Dans cet article, nous dressons le portrait de Quentin Pallavicini, connu jusqu’ici sous le pseudonyme « Jean Brunaldo », fasciste patenté importé de France, qui est devenu au fil des années une figure importante d’Atalante Québec, notamment en essayant d’implanter le groupuscule dans la région de Montréal.

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Atalante à Montréal

Quand Atalante Québec est fondée, à l’été 2016, l’organisation s’appuie sur l’entourage du gang de rue Québec Stomper Crew, sur la fanbase du band Légitime Violence, et plus généralement sur le milieu bonehead qui est encore vivace dans la région de la Capitale, ce qui permet au projet de compter dès le départ sur l’appui de plusieurs dizaines de sympathisant-e-s.

À Montréal, la situation est tout autre : en 2016, il ne reste dans la métropole ni groupe organisé ni bande informelle sur laquelle s’appuyer. Les dernières tentatives de formalisation du milieu bonehead/néonazi, de la fin des années 2000 à la moitié des années 2010, comme Strike Force, Légion Nationale ou Troisième Voie, se sont tour à tour soldées par des échecs. Sous la pression antifasciste, de nombreux néonazis ont quitté la ville tandis que les autres ont tout simplement pris leur trou. Quant aux animateurs du groupe La Bannière Noire, à plusieurs égards un précurseur direct d’Atalante, ils n’ont jamais trouvé d’espace où enraciner leur projet et sont à leur tour tombés dans l’oubli vers 2014-2015.

En 2017, des rapprochements ont lieu avec les Soldiers of Odin de Montréal, fraîchement formés autour du bonehead Philipe Gendron. Le 25 novembre 2017, les SOO se déplacent à Québec et accompagnent Atalante et d’autres néonazis sur les remparts. Le 20 janvier 2018 une poignée de SOO et de sympathisant-e-s, dont le tristement célèbre Shawn Beauvais-MacDonald, participent à Montréal à une action de collage au nom d’Atalante. Les idiots se font bêtement identifier par leur propre ineptie.

Des militant-e-s d’Atalante et des Soldiers of Odin à Québec, le 2 avril 2018.

Le 2 avril 2018, le rapprochement entre Atalante et les SOO est plus fort que jamais, puisque ces derniers participent en nombre à une commémoration à Québec. Mais en juillet 2018, les SOO sont mis en déroute par une série d’interventions ciblées dans la région de Montréal. Atalante Québec n’a plus la possibilité de compter sur un groupe allié déjà constitué dans la région métropolitaine. À partir de ce moment, l’organisation sait probablement qu’elle ne va pouvoir compter que sur ses propres moyens, et ceux-ci sont assez maigres.

À partir de 2018, un petit groupe se forme, composé entre autres de Shawn Beauvais-MacDonald et de Vincent Cyr. On retrouve dans leur périphérie plusieurs boneheads de la vieille école parmi les rares qui n’ont pas quitté Montréal (comme Francis Hamelin, Gabriel Drouin ou Dominic Cossette). Enfin, quelques fascistes français expatriés se joignent au groupe, c’est le cas d’un certain Charles Leclerc (aujourd’hui rapatrié en France) et du couple Quentin Pallavicini (alias « Jean Brunaldo ») et Lucie Mergnac (alias « Chloé Fleuri »). On voit rapidement cette petite bande participer aux activités d’Atalante Québec (formations, sorties en forêt, évènement sociaux, etc.) et tenter d’investir les rues montréalaises.

  • Le 28 avril 2018, quelques militants distribuent pour une première fois des sacs à lunch au centre-ville de Montréal, reprenant ainsi le mode d’action de charité sélective qui sert principalement aux néofascistes à redorer leur image.
  • Un mois plus tard, le 23 mai 2018, une demi-douzaine de militants de Montréal et de Québec font irruption dans les locaux de Vice, dont Shawn Beauvais-MacDonald et Quentin Pallavicini.

Quentin Pallavicini a participé à l’action d’Atalante dans les bureaux de Vice à Montréal, en mai 2018.

