Ce texte a été produit par le collectif Montréal Antifasciste et imprimé sous format zine
pour distribution en échange de contributions volontaires au Festival anarchiste Constellation, à Montréal, les 16 et 17 mai 2026.

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Table des matières :

 

Définitions pratiques

Nous sommes cruellement conscient·e·s de la difficulté de définir de manière concise et précise des phénomènes aussi complexes que le fascisme ou l’extrême droite, mais aux fins de cette brochure et des orientations du collectif Montréal Antifasciste, nous proposons les définitions pratiques suivantes :

Le fascisme est une idéologie ultranationaliste antilibérale centrée sur le projet de refondation d’une version fantasmée de la nation primordiale*, qui aurait été perdue sous l’effet de la « décadence moderne », des valeurs libérales et des groupes en quête d’équité, et qui doit être restaurée par la consolidation forcée de hiérarchies et de discriminations structurantes entre différentes catégories d’humains (sur la base des genres, « races », rangs sociaux, identités sexuelles, cultures, religions, origines ethniques, etc.).

L’extrême droite désigne les courants de pensée et d’action politique qui, à l’intérieur comme à l’extérieur du système, mais à un degré plus radical que la droite conservatrice traditionnelle, tendent à consolider ces hiérarchies structurantes, normaliser les rapports d’oppression et de discrimination, et ainsi favoriser l’émergence de formations fascistes.

L’antifascisme désigne l’ensemble des personnes, des organisations, des mouvements sociaux et des courants de pensée et d’action qui s’opposent, non seulement au fascisme réalisé, mais aussi à l’ensemble des facteurs politiques, sociaux et culturels qui facilitent la réémergence d’un esprit fasciste et la réalisation de formes fascistes anciennes ou nouvelles. Cela comprend autant les programmes nationaux-populistes xénophobes et réactionnaires que les groupuscules néofascistes, « nationalistes révolutionnaires » et néonazis, et les courants complotistes qui alimentent le confusionnisme et recyclent des thèmes d’extrême droite.

L’antifascisme libéral s’opère pour l’essentiel à l’intérieur des limites définies par le système capitaliste et l’ordre bourgeois.

L’antifascisme radical tend vers une organisation de la société radicalement égalitaire, c’est-à-dire débarrassée des hiérarchies et des discriminations systémiques, dont le capitalisme, la suprématie blanche, le colonialisme et l’hétéropatriarcat. Le diminutif « antifa », initialement employé en Allemagne après la Deuxième Guerre mondiale et repris dans les années 1970 et 1980, fait généralement référence à l’antifascisme radical.

*Cette définition s’inspire notamment des travaux de l’historien et politologue britannique Roger Griffin.


 

Mise à jour – en résumé jusqu’ici…

Trois ans se sont écoulés depuis le dernier état des lieux produit par Montréal Antifasciste, au printemps 2023. Le moins qu’on puisse dire est que la situation ne s’est pas particulièrement améliorée, ni au Québec ni nulle part ailleurs. Pour l’essentiel, la course de l’histoire s’est poursuivie dans le mauvais sens.

Sur le plan international, la guerre d’agression russe s’est enlisée en Ukraine; le gouvernement israélien, contrôlé par ses éléments les plus fanatiques, a perpétré un génocide au vu et au su du monde entier, profitant de la complicité active des États-Unis et de la pitoyable inaction du monde occidental; et 77 millions d’Américain·e·s ont réélu un violeur pédocriminel fasciste comme président, plongeant leur pays et le monde entier dans une instabilité chronique dont la brutale agression israélo-américaine en Iran et au Liban n’est que la plus grotesque des manifestations récentes. Dans le même temps, la caste des oligarques technofascistes a verrouillé son emprise sur les instruments du capitalisme algorithmique, y compris sur une « intelligence artificielle » dont il est impossible de prédire les conséquences.

Presque partout, les mouvements politiques d’extrême droite ont poursuivi leurs avancées, dont le Rassemblement national (RN) en France, Reform UK au Royaume-Uni et l’AFD en Allemagne. Le gouvernement « post-fasciste » de Giorgia Meloni est fermement installé aux manettes en Italie; le zinzin à la chainsaw, Javier Milei, s’est fait élire sur une plateforme ultra-néolibérale en Argentine; en Inde, le suprémaciste hindou Narendra Modi est assis au pouvoir depuis une douzaine d’années; etc.

Au Canada et au Québec, l’extrême droite n’est pas aux portes du pouvoir, mais pour autant, son influence se fait bien sentir dans l’arène politique comme dans la culture générale, y compris dans l’écosystème médiatique, notamment à Radio X et dans les médias du groupe Québecor, alors que se multiplient en ligne les médias « alternatifs » militants.

À l’échelle fédérale, le gambit national-populiste de Pierre Poilièvre s’est retourné contre lui au lendemain de l’élection de Donald Trump aux États-Unis. L’électorat canadien a préféré miser sur une valeur sûre en reconduisant au pouvoir un Parti libéral, désormais commandé par un banquier de carrière se présentant comme le sauveur du peuple face à la menace trumpiste. Depuis son arrivée au pouvoir, toutefois, Mark Carney ne cesse de confirmer le caractère résolument conservateur de son gouvernement, comme en fait foi la série de transfuges du Parti conservateur du Canada qui lui ont assuré une majorité au parlement. Au niveau de la rue, les mouvements suprémacistes blancs sont plus et mieux organisés au Canada anglais qu’ils ne l’ont été depuis au moins une génération, avec la prolifération d’organisations « nationalistes » comme Diagolon, Second Sons et le réseau néonazi des Active Clubs.

Nous constations en 2023 que l’extrême droite de type groupusculaire (Atalante Québec, Fédération des Québécois de souche, La Meute, Storm Alliance, Soldiers of Odin, etc.) était en repli au Québec, mais qu’en revanche — ou justement, parce que —, plusieurs des notions mises de l’avant par l’extrême droite en matière d’immigration et d’identité sont reprises de plus en plus explicitement dans les discours du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) et de l’opposition du Parti Québécois (PQ), tout comme dans le commentariat de certains médias. Cette tendance lourde, qui reflète une consolidation « culturelle » du bloc nationaliste conservateur – doublée d’une diabolisation constante et soutenue des idées progressistes – ne s’est pas démentie, et s’est même accélérée.

Le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime porte quant à lui un conservatisme réactionnaire avant tout centré sur le démantèlement des services publics et la préservation des privilèges matériels d’une classe moyenne repliée sur ses intérêts. Sous son argumentaire « autonomiste », il reprend néanmoins des thèses nationalistes ethniques et identitaires, en particulier dans sa version islamophobe. Ceci s’effectue souvent au nom d’une majorité laïque, exigeant que prime sa volonté au nom d’une démocratie qui écrase les droits des minorités au moyen de la fameuse clause dérogatoire.

