un entretien d'Alexandre Cormier-Denis pour le média d'extrême droitre français, Radio Courtoisie.

Annonce d’un entretien d’Alexandre Cormier-Denis pour le média d’extrême droitre français, Radio Courtoisie.

Annonce d'un reportage du youtubeur français d'extrême droite Vincent Lapierre, qui contient un long entretien avec Alexandre Cormier-Denis.

Annonce d’un reportage du youtubeur français d’extrême droite Vincent Lapierre, qui contient un long entretien avec Alexandre Cormier-Denis.

Annonce d'un entretien avec Alexandre Cormier-Denis pour la chaîne Les Braves du suprémaciste blanc et proche collaborateur de Cormier-Denis, Daniel Conversano.

Annonce d’un entretien avec Alexandre Cormier-Denis pour la chaîne Les Braves du suprémaciste blanc et proche collaborateur de Cormier-Denis, Daniel Conversano.

Photo d'Alexandre Cormier-Denis avec ses collaborateurs Daniel Conversano et Nicolas Faure à l'occasion du colloque de l'Institut Iliade, en avril 2026.

Photo d’Alexandre Cormier-Denis avec ses collaborateurs Daniel Conversano et Nicolas Faure à l’occasion du colloque de l’Institut Iliade, en avril 2026.

Annonce d'une conférence-dédicace avec Alexandre Cormier-Denis à l'occasion du lancement d'un livre du suprémaciste blanc Daniel Conversano à Paris, en avril 2026.

Annonce d’une conférence-dédicace avec Alexandre Cormier-Denis à l’occasion du lancement d’un livre du suprémaciste blanc Daniel Conversano à Paris, en avril 2026.

Annonce pour la sortie du livre de Daniel Conversano sur l'histoire mondiale du racisme anti-Noirs, en avril 2026.

Annonce pour la sortie du livre de Daniel Conversano sur l’histoire mondiale du racisme anti-Noirs, en avril 2026.

Annonce pour une séance de dédicace du livre de Daniel Conversano sur l'histoire mondiale du racisme anti-Noirs, en avril 2026.

Annonce pour une séance de dédicace du livre de Daniel Conversano sur l’histoire mondiale du racisme anti-Noirs, en avril 2026.

Pour clore cette rubrique, nous relevons ci-dessous un échange qui a eu lieu récemment dans le clavardoir et qui révèle l’hypocrisie dont fait preuve ACD lorsqu’il reproche à « la gauche » de refuser de débattre avec lui. Un abonné lui propose de débattre avec un influenceur québécois d’origine arabe, ce qu’il refuse catégoriquement sous prétexte que cela conférerait de la légitimité à son interlocuteur (« Freretoc » dit quant à lui préférer préserver la « pureté raciale » que de considérer « les arguments d’un arabe »). C’est précisément parce que nous ne leur reconnaissons aucune légitimité que nous refusons et refuserons toujours de débattre avec les fachos et les racistes de son espèce, et partant du principe qu’il comprend manifestement ce raisonnement, qu’on ne l’entende plus jamais recourir à cet argument contre la gauche antifasciste qu’il conspue.

 

« Gaulois d’Amérique » : boomer raciste en quête de communauté

L’utilisateur « Gaulois d’Amérique » est l’un des abonnés les plus actifs du clavardoir, ce qui est probablement en partie dû au fait qu’il est récemment retraité, de son aveu. Nous avons choisi de mettre ici son exemple de l’avant, car à bien des égards, par son racisme absolument décomplexé, il représente l’abonné type de Nomos.

Il y a toutefois fort à parier qu’il s’exprime avec moins de liberté en dehors de cet espace sécurisant, et c’est pourquoi nous avons choisi de l’exposer à la collectivité en exploitant l’erreur fatale qu’il a lui-même commise en liant une photo de lui à son compte Telegram.

Image d'avatar du compte d'utilisateur « Gaulois d'Amérique » sur Telegram.

Image d’avatar du compte d’utilisateur « Gaulois d’Amérique » sur Telegram.

Capture d'écran d'un commentaire de Marc Villemaire sur Facebook, avec la même image que l'avatar de l'utilisateur « Gaulois d'Amérique » sur Telegram.

Capture d’écran d’un commentaire de Marc Villemaire sur Facebook, avec la même image que l’avatar de l’utilisateur « Gaulois d’Amérique » sur Telegram.

Résident de l’arrondissement Ahuntsic, à Montréal, Marc Villemaire se désole de vivre dans une communauté qu’il décrit comme « remplacée ».

