Depuis la sortie de l’article « Démasquer Atalante » en décembre dernier, nous avons fait paraître deux annexes concernant respectivement l’influenceuse Heïdy Prévost et le band folk Folk you, deux phénomènes culturels (ou métapolitiques) périphériques à Atalante. Il est difficile de mesurer avec exactitude l’impact que notre travail a réellement pu avoir sur le moral et les activités du groupe néofasciste, mais nous avons concrètement observé moins de sorties dans les rues au cours des derniers mois, et celles qui ont eu lieu semblent avoir été menées par le même petit noyau dur de militants, hormis le récent coup médiatique à Montréal où ils se sont clairement mis en scène avec tous les sympathisant-e-s qu’ils ont pu rameuter.

Les militant-e-s d’Atalante en mai 2018

Les militant-e-s d’Atalante en mai 2018.

Les militant-e-s d’Atalante en mai 2019

Les militant-e-s d’Atalante en mai 2019. Le cadrage serré laisse croire qu’il y avait moins de monde à la messe cette fois-ci…

Si quelques-un-e-s se sont manifestement décomplexé-e-s, affichant désormais ouvertement leur appartenance à une idéologie inspirée du fascisme et du nazisme, plusieurs des membres et sympathisant-e-s que nous avons exposé-e-s ont choisi de prendre leur trou. Il ne faut donc pas s’étonner que nous maintenions le cap en braquant nos projecteurs sur ces ordures fascistes.

Privé de sa respectabilité et freiné dans ses ambitions politiques, le noyau dur d’Atalante semble s’être replié dans les derniers mois sur la sous-culture violente dont il a émergé. Face à la difficulté d’ancrer leur organisation localement, les membres d’Atalante multiplient les voyages à l’étranger (surtout en France et en Italie) et renforcent leurs liens avec le fascisme international, comme en atteste la venue au mois de juin dernier du band NSBM français Baise Ma Hache pour accompagner Légitime Violence en concert. (Un concert, soit dit en passant, mis en déroute par le réseau antifasciste, qui a forcé les fachos à se produire en catastrophe plus tard le même soir au bar Le Duck. Pas félicitations aux administrateurs de ce bar, qui accueillent des nazis à bras ouverts. N’hésitez pas à leur laisser savoir ce que vous en pensez.)

Même le lancement du premier livre d’Atalante, Saisir la foudre, en mars dernier, s’est fait sans tambours ni trompettes, ce qui n’est pas dans l’habitude de ce groupe qui n’existe pour l’essentiel que sur les médias sociaux et y vante habituellement le moindre exploit à grands coups de tirades pompeuses et de photos soigneusement mises en scène. Est-il possible que ce premier opus ne se soit pas avéré à la hauteur des ambitions intellectuelles de son auteur? Permettez-nous de trouver cette hypothèse plausible.

En fait, l’on pourrait presque croire qu’Atalante comme organisation politique a été mise en veilleuse, tandis que le gang de rue à l’origine de sa formation, le Québec Stomper Crew, semble connaître un nouvel élan de dynamisme… notamment avec l’enrôlement d’un nazillon émigré de France!

>> Consultez la section «Québec Stomper Crew, la connexion RAC et Légitime Violence» de l’article «Démasquer Atalante».

Il n’est un secret pour personne que les Stompers cultivent une histoire intime avec la violence. Un certain nombre d’éléments nous permettent aujourd’hui de croire que l’admission dans le « crew » est contingente à une espèce de rite de passage ou d’initiation consistant à commettre une agression ou un autre méfait au nom du groupe.

On peut citer le cas de Yannick Vézina (alias Yann Sailor), qui serait vraisemblablement devenu membre en règle des Québec Stompers peu après sa participation à une agression visant un militant antifasciste.

Dans un exemple plus récent, il semble que Sven Côté (alias Svein Krampus) ait quant à lui reçu ses couleurs officielles le soir même de l’attaque de la bibliothèque La Page Noire, en décembre 2018.

Photo de groupe du Québec Stomper Crew, en décembre 2018. Au centre, Sven Côté, fraîchement “patché”.