La partie émergée – et complètement normalisée – de cette extrême droite est le nationalisme identitaire conservateur/réactionnaire qu’incarnent des figures comme Mathieu Bock Côté (MBC). Ce dernier a exercé une influence considérable sur le gouvernement de la CAQ tout au long de ses deux mandats et reconduira sans doute cette influence sur un éventuel gouvernement péquiste. D’autres comme lui déversent dans les journaux et sur les plateaux du groupe Québecor un flot continu de chroniques mesquines, blâmant l’immigration pour tous les maux objectivement imputables aux décisions de la classe politique au fil des dernières décennies, répétant comme un mantra que le Québec a dépassé sa présumée « capacité d’accueil ».

Mais tout juste sous la surface, sur les plateformes de médias sociaux, dans les balados et les clavardoirs privés, ce nationalisme conservateur de type civique et libéral (en théorie) se prolonge en mode plus belliqueux dans un nationalisme ethnique aux accents xénophobes, islamophobes, anti-LGBTQ+, antiféministes et, de plus en plus souvent, explicitement suprémacistes.

Quitte à se répéter, il est ainsi utile de se représenter l’extrême droite non pas comme un bloc monolithique aux contours nettement définis, mais comme un écosystème hétérogène où se développe un continuum de radicalité.

Le nationalisme conservateur bon chic bon genre du dandy MBC et de ses émules se déverse dans le nationalisme à caractère ethnique (l’ethnonationalisme), lequel contient presque toujours une dimension de « racisme scientifique ». Celle-ci le conduit à se déverser dans le fascisme bona fide sous ses diverses déclinaisons, y compris dans les cas extrêmes, dans le néonazisme et le nihilisme accélérationniste à prétention génocidaire. Il faut bien comprendre que toutes ces catégories se retrouvent sous une forme ou une autre au Québec, qu’il existe un degré important de porosité entre elles et qu’il est impossible de prédire l’ampleur que l’une ou l’autre peut prendre à tout moment ou la vitesse à laquelle cette expansion peut se produire.

En guise de porte d’entrée, l’organisation « jeunesse » Nouvelle Alliance (NA) représente aujourd’hui le pôle nationaliste identitaire/ethnique : une extension du discours des MBC et cie, pour l’essentiel dépouillé des pires excès de langage. Cela n’empêche pas ses militants de pousser régulièrement la limite de l’acceptable, avec des évocations répétées de la « submersion migratoire » et autres euphémismes ou dog whistles rappelant implicitement la thèse complotiste du « grand remplacement ». Le nationalisme de NA revendique ouvertement la priorité (ou la « préférence ») nationale et la défense des intérêts de la majorité historique canadienne-française, en projetant dans sa propagande une image d’Épinal rétrofuturiste d’un Québec indépendant où cette majorité pourra imposer sans partage sa domination culturelle et, surtout, ethnodémographique. La question de l’immigration est déjà présentée ici comme une menace à la survivance de la nation canadienne-française.

Viennent ensuite le projet de « réinformation » Nomos-TV et la communauté d’esprit qui s’est créée en ligne autour de ses principaux animateurs. Fièrement ethnonationaliste et très souvent ouvertement raciste (voir l’article de Montréal Antifasciste révélant la violence des propos tenus dans leur forum privé), le projet Nomos sert en quelque sorte de courroie de transmission entre les diverses tendances de l’extrême droite locale. Son principal animateur, Alexandre Cormier-Denis (voir l’article que Montréal Antifasciste lui a consacré et les passages à son sujet ci-dessous), est sans contredit héritier de la tradition néofasciste qui, depuis les années 1970, œuvre à la réhabilitation des thèmes de l’extrême droite historique sur le plan culturel. Cette tradition adopte une approche dite « métapolitique », en vue d’une éventuelle saisie du pouvoir politique. Est-il nécessaire de signaler que c’est précisément la dynamique à laquelle nous assistons de manière accélérée depuis plusieurs années, en Europe, aux États-Unis et ici même?

Faisant figure d’idiots utiles à cet égard, de nombreux personnages publics leur prêtent leur notoriété ou les invitent sur leurs plateformes. C’est le cas notamment de la Radio X de Québec, où Philippe Plamondon et Sébastien de Crèvecœur de Nomos-TV tiennent chronique, de Richard Martineau, qui relaie régulièrement des éléments de propagande sur ses médias sociaux, ou de Benoît Dutrizac, qui reçoit à son émission sur QUB radio des individus clairement associés à l’extrême droite, dont Alexandre Cormier-Denis lui-même.

Il existe en outre toute une constellation d’influenceur·euse·s, de médias « alternatifs » et de podcasters moins connu·e·s qui se taillent une place dans l’écosystème et alimentent en permanence les chambres d’échos islamophobes/xénophobes/transphobes. Combinant leurs influences, tou·te·s ces intervenant·e·s participent activement à élargir la fachosphère, à amplifier la voix de ses porte-parole les plus strident·e·s et à impulser un certain mouvement, au point où beaucoup déclarent être en train de gagner la « bataille des idées » face à la gauche.

Bouclant la boucle, par calcul cynique, certains politiciens n’hésitent plus à racoler ce segment de l’électorat soumis à l’influence de l’extrême droite. C’est le cas notamment de Paul Saint-Pierre Plamondon qui a accordé une entrevue à Rebel News (voir le passage à ce sujet, ci-dessous) en avril dernier, et dont même d’ex-député·e·s et ministres de son parti s’inquiètent en secret que leur chef entretienne « une proximité idéologique inquiétante avec Mathieu Bock-Côté », selon l’analyste de la politique québécoise Michel David.

Puis enfin, à la frange de cet écosystème toxique, l’on retrouve des projets comme le Frontenac Active Club, qui épousent une éthique ouvertement suprémaciste blanche et se complaisent sans vergogne dans l’imaginaire néonazi. Les Active Clubs, comme le réseau White Lives Matter avant eux, ainsi que toute la constellation des groupuscules « nationalistes » canadiens comme Second Sons, Diagolon ou Loyalist Pioneers, s’inscrivent de façon claire dans la continuité du néonazisme nord-américain (voir le Patriot Front). Ces groupes combinent les codes boneheads (nationalisme blanc 1.0) à ceux de l’alt-right (nationalisme blanc 2.0) et à certains éléments des mouvements identitaires européens, à l’instar du maintenant défunt groupuscule Atalante Québec, qui se rattachait quant à lui à la tradition dite « nationaliste révolutionnaire ».