  • Le 28 juillet 2018, de nombreux militant-e-s de Québec descendent une fin de semaine à Montréal pour une de leur plus grosse démonstration de force. Ils sont une trentaine à distribuer des sandwichs en après-midi dans le Quartier latin, et quelques-un-e-s se retrouvent le soir dans une taverne d’Hochelaga après une action de collage.

Quentin Pallavicini participe à une action de collage avec Atalante à Montréal, en juillet 2018.

  • Le 9 février 2019, une petite équipe distribue à nouveau des sandwichs au centre-ville de Montréal.
  • Le 15 juillet 2019, nouvelle présence inportante à Montréal.

    Les militant-e-s d’Atalante rameuté-e-s de partout au Québec posent devant le monument à Jean Vauquelin, dans le Vieux-Montréal, le 15 juillet 2019. Quentin Pallavicini est encerclé.

  • Le 30 septembre 2019, nouvelle distribution par le groupe de Montréal dans le Quartier latin et le Village. Ils posent devant la station Berri et tentent d’intimider des clients du bar L’Escalier, sans grand succès.

    À visage découvert, de gauche à droite, Shawn Beauvais-MacDonald, Quentin Pallavicini et Vincent Cyr, distribuent des sandwiches avec d’autres sympathisants d’Atalante à Montréal, le 30 septembre 2019.

  • À cela s’ajoute quelques affichages de bannières en 2019 et 2020, surtout dans l’est de Montréal et au croisement de l’autoroute 15 et du boulevard Crémazie. Le dernier collage survient le 13 septembre 2020, seule activité observable d’Atalante dans la région métropolitaine durant la pandémie.

Quentin Pallavicini participe à une distribution de sacs à lunch d’Atalante à Montréal, le 28 juillet 2018.

Quentin Pallavicini participe à une distribution de sacs à lunch avec Atalante à Québec, en août 2018. Remarquez le tatouage de toile d’araignée sur le coude droit.

À droite, Quentin Pallavicini et Lucie Mergnac, avec d’autres militants d’Atalante à l’occasion d’une sortie en nature, en octobre 2018

Lucie Mergnac et Quentin Pallavicini, en octobre 2018.

Quentin Pallavicini marche avec Atalante à Québec, le 6 mai 2019. Au premier plan, Vincent Cyr, de Varennes.

Quentin Pallavicini s’entraîne avec Shawn Beauvais-MacDonald à Montréal au printemps 2019. La référence à Netflix concerne la brève apparition de Beauvais-MacDonald dans le reportage de Vice « Charlottesville: Race and Terror », sur les événement de Charlottesville, les 11 et 12 août 2017.

Comme on peut le constater sur la page Facebook d’Atalante et sur les médias sociaux de ses membres, loin des sorties très régulières du groupe de Québec, l’équipe de Montréal sort bien plus rarement, et communique encore moins.

En septembre 2019, nouveau coup dur : Shawn Beauvais-MacDonald et Vincent-Cyr sont visés, parmi d’autres, par l’article Chasser Atalante : pour qui travaillent les fachos, qui dévoile leurs emplois.

Shawn Beauvais-MacDonald semble prendre ses distances du groupe, vraisemblablement pour réduire les chances que sa réputation pourrie n’embarrasse Raphaël Lévesque, dont le procès pour l’irruption dans les bureaux de Vice est prévu pour décembre 2019.

À la même époque, des antifascistes distribuent des pamphlets dans son quartier et à l’école de métier où il est (brièvement) inscrit. Vincent Cyr, lui aussi, apparaît de moins en moins sur les photos de groupe d’Atalante. Des affiches sont régulièrement apposées autour de la Fruiterie Milano, dans le quartier Jean-Talon, où il occupe (toujours) un emploi de boucher, et des tracts sont distribués dans le quartier de la ville de Varennes où il réside.

Affiches collées dans la vitrine dela fruiterie Milano, dans la Petite Italie, à Montréal, à l’été 2019.