Portrait de Marc Villemaire, alias « Gaulois d'Amérique » sur Telegram.

Portrait de Marc Villemaire, alias « Gaulois d’Amérique » sur Telegram.

Marc Villemaire, alias « Gaulois d'Amérique » sur Telegram, confie qu'il réside dans le secteur Ahuntsic de Montréal.

Marc Villemaire, alias « Gaulois d’Amérique » sur Telegram, confie qu’il réside dans le secteur Ahuntsic de Montréal.

Capture d'écran d'un commentaire d'un seul mot de Marc Villemaire sur Facebook : « Remigration ».

Capture d’écran d’un commentaire d’un seul mot de Marc Villemaire sur Facebook : « Remigration ».

Ayant manifestement beaucoup trop de temps libre, Villemaire est notamment un prolifique cacafficheur d’images racistes et autrement dégueulasses dans le salon « Meme ». Tellement prolifique, à vrai dire, que son caca déborde régulièrement dans les autres salons. En voici un échantillon substantiel, pour prendre la mesure de sa faillite morale :

Un exemple de publication raciste de Marc Villemaire, alias « Gaulois d'Amérique », dans le clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication raciste de Marc Villemaire, alias « Gaulois d’Amérique », dans le clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication raciste de Marc Villemaire, alias « Gaulois d'Amérique », dans le clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication raciste de Marc Villemaire, alias « Gaulois d'Amérique », dans le clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication raciste de Marc Villemaire, alias « Gaulois d'Amérique », dans le clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication raciste de Marc Villemaire, alias « Gaulois d'Amérique », dans le clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication raciste de Marc Villemaire, alias « Gaulois d'Amérique », dans le clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de commentaire raciste de Marc Villemaire, alias « Gaulois d'Amérique », dans le clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de commentaire raciste de Marc Villemaire, alias « Gaulois d’Amérique », dans le clavardoir privé de Nomos-TV.

Un exemple de publication raciste de Marc Villemaire, alias « Gaulois d'Amérique », dans le clavardoir privé de Nomos-TV.

Villemaire relaie constamment des articles, publications et citations de figures clés de la Nouvelle Droite française et des mouvements identitaires européens, comme Renaud Camus, l’idéateur de la thèse du « Grand remplacement », Alain de Benoist, Jean-Yves Le Gallou, Guillaume Faye et la revue Éléments, l’Autrichien Martin Sellner, néonazi associé à la mouvance identitaire, les mouvements identitaires italiens, puis plus près de chez nous, du compte Telegram de la revue Le Harfang, qui relaie les publications du Cercle Jeune nation, etc.

Pour être bien, bien sûr que tout le monde comprenne de quel bois il se chauffe, Villemaire ne se gêne pas pour afficher des références au nazisme, dont des plaisanteries sur Hitler qui « vous attend au paradis », un portrait de Goebbels et une illustration où le national-socialisme est décrit comme une forme d’autodéfense. Et évidemment, la formule ne serait pas complète sans une généreuse dose d’antisémitisme.

Notons pour finir que ce boomer raciste est un grand fan du groupuscule militant Nouvelle Alliance. Il a participé à plusieurs de leurs activités au cours des dernières années, dont leur rassemblement raté du 19 mai 2025, à bonne distance de la statue de Dollard-des-Ormeaux dans le parc Lafontaine à Montréal, le rassemblement islamophobe devant la basilique Notre-Dame le 21 juillet, la conférence de David Leroux et François Dumas à Trois-Rivières, le 4 octobre de la même année, et le lancement de la revue de Nouvelle Alliance à Belœil, en mars dernier. Il fait aussi l’annonce de leur prochaine action, le 18 mai, ce qui donne à croire qu’il compte y participer.

Bien qu’à la retraite, on constate donc que Marc Villemaire d’Ahuntsic, alias « Gaulois d’Amérique », est à l’offensive sur plusieurs fronts…

 

Julien Garon-Carrier

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Cormier-Denis n’est pas le seul « nomosien » à avoir été invité à l’émission de Benoît Dutrizac dans les derniers temps. Le 3 mars dernier, l’animateur recevait sur son plateau le « journaliste indépendant et fondateur de Indocile Média » Julien Garon-Carrier, pour chouiner longuement sur la publication du rapport de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) documentant la hausse observable de l’homophobie, de la transphobie et de la misogynie dans les écoles primaires et secondaires du Québec.