Les idées et valeurs de l’extrême droite se retrouvent à tant d’endroits aujourd’hui qu’il nous est impossible de tout traiter en détail. Nous aurions pu, par exemple, présenter longuement Raymond Gagnon (ing.), auteur raciste et masculiniste et vice-président des Sceptiques du Québec, pour qui il signe des textes dénonçant le port du hidjab et le prétendu « entrisme idéologique » islamique à l’Ordre des ingénieurs du Québec. L’intolérance des Sceptiques du Québec à l’égard des transidentités est si forte que l’association a été exclue, en 2022, de la Fédération des Initiatives pour le Développement de l’Esprit critique et du Scepticisme Scientifique. Sans nécessairement qualifier ces groupes d’« extrême droite », on peut tout de même constater de fortes crispations d’intolérance face aux personnes trans et aux communautés musulmanes dans le collectif féministe Pour le droit des femmes (PDF) et dans le Réseau éducation, sexe et identité (RÉSI), par exemple, qui s’affichent pourtant comme progressistes.

Comme cette introduction le suggère, les précisions et les distinctions importent, et en tant que militant·e·s antifascistes soucieux·ses de convaincre le plus grand nombre de la réalité du danger, nous ne nous rendrions pas service en simplifiant à outrance une réalité complexe ou en confondant sans nuances tous ces différents acteurs. Selon nous, il est contre-productif, par exemple, de traiter un nationaliste conservateur de « nazi », par raccourci, car cela ne correspond pas à la réalité et risque d’émousser la force sémantique de chaque notion et, du même coup, de nuire à la portée de nos actions. Nous encourageons donc nos sympathisant·e·s à faire preuve de discernement et de précision lorsqu’il est question de l’écosystème d’extrême droite. C’est en partie pour cela que nous produisons cet état des lieux.

Ce qui suit est à la fois une mise à jour, trois ans après la publication de notre dernier état des lieux, et un tour d’horizon de l’extrême droite militante au Québec. En outre, ce texte se veut une analyse des différentes déclinaisons et des réverbérations des thèmes de l’extrême droite dans les sphères politiques, le commentariat ainsi que l’écosystème idéologique et propagandiste qui se développe en ligne.

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Bilan de la CAQ et surenchère nationaliste

Le virage identitaire d’une partie de la classe politique québécoise ne date pas d’hier. De l’avis de plusieurs[1], le milieu indépendantiste a entamé un repli en ce sens dès le lendemain de la défaite référendaire de 1995, une dérive qui s’est accélérée au cours des années 2000 avec la crise des « accommodements raisonnables », stimulée à des fins électoralistes par Mario Dumont et l’Action démocratique du Québec (ADQ), et qui s’est poursuivie avec l’épisode de la « Charte des valeurs québécoises » pilotée par Bernard Drainville, alors ministre du Parti Québécois. Ce déplacement d’un nationalisme plus civique (« Quiconque vit au Québec est Québécois·e ») à un nationalisme surtout ethnique (« Nous », la majorité d’origine canadienne-française, contre « eux », les minorités) s’est confirmé avec la victoire de la Coalition Avenir Québec (CAQ) et la mise en œuvre de son programme législatif liberticide.

Nous avons déjà montré la façon dont la CAQ avait transporté au gouvernement les revendications de La Meute : cela s’est vérifié tout au long de ses deux mandats, avec la réduction des seuils d’immigration et les paniques artificielles sur la « capacité d’intégration », l’insistance démagogique sur les risques que ferait peser l’immigration sur la cohésion sociale et l’identité québécoise, l’introduction de nouvelles conditions à l’intégration, et la discrimination ciblée des minorités religieuses sous couvert d’une laïcité dévoyée et grossièrement instrumentalisée avec la Loi 21, puis le projet de Loi 94. Pour le gouvernement, chaque problème en est venu à n’avoir qu’une seule cause : l’immigration. La crise du logement : l’immigration. Les problèmes à l’école : l’immigration. Le sexisme au Québec : l’immigration. Etc. Comment s’étonner alors que Bernard Drainville, dans le cadre de la course à la chefferie du parti, ait fait ouvertement référence à la « préférence nationale », un concept discriminatoire tout droit importé de l’extrême droite française. Et c’est sans rien dire de la continuation de l’entreprise de démantèlement néolibéral et du recours de plus en plus décomplexé par la CAQ à des procédés autoritaires pour imposer son programme de merde, notamment la clause de dérogation aux dépens des droits individuels fondamentaux.

À la faveur d’une manipulation constante de l’opinion publique dans certains médias grand public (ce que nous examinerons plus loin), et suivant les succès apparents de la CAQ à cet égard, la question identitaire est devenue tellement centrale qu’elle prend souvent préséance aujourd’hui sur les enjeux économiques fondamentaux et détermine largement la teneur des débats et les orientations des partis à l’approche de la prochaine séquence électorale. La classe politique québécoise de 2026 est empêtrée dans une surenchère, à savoir qui sera le plus nationaliste et qui parmi les nationalistes sera le plus réactionnaire. Ces débats éclipsent complètement un grand nombre de questions d’importance majeure pour l’avenir de la nation concernée.

De tous les acteurs et actrices engagé·e·s dans cette course vers le bas, le chef du Parti Québécois (PQ), Paul Saint-Pierre-Plamondon, est peut-être le moins subtil et le plus irritant. Lui qui, quelques années à peine avant de prendre la direction du parti, vantait encore les vertus de l’ouverture et de l’inclusion, a opéré un retournement de veste complet et racole désormais ouvertement l’électorat d’extrême droite par soif du pouvoir. À quoi bon se priver d’être raciste, si cela permet de devenir premier ministre? Par exemple, il savait exactement ce qu’il faisait lorsqu’il a accordé une entrevue de fond à Rebel News et, quelques jours plus tard, lorsqu’il a répondu à une question de Léo Dupire, le porte-parole de Québec Fier (proche du Parti conservateur du Québec), dans le cadre d’un townhall du Centre pour Israël et les affaires juives (CIJA) en brandissant la menace que ferait planer le « frérisme » (en référence aux Frères musulmans égyptiens) sur le Québec. Ce délire est tout droit sorti du répertoire de l’extrême droite européenne, ce qui n’a pas empêché le chroniqueur du Devoir et ancien chef du PQ, Jean-François Lisée, de le reprendre peu après pour justifier les propos douteux de PSPP. Les prises de position récentes et la rhétorique endurcie de ce dernier trahissent ainsi son intention de grappiller les votes des droitistes déçus pour qui la CAQ n’est pas allée assez loin dans les politiques anti-immigration, l’islamophobie et l’antiwokisme tous azimuts. Pour l’instant, le PQ continue de promettre un référendum sur l’indépendance dès un premier mandat s’il est élu, mais il est permis de se demander ce à quoi ressemblerait un Québec souverain sous une pareille direction.