Au cours des derniers mois, nous sommes facilement parvenus à identifier deux autres « prospects » du Québec Stomper Crew, dont le premier a même officiellement reçu les couleurs du gang. Les deux sont Français d’origine et font aussi partie des rares nouveaux militants d’Atalante : Louis Fernandez et Baptiste Gilistro.

Taper du cégépien, gagner ses couleurs!

Louis Fernandez s’est fait connaître suite à son arrestation en décembre 2018, accusé d’une agression physique contre un jeune client du bar le Lvlop à Québec. Soupçonné de s’être livré à cette charge violente pour des motifs haineux (il aurait demandé à plusieurs reprises à sa victime si elle était « antifa » avant de la rouer de coups), le jeune homme de 25 ans avait alors déclaré ne pas connaître Atalante, même si les policiers avaient trouvé un autocollant du groupe fasciste dans ses effets personnels. Nous pouvons aujourd’hui affirmer hors de tout doute que Louis Fernandez connaît intimement les membres d’Atalante, car il est devenu membre en règle du Québec Stomper Crew suite à cette agression.

Un preview d’Instagram, Louis Fernandez reçoit ses couleurs du Québec Stomper Crew, juin 2019.

Ce preview Instagram montre Louis Fernandez recevant les couleurs du Québec Stomper Crew, juin 2019.

Un preview d’Instagram, Louis Fernandez exhibe une bague figurant l’emblème « White Power », juin 2019

Dans ce preview Instagram, Louis Fernandez exhibe une bague figurant l’emblème White Power, juin 2019. Avec Sven Côté et Roxanne Baron.

Louis Fernandez s’entraîne avec des militants d’Atalante, juillet 2019

Louis Fernandez s’entraîne avec des militants d’Atalante, juillet 2019

Sans surprise, un examen sommaire des tatouages de Fernandez révèle qu’il est bel et bien un militant néonazi « de souche ». Le voici en train de déménager la laveuse de son petit chef, Raf Stomper :

Louis Fernandez s’est fait tatouer sur le bras gauche l’effigie de Léon Degrelle, un collaborateur nazi belge admiré des néonazis européens, et l’insigne de la Légion française des combattants, une organisation créée par le maréchal Pétain sous le régime de Vichy et qui collabora activement avec la Waffen-SS. Sur sa poitrine, une paire de bottes Doc Martens avec des lacets blancs, un signe de reconnaissance des boneheads « old school » qui démontre son soutien au mouvement White Power.

«Ça ne colle pas, je suis un fils d’immigré et immigré moi-même», avait dit Fernandez lors de son enquête caution. Pourtant, on le reconnaît facilement ici dans une action de collage d’affiche pour le compte d’Atalante. Au moins, ça n’est pas l’une des nombreuses affiches anti-immigration posées par le groupe fasciste au fil des ans…

Louis Fernandez participe à une action d'affichage avec Atalante, hiver 2019.

Louis Fernandez participe à une action d’affichage avec Atalante, hiver 2019.

Ce lundi 29 juillet, Louis Fernandez doit comparaître au Palais de justice de Québec pour répondre de son agression au Lvlop. Il semble que Fernandez avait d’ailleurs à respecter un certain nombre de conditions, dont celle de ne pas consommer d’alcool. Nous espérons donc de tout cœur que personne ne verra ces photos et vidéos de « Lou », bière à la main et clairement en état d’ébriété avec ses petits camarades. Une vidéo publiée il y a quelques jours à peine indique qu’il était quelque part en France… à siroter du pastis.

Louis Fernandez fait bonne chaire avec le noyau dur d’Atalante et des Québec Stompers, mars 2019.

Louis Fernandez fait bonne chair avec le noyau dur d’Atalante et des Québec Stompers, mars 2019.

Louis Fernandez, bière à la main, avec Roxanne Baron et Jonathan Payeur.

Louis Fernandez, bière à la main, avec Roxanne Baron et Jonathan Payeur, au nouveau domicile de Raphaël Lévesque, en juin 2019.

Louis Fernandez (dans la cabane), bière à la main, le jour du déménagement de Raphaël Lévesque. À genoux, Baptise Gilistro.

Louis Fernandez (dans la cabane), bière à la main, le jour du déménagement de Raphaël Lévesque. À genoux, Baptise Gilistro.

Louis Fernandez se tape un petit pastis, en juillet 2019.