À l’inverse, Quentin Pallavicini se rapproche de plus en plus du noyau dur de Québec, dont l’activité sociale est rigoureusement documentée par Roxanne Baron sur Instagram!

Quentin Pallavicini (avec un t-shirt du KKK), Roxanne Baron, Yannick Vézina et Lucie Mergnac.

Gabriel Bolduc, Vivianne St-Amant, Quentin Pallavicini et Yannick Vézina.

Quentin Pallavicini (à gauche debout) avec une partie du noyau dur d’Atalante.

 

Qui est Quentin Pallavicini?

Quentin Pallavicini (né le 16 novembre 1994) et Lucie Mergnac arrivent au Québec en janvier 2017. Ils vivent quelques mois à Montréal avant de s’installer à Laval.

Lui arrive de la région parisienne; il est plombier de formation et on retrouve sa trace dès l’adolescence au sein d’une bande de jeunes boneheads gravitant autour du KOP of Boulogne (supporters du Paris St-German [PSG], réputés pour leur racisme, leur homophobie et leur ultraviolence), des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) et de Troisième Voie, un groupuscule de la mouvance « nationaliste révolutionnaire » organisé autour de la figure emblématique de Serge Ayoub. Troisième Voie a été dissoute en 2013 suite au meurtre de Clément Méric par des boneheads des JNR.

Quentin Pallavicini avec ses camarades boneheads des Jeunesse nationalistes révolutionnaires (JNR) au bar de Serge Ayoub à Paris, vers 2013.

Quentin Pallavicini se remémore «quand tout allais bien» (sic) avec ses camarades boneheads à Paris, en mai 2013, soit quelques semaines avant le meurtre de Clément Méric par Esteban Morillo et Samuel Dufour.

Voici la même photo décaviardée. Quentin Pallavicini est encerclée; à gauche, Samuel Dufour, un des deux meurtriers de Clément Méric.

Proche de Samuel Dufour, le meurtrier de Clément Méric, Quentin Pallavicini s’exile au Québec, peut-être pour échapper à un climat trop pesant. Dès son arrivée au Québec, il semble prendre contact avec Atalante et entamer un véritable Canadian Dream.

Amoureux des voitures, Pallavicini acquiert et revend plusieurs VUS, et devient pour un temps une espèce de chauffeur attitré d’Atalante. Néonazi assumé et provocateur, il vit sa meilleure vie au sein du microcosme néonazi québécois.

Quentin Pallavicini conduit le petit entourage de Raphaël Lévesque lors de la première comparution de celui-ci au palais de justice de Montréal pour l’affaire de l’intrusion dans les bureaux de Vice.

Quentin Pallavicini sert régulièrement de chauffeur lors des sorties sociales des militant-e-s d’Atalante en 2019. Pour faire bonne mesure, Gabriel Bolduc flashe ici un salut nazi, et Beauvais-MacDonald un signe White Power

 

De Jean+Chloé à Quentin+Lucie

Depuis leur arrivée au Québec, Quentin et Lucie cachent leur identité sous des pseudonymes. Si l’identité de Lucie est rapidement découverte, Quentin reste plus longtemps dans l’anonymat.

L’un des faux comptes de Quentin Pallavicini sous le pseudonyme Jean Brunaldo.

C’est grâce à Lucie que nous avons un premier indice du prénom de son chum, sur le forum de service à la clientèle d’une compagnie de service téléphonique, alors que le couple cherche à obtenir ses codes RIO (relevé d’identité opérateur) afin de conserver ses numéros de téléphone français à son arrivée au Québec. Un certain « Quentin P. » reprend textuellement le même message que « Lucie Mergnac », et fournit une adresse courriel partiellement cachée. L’indiscrétion d’un membre de sa famille nous fournit un nom : Pallavicini. Une recherche rapide confirme alors que nous avons trouvé notre faf.

Le talon d’Achille de Quentin Pallavicini…

Cette même adresse courriel est utilisée en juillet 2020 pour des annonces de vente de voitures en Nouvelle-Calédonie (il est possible que Quentin y ait passé une partie du premier confinement), annonces qui sont reproduites sur un groupe Facebook de Nouvelle-Calédonie… avec le compte Facebook Jean Brunaldo. La boucle est donc bouclée.