La course à la succession de François Legault à la tête de la CAQ a exposé plus crûment que jamais la tension qui existe au sein de ce parti entre son flanc nationaliste identitaire, incarné par Bernard Drainville, et son flanc « autonomiste », plus modéré et centré sur la mission économique néolibérale. Ce dernier camp a remporté la course, mais il serait naïf de croire que Christine Fréchette et son entourage céderont la rhétorique identitaire au PQ au cours de la campagne électorale. D’autant plus que Drainville qui, dit-on, « comptait beaucoup de partisans parmi le personnel politique », n’a pas cédé son influence sur le parti.

Quant au Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime – la seule formation, soit dit en passant, que les médias traditionnels décrivent régulièrement comme étant « de droite » –, il semble qu’après avoir réprimé le courant nationaliste au sein de ses propres rangs, il s’emploie maintenant à contester à la CAQ la ligne « autonomiste » en préférant consolider ses appuis sur la base « libertarienne » de la couronne de Québec à l’approche des élections, plutôt que de s’engager franchement dans la surenchère identitaire. Notons tout de même l’entrée du PCQ à l’Assemblée nationale du Québec, suite au recrutement de la députée indépendante et ex-caquiste Maïté Blanchette Vézina en avril 2026.

Quoi qu’il en soit, le prochain cycle électoral s’annonce comme un shit show innommable, dont l’extrême droite risque d’émerger renforcée, à tout le moins sur le plan de la visibilité et de la guerre des idées que mènent ses principaux idéologues.

 

MBC et le nationalisme conservateur

Mathieu Bock-Côté (MBC), dont le fonds de commerce consiste depuis belle lurette à calomnier l’Islam, l’immigration, les « néoféministes » et les personnes trans, a poursuivi sa dérive fascisante, notamment en publiant l’an dernier un nouveau livre (Les deux Occidents, 2025) pour dénoncer — encore et toujours — le diabolique « régime diversitaire ». Il y critique les États libéraux comme la France, qu’il compare sans rire au système totalitaire de l’URSS, ce qu’il avançait déjà dans son livre précédent, Le totalitarisme sans le goulag (2023), mais qu’il réitère ici avec encore plus de hargne et d’hyperbole.

Il défend par ailleurs la ligne autoritaire du trumpisme, qui répondrait selon lui aux aspirations du « vrai » peuple… Ce dandy mondain se présente ainsi encore comme un « dissident » et continue de rejouer inlassablement la cassette qu’il use depuis presque 30 ans : l’extrême droite n’existe tout simplement pas (ses critiques seraient d’ailleurs incapables de la définir), et qualifier une personne ainsi n’a pour seul objectif que de la disqualifier de l’espace public par des moyens malhonnêtes.

Il a, dans le même esprit, défendu une grande manifestation xénophobe en Grande-Bretagne en septembre 2025, organisée par le militant anglais Tommy Robinson, et à laquelle Éric Zemmour (qui a servi de mentor à MBC dans l’écosystème médiatique français) a été invité à prendre la parole. À en croire MBC, tout cela n’a rien à voir avec l’extrême droite, car le bon peuple anglais ne fait que défendre son identité : « La manifestation de Londres n’avait rien de honteux. L’associer à “l’extrême droite” relève du salissage », a-t-il même osé déclarer. Pourtant, même les médias auxquels il collabore au Québec — Journal de Montréal et TVA — et en France — CNews et Le Figaro — qualifient Tommy Robinson de militant d’« extrême droite »!

Pour bien saisir l’état d’esprit de MBC, il est aussi intéressant de rappeler sa défense de Nigel Farage, un politicien d’extrême droite anglais qui a dirigé le parti Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et qui est aujourd’hui à la tête du parti Reform UK. D’après Mathieu Bock-Côté, il s’agit d’« un homme tout à fait honorable, qu’il est scandaleux d’extrême-droitiser, [il] a été un acteur majeur de la longue campagne pour le Brexit et la restauration de la souveraineté britannique. […] Vrai tribun, homme de culture, drôle et éloquent, militant pugnace aux convictions inébranlables, il est parvenu à transformer le débat public ». Or, le journal The Guardian révélait, en mars 2026, que cet « homme tout à fait honorable » a accepté d’être payé par Diagolon, le groupe suprémaciste blanc canadien, pour enregistrer des vidéos en appui aux actions de ses leaders, dont le « Road Rage Terror Tour ».

S’il s’entête à répéter qu’il ne faut surtout jamais associer qui que ce soit à l’extrême droite, cette fameuse « catégorie fantomatique », Mathieu Bock-Côté ne se gêne pas pour sa part de qualifier régulièrement les « antifas » d’« ultra-gauche » et d’« effondrés psychiques » ultraviolents (et apparemment très riches), les désignant même comme les « vrais fascistes », reprenant une formule dont la profonde absurdité n’a pas empêché qu’elle devienne un cliché omniprésent dans les milieux réactionnaires. Bien d’autres l’ont remarqué avant nous : une partie du modus operandi de MBC consiste précisément à faire lui-même ce qu’il reproche constamment à ses adversaires.

Bock-Côté fait régulièrement la promotion de leaders de l’extrême droite française, comme Éric Zemmour et Marion Maréchal LePen (avec qui il a été récemment aperçu dans un chic restaurant parisien). Enfin, il n’est pas seulement le chouchou des milliardaires propriétaires de médias de masse, il est aussi l’enfant chéri de magazines d’extrême droite, faisant par exemple la Une du numéro de janvier 2026 de la revue Éléments : Pour la civilisation européenne, fondée par Alain de Benoist et qualifiée de revue de la « Nouvelle Droite », aujourd’hui proche de la Nouvelle librairie, établissement d’extrême droite logé à Paris.

MBC forme par ailleurs une relève, dont Étienne-Alexandre Beauregard (ÉAB) est sans doute la figure la plus en vue, après Philippe Lorange. MBC a notamment invité ÉAB à ploguer son livre sur « l’effondrement de la civilisation occidentale » (sous l’effet des valeurs de gauche, évidemment) à son émission sur CNews en octobre 2025. Celui-ci a aussi eu la chance d’être interviewé, dans la même tournée en France, par des journaux d’extrême droite comme Frontières et Causeur. Au Québec, ÉAB a aussi été le rédacteur des discours de François Legault pendant plusieurs années. Notons son invitation récente par le comité du PQ à l’Université Laval pour une conférence « sur la nation québécoise ».

Il est incontestable que MBC et son poulain ont exercé une influence sur les orientations de la CAQ et que par conséquent, la tendance nationaliste conservatrice que représentent Bock-Côté et Beauregard, laquelle garde un pied dans le libéralisme autoritaire et un autre dans l’extrême droite, a déteint sur la culture politique au Québec. C’est sans doute en partie de cette brèche politique, ou du moins de cet univers idéologique, qu’a notamment pu émerger une organisation comme Nouvelle Alliance.