Une vignette annonçant l'entrevue de Julien Garon-Carrier à l'émission de Dutrizac, affichée sur le site Indocile Média.

Une vignette annonçant l’entrevue de Julien Garon-Carrier à l’émission de Dutrizac, affichée sur le site Indocile Média.

Nous ne nous arrêterons pas ici sur la teneur de son intervention, mais plutôt sur les circonstances ayant conduit cet illustre inconnu à livrer son laïus anti-wokiste au micro de Dutrizac. Dans le clavardoir de Nomos, Garon-Carrier nous apprend que c’est la recherchiste de Dutrizac, Cybèle Olivier, toujours la même, qui lui a écrit pour l’inviter! Se félicitant d’avoir eu « deux ou trois moments de complicité » avec Dutrizac, Garon-Carrier estime toutefois avoir été « trop radical », mais se réjouit d’avoir « au moins pu cogner sur l’université et les sciences sociales gauchistes (…) ». Sur les conseils de ses camarades, il confirme ensuite avoir fait un suivi avec la recherchiste.

Mais qui est cet estie de random pas rapport, demandez-vous? Bonne question.

Julien Garon-Carrier se présente comme un « journaliste et auteur » formé en communications et en science politique et engagé à « défendre une information libre et sans compromis ». Comme nous le verrons ci-dessous, c’est surtout un autre vulgaire raciste qui se déguise en journaliste propre de sa personne pour normaliser l’extrême droite et pousser le programme ethnonationaliste xénophobe dans l’espace public.

Présentation de Julien Garon-Carrier sur le site Indocile Média.

Présentation de Julien Garon-Carrier sur le site Indocile Média.

Julien Garon-Carrier en mode casual.

Julien Garon-Carrier en mode casual.

Sur la page d’Indocile Média, Garon-Carrier présente son projet en ces termes :

Chez Indocile Média, nous croyons fermement que la vérité est le fondement de la liberté. Notre engagement envers une presse radicalement libre est inébranlable, car nous refusons toute forme de censure ou de pression qui pourrait altérer notre mission. Nous nous opposons fermement aux idéologies dominantes qui cherchent à restreindre la pensée critique et l’expression libre. Notre devise, « In libertate veritas », incarne notre conviction que seule la vérité peut véritablement libérer l’esprit et la société.

Cette verbosité chatGPTesque donne à penser que le gars ne se prend pas pour un 7-up flat, ce qui est vite confirmé au fil des discussions auxquelles il participe dans le clavardoir. C’est aussi l’impression générale qui se dégage des « services d’intelligence politique » dont il dit faire la promotion auprès des « maires […], préfets, MRC, chambres de commerce, etc. » du Québec. Il s’avère de ses explications que ladite intelligence est largement artificielle. On a aussi assez vite l’impression que le bonhomme vit largement au-dessus de ses propres moyens intellectuels, surtout lorsqu’il relaie des fantasmes de complot sur le ton de la certitude.

Lui aussi s’inscrit manifestement dans une stratégie d’acceptabilité pour masquer ses idées sulfureuses. Par exemple, lorsqu’il est invité au micro de Rémi Villemure, il demande à ses camarades combien de fois il devrait prononcer le mot remigration pour « légitimer le concept ». Comme pour tous les « nomosiens », il s’agit chez lui d’un thème obsédant.

Et le reste de sa participation est à l’avenant. Il déteste la gauche, la CAQ « nous asphyxie [de métèques] », Laval est la « lie de l’humanité », etc. En bon pseudo-intellectuel, il apprécie et relaie de la pseudoscience raciste (The Bell Curve), ce qui l’amène naturellement à se désoler de l’existence de médecins noirs, qui « seront la plaie du Québec » :

Résident de Lévis, où il a déménagé exprès pour « être au sein d’une population plus blanche », Garon-Carrier regrette qu’en dépit de ses meilleurs efforts pour fuir la diversité, « ils sont partout! » Il dit être « traumatisé » d’avoir vu des Noirs à l’église à la messe de Pâques à Lévis, ce qui amène ACD à déplorer le « grand remplacement dans les églises ».

Ailleurs, dans le souci contant de dégrader le processus démocratique pour favoriser l’option ethnonationaliste, Garon-Carrier songe tout haut à l’âge à laquelle il faudrait retirer le droit de vote aux aînées, ou aux jeunes… Les femmes, « on pourra pas ».