À l’été 2020, dans le creux de la pandémie de COVID-19, Quentin Pallavicini utilise son compte Gmail pour afficher des annonces sur le site de vente en ligne Argus de Nouvelle-Calédonie.

À la même époque exactement, «Jean Brunaldo» affiche au moins une annonce similaire sur le groupe Facebook Nouméa Expats pour vendre des voitures importées du Canada en Nouvelle-Calédonie.

Une annonce affichée sur le groupe Facebook Nouméa Expats par «Jean Brunaldo» pour vendre en Nouvelle-Calédonie un VUS importé du Canada.

La découverte de cette adresse courriel est plutôt révélatrice : on y découvre le portrait d’un jeune français désagréable et réactionnaire. Aucun point pour l’originalité, ici…

Un commentaire formulé par Quentin Pallavicini sous son compte Gmail.

De plus, l’activité de son compte Gmail révèle qu’à l’hiver 2019, Pallavicini a visité le bar Cutty Sark et le salon de tatouage Roma Classic, à Rome, deux commerces notoirement rattachés à CasaPound, le groupuscule néofasciste révolutionnaire italien avec lequel Atalante entretient des liens étroits. Le timing correspond précisément au voyage de plusieurs militant-e-s d’Atalante en Italie, en janvier 2019…

L’activité en ligne de Quentin Pallavicini révèle qu’il a visité le salon de tatouage Roma Classic et le pub Cutty Sark, à Rome, en janvier 2019. Ces deux commerces sont associés à CasaPound.

Des militants d’Aatalante, dont Quentin Pallavicini et Lucie Mergnac, visitent le QG de CasaPound, au 8, Via Napoleone III, Rome, en janvier 2019.

De gauche à droite: Vivianne St-Amant, Lucie Mergnac, Quentin Pallavicini, Yannick Vézina, Roxanne Baron (cancellée), Jonathan Payeur, Simon Gaudreau et Gabriel Drouin, sur le toit du QG de CasaPound, au 8, Via Napoleone III, à Rome, en janvier 2019.

Les militant-e-s d’Atalante, en visite à Rome en janvier 2019, posent devant le pub Cutty Sark (lié à CasaPound), au 5 Via Carlo Botta. À l’avant-plan, à droite, Sébastien De Boëldieu, le responsable des relations internationales de CasaPound.

D’autres indices issus de son compte Instagram (aujourd’hui fermé) nous ont permis de retrouver assez facilement son logement dans le secteur Chomedey de Laval.

Un aperçu de l’activité de Quentin Pallavicini dans le secteur Chomedey de Laval, à proximité de son domicile.

Si vous reconnaissez Quentin Pallavicini ou Lucie Mergnac, que vous souhaitez participer à l’effort collectif antifasciste et nous partager des renseignements, écrivez-nous à alerta-mtl(a)riseup.net.

 

En conclusion

Nous venons de brosser le portrait d’un militant d’Atalante Québec très actif pour un temps dans la région de Montréal. N’en déplaise à Alexandre Cormier Denis, les immigrants français ne sont pas tous, hélas, de « salles gauchistes ». Loin de là! Il y a en tout cas une bonne poignée de Français dans l’entourage immédiat des néofascistes d’Atalante.

En conclusion, quelques questions se posent : si nous avons de bonnes raisons de croire que Quentin Pallavicini réside toujours au Québec, nous n’avons pas pu l’identifier formellement dans les actions d’Atalante depuis le début de la pandémie de COVID-19. Il se servira peut-être de l’inactivité du groupe dans la région métropolitaine au cours de la dernière année pour se défendre d’en faire encore partie. Est-il toujours un néonazi assumé et un raciste invétéré? Sans le moindre doute. Militant fasciste depuis l’adolescence, passé par les pires organisations nationaliste-révolutionnaires en France et au Québec, on peut malheureusement douter que ses idées toxiques l’abandonnent un jour…