 

Nouvelle Alliance (et cie)

Nous avons publié au fil des ans de nombreux articles et interventions concernant le groupuscule nationaliste identitaire Nouvelle Alliance (NA), lequel a par ailleurs fait l’objet d’une certaine attention médiatique au printemps 2025. En mai 2024, nous décrivions NA comme « une nouvelle organisation politique séparatiste à caractère ultranationaliste » dont « les membres fondateurs et principaux militants […] sont d’anciens membres [du] groupuscule [Front canadien-français (FCF)], proche émule des cercles ultracatholiques fascisants du Québec ».

Dans le même article, nous écrivions :

« Un examen rapide de leurs plateformes de médias sociaux révèle un très grand nombre de sympathisants (groupes et individus) identifiés à l’extrême droite, affichant par exemple des symboles du fascisme, des courants identitaires européens, de l’ultranationalisme ou du nationalisme blanc, de l’alt-right, etc. »

Bien que toujours présente dans le paysage québécois, Nouvelle Alliance n’a pas connu une croissance importante dans les trois dernières années et ses effectifs militants semblent plus ou moins stabilisés à une cinquantaine de membres et proches sympathisant·e·s. Sa direction a toutefois travaillé très fort à développer un discours cohérent et à solidifier la base sympathisante du groupuscule.

Une ou deux fois par année, NA annonce une campagne de recrutement, dont la principale stratégie consiste à faire de l’affichage sauvage dans plusieurs villes : Montréal, Québec, Sherbrooke, Saint-Jean-sur-Richelieu, Valleyfield, etc., la plupart du temps autour des cégeps et universités. Les forces antifascistes ayant structuré leur opposition à NA dans les dernières années, ces affiches ne restent jamais bien longtemps en place et ne servent vraiment à l’organisation que par la diffusion sur Internet de photos de ses militants « en action ».

Mentionnons que si la branche montréalaise de NA est théoriquement la plus importante, peu de membres résident réellement en ville et dans les quartiers centraux, qui leur sont très hostiles.

Un ancrage à droite plus assumé

Présentée à sa fondation comme une sorte de coalition Frankenstein de séparatistes issu·e·s de tous les camps politiques (le fameux « ni de droite ni de gauche; mais nationalistes »), l’organisation a peu à peu abandonné cette posture pour enfin admettre en 2025, à l’occasion de la participation de François Gervais au podcast d’Alexandre Cormier-Denis, que cela n’était qu’un vernis et que NA campait effectivement à l’extrême droite du spectre politique.

Dans la même séquence, Gervais a accordé un très long entretien en forme de manifeste à la revue Le Harfang, pour l’ultime numéro de cet organe de propagande de la défunte Fédération des Québécois de souche (FQS). Rappelons que ce dernier projet avait été fondé en 2007 par des néonazis et qu’il s’est plus tard refondé comme un chapiteau pour toutes les tendances de l’extrême droite au Québec.

Nouvelle Alliance a également organisé un événement public dans les locaux de la Société Saint-Jean Baptiste à Trois-Rivières, en septembre 2025, dont les conférenciers invités étaient David Leroux, un essayiste antilibéral (manifestement admirateur de Carl Schmitt et de Julius Evola), notamment préoccupé par la réhabilitation du terme « fascisme », et François Dumas, qui animait dans les années 1990 le Cercle Jeune nation, un groupe de réflexion d’extrême droite inspiré par la Nouvelle Droite française et ayant servi de modèle autant à la Fédération des Québécois de souche qu’à la génération actuelle de fachouillards ethnonationalistes qu’incarne Alexandre Cormier-Denis. Notons d’ailleurs que la chaîne Telegram du Harfang sert désormais exclusivement de relais pour les publications du blog Jeune nation…

Le culte du chef

Un point de vigilance important pour les futures mobilisations antifascistes est la posture de chef suprême de Francois Gervais au sein de SON organisation, le bébé qu’il a fondé et qu’il finance de sa poche, dit-on. Plusieurs ex-membres de Nouvelle Alliance se sont confiés à nous à cet égard : il semble que le culte du chef y soit bien, bien présent. C’est un trait plutôt commun pour ce genre de groupes (comme La Meute, pour ne prendre qu’un exemple), qui valorisent une hiérarchie forte.

Le cordon sanitaire souverainiste

Les différents éléments mentionnés ci-dessus ont sans doute fortement contribué à précipiter l’isolement de NA au sein du mouvement souverainiste. Les positions de plus en plus assumées à l’extrême droite, associées à l’évidente psychorigidité du chef (ou du comité de direction, par effet de contagion), conjuguées bien sûr aux efforts antifascistes, ont fermé un certain nombre de portes à NA :

  • Le 19 mai 2025, les militants de Nouvelle Alliance sont empêchés de se réunir à leur rassemblement pour la Journée des patriotes à la statue de Dollard des Ormeaux, au parc Lafontaine à Montréal. Débutée tôt le matin, une « Fête populaire contre le fascisme », organisée par un groupe ad hoc qui allait bientôt se retrouver sous la bannière du Front antifasciste populaire, réunit plus de 300 personnes et occupe le terrain tout au long de la matinée.
  • En après-midi de la même journée, les OUI Québec et la Société-Saint-Jean-Baptiste ont prévenu NA que son contingent ne serait pas le bienvenu dans la manifestation traditionnelle débutant au Carré Saint-Louis. La cinquantaine de membres et de sympathisant·e·s de NA s’y rendent tout de même, mais sont empêché·e·s de se joindre au rassemblement par un service d’ordre antifasciste improvisé. Ils seront ensuite maintenus à distance de la manifestation par la police.
  • Le 20 septembre 2025, NA tente un nouveau coup, cette fois-ci en annonçant une manifestation au départ de la statue de Jeanne d’Arc, à Québec. En vain, car la cinquantaine de militant·e·s et sympathisant·e·s se font littéralement encercler et assiéger par environ 200 souverainistes de gauche et d’allégeance antifasciste. NA ne sera jamais en mesure de quitter son point de départ et ses membres devront piteusement se résoudre à quitter les lieux.
  • Le 25 octobre 2025, rebelote avec une marche des OUI Québec pour célébrer les 30 ans du référendum de 1995. Cette fois-ci, l’appel officiel à manifester précise que : « Dans le respect des valeurs fondamentales du Québec égalité entre les femmes et les hommes, laïcité et nationalisme civique, nous affirmons que les personnes affiliées à des organisations nationalistes ethniques, intégristes religieuses, royalistes ou misogynes ne seront pas admises aux activités ni aux instances de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et des OUI Québec. »
  • La veille de la manifestation, des affiches visant l’exécutif des OUI Québec sont posées autour du carré Saint-Louis et signé par « La Flèche Nationale », le one-man-groupuscule d’un certain Vincent Lewis, une cloche fêlée qui se colle sur Nouvelle Alliance et envoie régulièrement à des personnalités de gauche des lettres de déchéance de nationalité québécoise en prévision de l’indépendance du Québec. Ça fait rêver…