 

Nous savons que le soir de l’agression au Lvlop, Louis Fernandez n’était pas seul. Selon des témoins, il était en compagnie d’au moins deux autres personnes, dont Jonathan Payeur (alias Jo Stomper), exécutant d’Atalante et sous-fifre de Raphaël Lévesque. Nous savons aussi qu’ils étaient accompagnés d’un couple, dont un jeune étudiant français déjà aperçu dans des actions d’Atalante : Baptiste Gilistro.

De Toulon à Québec : un autre immigrant, expatrié facho français!

Baptiste Gilistro est un étudiant de 23 ans originaire de Toulon en France, issu d’une famille bourgeoise et fils d’un haut gradé de l’armée française, le colonel Thierry Gilistro (lequel est aujourd’hui à l’emploi de l’industrielle Dassault Aviation. On dit coucou à papa en passant!). Lors de ses études en design graphique à l’Université Laval, Baptiste a fait la connaissance d’Étienne Mailhot-Bruneau (alias Sam Ox), graphiste d’Atalante et membre des Québec Stompers. Une recherche sommaire révèle qu’ils ont collaboré sur plusieurs projets scolaires et obtenu un prix conjointement à la fin de leur baccalauréat. Il semble que Baptiste poursuive à ce jour ses études à l’Université Laval. (Notons au passage qu’il a réalisé dans le cadre de ses études un vidéoclip pour le groupe Québec Redneck Bluegrass Project, un groupe situé plutôt à gauche…)

Baptiste Gilistro en famille.

Baptiste Gilistro en famille.

Nous savons que Baptiste Gilistro n’est pas étranger au noyau dur d’Atalante, car il fréquente ses membres socialement depuis plus d’un an. Il a aussi participé à des actions de rue et à des sorties « sportives » en forêt (… en plus de se faire complice d’au moins une agression contre des cégépiens gauchistes!) Depuis peu, il semble qu’il se soit encore rapproché du noyau dur du Québec Stomper Crew, puisqu’il participe désormais à tous leurs événements privés, dont le récent déménagement de Raphaël Lévesque.

Baptiste Gilistro participe à une action de distibution de vivres d’Atalante, en janvier 2018.

Baptiste Gilistro participe à une action de distibution de vivres d’Atalante, en juin 2018.

Baptiste Gilistro en randonnée avec d’autres militants d’Atalante, en juillet 2018.

Baptiste Gilistro en randonnée avec d’autres militants d’Atalante, en juillet 2018.

Baptiste Gilistro avec une partie du noyau dur d’Atalante et des Québec Stompers, à l'hiver 2019.

Baptiste Gilistro avec une partie du noyau dur d’Atalante et des Québec Stompers, à l’hiver 2019.

Baptiste Gilistro participe à une action d’affichage d’Atalante, en janvier 2018.

Baptiste Gilistro participe à une action d’affichage d’Atalante, en janvier 2019.

Baptiste Gilistro avec une partie du noyau dur d’Atalante, date mars et en avril 2019.

Baptiste Gilistro avec une partie du noyau dur d’Atalante, en mars et avril 2019.

 

L’inéluctable débâcle suit son cours…

Rien ne se passe comme prévu pour Atalante : son leader Raphaël Lévesque rêvait sans doute d’un procès-spectacle médiatisé suite à l’affaire de Vice Québec, mais l’agression au Lvlop et l’implication de Louis Fernandez est peut-être en passe de lui voler la vedette. Le genre de tapage médiatique que les niaiseries de ses membres attirent à l’organisation risque bien plus de nuire à sa démarche de légitimation et de l’éloigner de ses objectifs politiques que de générer l’attention positive dont elle a besoin pour croître.

Comptez sur nous pour continuer d’enfoncer les clous. Nous n’avons pas dit notre dernier mot.

Pour résumer, on peut dire que : 1) Louis Fernandez est un membre à part entière d’Atalante et des Québec Stompers suite à l’agression du Lvlop; 2) cette agression n’était pas un acte fortuit, mais une attaque préméditée pour des raisons politiques, et; 3) Atalante ne recrute et ne retient dans ses rangs qu’une minorité de personnages gravitant vers les cercles néofascistes.