Plus tard, il relaie une entrevue avec le néonazi australien Tom Sewell, sur « son arrestation, le nationalisme blanc, et Adolf Hitler ». Un entretien qu’il dit avoir trouvé « intéressant ».

Évidemment, c’est là précisément le genre de collaborateur que Cormier-Denis recherche et invite sur Nomos-TV.

Mais notre intello de bazar n’est pas au-dessus des sautes d’humeur. Il se plaint notamment des pratiques douteuses de Dutrizac et de Qub Radio, qui lui auraient piqué du matériel sans mention, et des politiques de modération de la très nazi-friendly plateforme X/Twitter en matière de discours haineux, qui seraient encore trop « woke » à son goût…

Nous verrons bien où tout ceci conduira ce « journaliste »… Sans doute au moins à un autre article composé par IA sur son site de merde, où les « antifas » seront à nouveau présentés comme le diable incarné.

 

Conclusion

À l’issue de cette douloureuse incursion dans les bas-fonds sordides de la conscience ethnonationaliste canadienne-française, prenons un moment pour revenir à la question qu’avait posé Benoît Dutrizac à Alexandre Cormier-Denis le 27 avril 2026 :

« Avez-vous peur que vos propos sombrent dans le vrai racisme, où les gens disent : “Là, tous les immigrants, faut tous les sortir! Tout ce qui n’est pas blanc et catholique, faut tout sacrer ça dehors!” Vous n’avez pas peur de créer cette espèce de réflexion un peu primaire? »

ACD répond bien sûr que non, il n’a pas peur de ça, car les gens sont « capables de nuances », et Dutrizac se contente de cette réponse politicienne pour passer à la prochaine question.

Avec le présent article, nous croyons avoir prouvé hors de tout doute raisonnable que le racisme n’est pas un bogue dans le programme idéologique de Cormier-Denis et de Nomos-TV, mais qu’il en constitue une fonction principale. C’était pour nous d’une évidence aveuglante depuis très longtemps, mais nous espérons que la démonstration faite ci-dessus dissipera toute équivoque résiduelle à cet égard.

Au moment d’écrire ces lignes, la vidéo du passage d’ACD à Dutrizac a recueilli plus de 23 000 visionnements sur YouTube et plus de 800 commentaires, presque tous non seulement positifs, mais souvent très enthousiastes : « 100 000 % d’accord avec lui », « quel homme tellement intelligent », etc. Les commentaires appellent à le réinviter souvent, ou même à lui offrir une chronique hebdomadaire à Qub! On y trouve aussi des commentaires d’un seul mot, « Remigration », accompagnés d’images d’avion, qui reçoivent des « réponses » complices, « Bye-bye », « Oh, que oui », etc. Certains lancent « Je suis Québécois et je me sens plus chez moi!!!! », ce à quoi d’autres répondent par une référence au site web de Nomos-TV…

Il est ainsi indéniable que Dutrizac a contribué à faire connaître Cormier-Denis et à amplifier son message raciste. Or, personne ne l’avait obligé à lui offrir cette plateforme. C’est un choix que lui et son équipe ont fait délibérément. Lorsqu’un animateur de radio ou de télévision annonce haïr « tous les extrêmes », mais déplore surtout la censure ou la violence fantasmées de l’extrême gauche pour ensuite donner la parole à l’extrême droite la plus décomplexée, il y a lieu de s’interroger sur la rigueur de son éthique professionnelle ou le fond de sa propre pensée.

Quoi qu’on en dise, l’antiwokisme est en essence un ressac culturel contre les revendications légitimes des mouvements féministes et antiracistes et d’autres groupes en quête d’équité. Depuis de nombreuses années, ce mouvement de fond réactionnaire a beaucoup de traction dans l’écosystème médiatique québécois, en particulier dans la radio commerciale conservatrice de la région de Québec et dans les médias du groupe Québecor, sous la plume de chroniqueurs et d’éditocrates trop nombreux pour les énumérer ici. Vous les connaissez.

Il serait peut-être temps que tous ces gens s’arrêtent un instant pour considérer leur responsabilité sociale et se demander jusqu’où ils sont prêts à aller dans l’ignominie pour livrer la guerre culturelle à la gauche progressiste tant honnie, car au train où vont les choses, ils peuvent difficilement nier qu’ils font le jeu des fascistes.

 

 


[1]               Dutrizac a par ailleurs reçu sur son plateau dans la dernière année Alice Cordier du collectif français féminin d’extrême droite Némésis et les pseudo-journalistes de Rebel News, ces derniers à plusieurs reprises.