À la suite de tous ces revers de mobilisation, NA s’est repliée à Belœil pour lancer sa nouvelle revue, Le Franc-Renard, en mars 2026. Cet évènement « public » était toutefois organisé sous haute sécurité, puisqu’il fallait s’y inscrire en fournissant son nom, un numéro de téléphone et même une pièce d’identité! Malheureusement pour eux, le lieu de l’évènement a quand même été repéré par les forces antifascistes, et le propriétaire du restaurant les a mis à la porte aussitôt qu’il a été informé de la vraie nature de cette activité. Encore une fois, les membres de NA ont piteusement quitté les lieux pour se replier discrètement sur un autre établissement, tout en offrant une autre belle occasion de les prendre en photo…

L’ASLN et Billy Savoie

En assumant son positionnement à l’extrême droite, NA a dû se doter d’une « aile gauche » pour faire bonne figure et maintenir sa fausse posture « ni ni ». Au courant de 2025, l’organisation commence à montrer des signes de rapprochement avec l’Action socialiste de libération nationale (ASLN). Il s’agit de l’ex-Parti Communiste du Québec (PCQ), qui avait subi un coup d’État idéologique mené par deux individus : Sébastien Paquette et le désormais tristement célèbre Billy Savoie, à qui nous avons consacré un article en octobre 2025. Opérant un virage national-bolchevik plus ou moins assumé, les deux « chemises brunes » (puisque c’est littéralement la couleur choisie pour leur uniforme scout cringe, orné d’un logo combinant une fleur de lys à un fusil d’assaut AK-47), prennent le contrôle de l’organisation et en expulsent les voix dissidentes. Par ailleurs, une partie de l’organisation restée fidèle aux idéaux de gauche se structure finalement autour du journal Le Partisan québécois.

En mai 2025, NA et l’ASLN organisent ainsi un « débat des chefs », où l’on ne débat finalement de pas grand-chose, puisque les « chefs » se trouvent à être plutôt du même avis sur tous les enjeux. La rumeur se répand alors que les deux groupes envisagent de fusionner, mais le mariage n’aura pas lieu. Les deux groupes se regroupent toutefois en contingent dans plusieurs des actions ratées décrites ci-dessus.

À la suite de la publication de notre dossier sur Billy Savoie à l’automne 2025, Billy a été suspendu de son emploi d’enseignant au secondaire au Centre de services scolaire du Pays-Des-Bleuets, le temps de l’enquête, et a perdu sa direction de thèse à l’UQAC. Après avoir brièvement réintégré son emploi, l’établissement scolaire l’a congédié de manière terminale après une « récidive de sa part ». Un coup dur qui ne l’a pas empêché de poursuivre sa carrière d’influenceur de la haine en solo sur les réseaux sociaux.

La dimension « catho tradi »

Nous avons rappelé ci-dessus le lien de filiation entre NA et le Front canadien-français, lequel avait un caractère explicitement ultracatholique. NA s’est quelque peu défait de cette image pour adopter un ton plus laïc, ou du moins catho-laïque, mais certains de ses membres sont pratiquants et intègrent cette dimension à leur militance. C’est le cas par exemple de Jean-Philippe Warren, qui s’est affiché avec les couleurs de l’Academia Christiana, une organisation catholique traditionaliste rattachée à l’extrême droite française. D’autres personnages gravitant dans l’orbite de NA appartiennent à cette même tradition, dont David Leroux, qui était conférencier à l’événement de septembre à Trois-Rivières, était présent au lancement de la revue de NA à Belœil, et dit vouloir écrire pour les prochains numéros de ce journal. L’élément catholique traditionaliste est donc encore bien présent chez NA.

On le constate aussi dans les interactions sur les médias sociaux avec un certain nombre de personnages connus de ce milieu, dont les militants du projet médiatique Action Vitale, Nicolas Roseberry-Verreault et Philippe Letellier-Martel, dont le premier a d’ailleurs été aperçu dans le contingent de NA le 19 mai 2025 à Montréal, ainsi que d’autres individus et groupes proches de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), comme les éditions Avant-Garde et son directeur, Simon Demers. Ce dernier a notamment publié le livre de Cormier-Denis, participé à la manif avortée de NA à Québec le 20 septembre 2025, collabore à Libre Média (voir ci-dessous) et est fortement soupçonné d’être l’un des animateurs du projet RIXE, un club d’entraînement au combat (avec une présence en ligne) auquel participe Raphaël Lévesque d’Atalante Québec.

 

Par ailleurs dans la cathosphère…

  • La Campagne Québec Vie, avec à sa tête Georges Buscemi, est une organisation antiavortement qui sévit au Québec depuis près d’une quarantaine d’années et faisait déjà l’objet d’une forte opposition des antifascistes dans les années 2000. Ce groupe a longtemps organisé annuellement une marche anti-choix qui n’interpellait en général que peu d’intéressé·e·s. En 2024, la marche a changé de ton, pris le nom de « Marche pour la Vie » et réuni un premier contingent d’importance à Québec. En mai 2025, la deuxième édition de cette marche a été complètement déraillée par un très solide contingent pro-choix dans la Capitale-Nationale ainsi qu’un sabotage au départ des autobus montréalais. La campagne a récemment organisé une conférence « Génération Vie » à Montréal, dans les locaux de l’Église évangélique restauration, qui avait également accueilli le prédicateur-arnaqueur américain Sean Feucht lors de sa tournée canadienne en juillet 2025.
  • En octobre 2024, à Gatineau, des affiches anonymes — présumément d’une association chrétienne — sont apparues en face des deux campus Brault et Taché de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), propageant des discours antiavortement, homophobes et transphobes. La communauté universitaire, alertée par l’Alliance Queer de l’UQO et l’Association générale des étudiant·e·s (AGE-UQO), a rapidement réagi, arrachant les affiches et diffusant un autocollant rose « Pas de fachos à l’UQO ». La direction de l’UQO a par la suite déposé une plainte à la police. Dans la même région, des autocollants « Stop immigration » signés « Action française » sont apparus en avril 2026.

Un autre milieu où des cathos tradis trouvent un espace accueillant est la communauté virtuelle qui s’est créée autour du projet Nomos-TV.

 

Alexandre Cormier-Denis et NOMOS-TV

En septembre 2025, nous avons publié sur notre site un dossier sur Nomos-TV et Alexandre Cormier-Denis. Bien que cette attention soit arrivée bien (trop) tard dans l’arc de développement de Nomos, ce projet de propagande et de formation ethnonationaliste est désormais un point focal pour la communauté antifasciste locale.

Pour rappel, Nomos-TV est une webtélé axée sur la production constante de commentaires et d’analyses de l’actualité, principalement consacrée au renforcement de l’extrême droite dans la sphère nationaliste conservatrice :

« Selon ses créateurs eux-mêmes, la webtélé Nomos-TV s’inscrit dans une démarche de “réinformation” métapolitique[2], c’est-à-dire une œuvre de transformation des valeurs dominantes au sein de la société – par ce qu’on nomme par ailleurs la “guerre culturelle” – en vue de créer les conditions propices à l’exercice du pouvoir par la droite ethnonationaliste ultraconservatrice, un sous-ensemble de l’extrême droite que les principaux intéressés désignent sous l’euphémisme “droite nationale”. »

Ses principaux animateurs sont Alexandre Cormier-Denis et Philippe Plamondon, par ailleurs cofondateurs du club politique Horizon Québec Actuel (2016). Ils sont entourés d’une poignée de collaborateurs, dont Sébastien de Crèvecœur, et jouissent d’une infrastructure technique fournie par Aleck Loiselle, de l’entreprise Loiselle.solutions (laquelle offre aussi ses services au projet Lux Média d’André Pitre; voir ci-dessous).

Sont ainsi produites jusqu’à trois ou quatre émissions par semaine, généralement diffusées en direct, soit du studio aménagé dans l’immeuble dont Plamondon est propriétaire, sur la rue Saint-Urbain à Montréal (du moins jusqu’à avril 2026), soit vraisemblablement du domicile de Cormier-Denis. À l’occasion de la fête nationale, Nomos organise annuellement une diffusion web en direct intitulée « Saint-Jean de la Race ». Les activités de la webtélé sont financées par les abonnements ainsi que la vente de marchandise en ligne.

Au fil des ans, ACD a reçu sur son plateau et s’est entretenu avec un grand nombre de personnalités de l’écosystème de la droite conservatrice et de l’extrême droite au Québec, dont Raphaël Lévesque d’Atalante, les membres du Front Canadien-français et, plus récemment, Action Vitale, qui s’inscrit dans le même sillon catho-tradi. Ont aussi été invités, Léo Dupire de Québec Fier, l’essayiste Philippe Sauro-Cinq Mars du même entourage, David Leroux proche de l’Action Nationale, François Gervais de Nouvelle Alliance, et plusieurs autres. ACD a aussi collaboré plusieurs fois avec la revue Le Harfang de la Fédération des Québécois de souche.

Par ailleurs, ACD tient une chronique régulière sur la chaîne YouTube du média d’extrême droite français Frontières et se trouve régulièrement invité à collaborer à divers projets s’inscrivant dans la même ligne idéologique. Il est notamment un collaborateur régulier du suprémaciste blanc français Daniel Conversano, dont il était l’invité spécial au lancement de son livre portant sur l’histoire du racisme anti-Noirs, à Paris le 12 avril dernier. Lors de ce même passage à Paris, il a participé au colloque de l’Institut Iliade (Nouvelle Droite) et accordé de nombreux entretiens à différents médias numériques d’extrême droite, dont Radio-Courtoisie et la chaîne du média-activiste Vincent Lapierre.

Tout le projet idéologique de Nomos tient en quelques phrases : il faut urgemment s’extraire de la fédération canadienne et réaliser l’indépendance du Québec (et ce par décret unilatéral et non par voie de référendum, car le processus démocratique comporte un risque d’échec…); la survie de la « race » canadienne-française passe par un arrêt complet de l’immigration extraeuropéenne et non-blanche, qui est à la fois l’instrument et le résultat du « grand remplacement »; et les personnes racisées ou issues de l’immigration, considérées comme inférieures par défaut, exogènes par définition, et conséquemment, incapables de s’assimiler ou de participer à la construction de la nation québécoise, doivent être expulsées en masse (par la « remigration ») dans les plus brefs délais. Du même souffle, il faut dénoncer les libéraux multiculturalistes « remplacistes », les « gauchistes » et les « wokes », qui minent la vitalité nationale de l’intérieur.

Et en privé, c’est encore pire, comme nous l’avons montré dans un article documentant l’infiltration du clavardoir privé des membres abonnés de Nomos sur l’application Telegram. C’est là que la nature profonde du projet se révèle le plus clairement. « Métèques », « bougnoules », « n*gres », « sous-race », « racailles » ne sont que quelques-unes des charmantes épithètes que l’on retrouve sur une base régulière dans les discussions privées de la communauté « nomosienne ». Ici, tout – mais absolument tout – est interprété et analysé à travers le prisme du nationalisme ethnique, de l’« invasion migratoire », du combat civilisationnel et de la supériorité inhérente de la « race » canadienne-française. Sans surprise, la rhétorique hargneuse sur « l’ensauvagement », sur la supposée intelligence inférieure des personnes noires, sur le caractère « monstrueux » des personnes trans ou sur le danger civilisationnel du féminisme est complètement débridée et ne connaît aucune limite. Nomos-TV est donc un pôle central de l’extrême droite au Québec en 2026. Quiconque prétend encore le contraire est soit naïf, soit malhonnête.

Pourtant, lorsque Cormier-Denis a été invité à Télé-Québec en 2019, Sophie Durocher n’a pas hésité à se porter à sa défense après que l’humoriste Mehdi Bousaidan l’eut traité de raciste. Il a aussi fait des passages à Qub radio, Radio X, Radio Ville-Marie, sur le podcast de Rémi Villemure et sur plusieurs autres plateformes. François Fournier de la chaîne Ian & Frank lui a accordé un entretien, tout comme Jérôme Blanchet-Gravel de Libre Média. Plamondon et Sébastien de Crèvecœur tiennent quant à eux une chronique régulière à Radio X depuis plus d’un an. ACD a même fait l’objet d’un long portrait dans le journal Urbania en octobre 2025, qui se voulait « objectif », mais dont le principal intéressé s’est réjoui. Il faut dire que le journaliste avait fait le choix de clore son reportage en avançant qu’ACD met « à nu cette tentation autoritaire qui rôde dans nos démocraties et, peut-être, au fond de chacun de nous »… Avouons qu’il aurait été difficile de mieux le normaliser.

À la suite de l’action du Front antifasciste populaire le 23 avril 2026, qui avait organisé un rassemblement festif devant le studio d’enregistrement de Plamondon, tous ces personnages médiatiques, dont Benoit Dutrizac, lui ont gracieusement donné l’occasion de se poser en victime en diabolisant l’action non violente du Front Pop comme si c’était un acte « terroriste ».

Bref, ces individus haineux sont admis et leurs discours sont relayés dans des espaces conservateurs – et même soi-disant centristes –, ce qui montre bien la porosité extrême entre le conservatisme mainstream et l’extrême droite, porosité facilitée par toute une série de médias « alternatifs », d’influenceurs et de personnages publics servant d’amplificateurs du signal de l’extrême droite, ainsi qu’un certain nombre d’acteurs complices ou complaisants des médias traditionnels.

 

Médias « alternatifs », pseudo-journalistes, intellos et influenceur·euse·s

Il s’est développé au Québec, depuis quelques années, toute une constellation de pseudo-médias sur le web qui se targuent de défendre la liberté de penser « au-delà des dogmes et des tabous ». Ces derniers se contentent en réalité de régurgiter les dogmes de la droite dure, voire de l’extrême droite, surtout au sujet de l’immigration, de l’Islam et des transidentités, en plus de s’en prendre à la gauche progressiste et à la gauche radicale, toutes confondues dans la catégorie fourre-tout du « wokisme ».

Rebel News Québec

Rebel News Québec est une section locale de l’organisation d’extrême droite Rebel News (autrefois Rebel Media) fondée en 2015 par l’avocat et militant canadien Ezra Levant. La section québécoise a été lancée en avril 2017; en date de mai 2026, elle avait produit 430 vidéos, comptait 27 000 abonnés et revendiquait 2 700 000 visionnements. Ses principaux activistes sont Alexandra « Alexa » Lavoie, qui agit à titre de « reporter » de terrain, et Guillaume E. Roy, qui lui sert de caméraman.

Sur son site, le collectif militant se présente ainsi :

« Chez Rebel News Québec, nous suivons les faits peu importe où ils mènent — et quand ça va à contresens du récit de l’establishment, c’est notre mission de vous montrer l’autre côté de l’histoire! Nous abordons les enjeux sociopolitiques qui affecteront la vie des Québécois dans les années à venir, sans filtre ni censure. »

Or, son nom est doublement trompeur, car ce projet n’est ni rebelle ni un véritable média d’information. D’abord plutôt marginal et méconnu, il a gagné en influence au cours des dernières années sur les médias sociaux, et même sur la scène politique à l’occasion des manifestations propalestiniennes, qu’il cherchait activement à discréditer.

En avril 2025, lors des élections fédérales, les agitateur·trice·s de Rebel News ont aussi attiré l’attention en perturbant la conférence de presse qui suivait le débat des chefs en français, en posant des questions pour le moins orientées. Par exemple, ils ont demandé au chef du NPD ce qu’il pensait des « attaques répétées contre les chrétiens » et les « églises ciblées par du vandalisme ». Cette situation a convaincu la Commission des débats d’annuler le débat en anglais. Radio-Canada et même le Journal de Montréal ont alors qualifié le groupe comme appartenant à l’« extrême droite », à l’instar du Conseil de presse, qui a précisé dans une décision rendue en mars 2026 [#D2025-12-193] que Rebel News : « […] ne constitue pas un média d’information tel que défini par le Conseil de presse du Québec. La plateforme Rebel News peut plutôt être qualifiée d’organisation militante proche des milieux d’extrême droite ». Le Journal de Montréal avait aussi rapporté, à cette occasion, que Rebel News avait reçu environ 200 000 $ pour influencer la campagne électorale, en particulier pour encourager la mobilisation contre le Parti libéral du Canada.

Rebel News Québec a récemment profité de l’appétit des animateurs de Qub Radio pour les opinions d’extrême droite en se faisant inviter par Benoit Dutrizac (par exemple, le 16 avril 2025) ou encore par Richard Martineau (le 1er décembre 2025). La pseudo-journaliste Alexandra Lavoie a notamment pu y affirmer qu’elle « redoute ceux avec des keffiehs où on ne voit que les yeux […], souvent ils deviennent violents ». Richard Martineau s’est ainsi désolé que Rebel News soient « les seuls » à parler des prières de musulman·e·s dans les rues de Montréal (9 avril 2026).

Les activistes de Rebel News manquent aussi cruellement de décence élémentaire. Pour ne citer qu’un exemple, Alexandra Lavoie a notamment poursuivi dans les rues la députée libérale Nathalie Provost pour lui demander si son objectif au gouvernement était de « pousser l’agenda du lobby Poly-se-souvient » pour le contrôle des armes à feu, évoquant la prétendue répression contre les membres de la Canadian Coalition for Firearms Rights (CCFR). Sans rire, Lavoie a alors accusé de « fascisme » un attaché politique accompagnant la députée qui levait la main pour cacher la lentille de la caméra. Pour mémoire, Nathalie Provost a certes milité pour le contrôle des armes à feu, mais il faut aussi noter qu’elle est elle-même l’une des étudiantes de Polytechnique ayant survécu aux tirs du tueur de l’attentat antiféministe du 6 décembre 1989 et qu’elle porte encore du plomb dans son corps.

Dans le même esprit d’agitation « avec pas d’classe », le 27 septembre 2025, Lavoie et son caméraman se sont disgracieusement pointé·e·s à la marche silencieuse pour Nooran Rezayi, le jeune homme assassiné par la police de Longueuil, visiblement dans le but d’en harceler les participant·e·s. Leur réaction délirante face aux antifascistes qui ont tenté de les repousser a provoqué une escalade policière contre la foule endeuillée.

Le modus operandi des têtes de Rebel News consiste ainsi à pratiquer un « journalisme d’embuscade », à harceler leurs opposantes idéologiques sous couvert de liberté de presse, et se poser ensuite en victimes lorsqu’elles sont repoussées. Cette formule éprouvée (d’ailleurs très répandue en Europe et aux États-Unis), exploitant l’appétit des algorithmes pour les chocs sensationnalistes, leur permet à la fois de gagner en popularité dans les médias sociaux et de recueillir toujours plus de dons en tirant profit de la crédulité de leur base. Nous restons de l’avis que la meilleure approche reste de les éloigner de nos activités et mobilisations, mais par des moyens tactiques et stratégiques réfléchis en conséquence.

Libre Média

Ce projet d’information, fondé en 2022, se présente comme « francophone, libre et indépendant ». Il compte aujourd’hui près de 40 000 abonné·e·s sur Facebook et plus de 25 000 sur X. Depuis 2023, son rédacteur en chef est Jérôme Blanchet-Gravel, un chroniqueur et polémiste conservateur, auteur d’un essai intitulé La face cachée du multiculturalisme (2018) et collaborateur du magazine français d’extrême droite Causeur, qui s’est notamment fait connaître pour ses fréquentes saillies misogynes et antiprogressistes. Blanchet-Gravel est épaulé par un comité de rédaction où l’on retrouve une belle brochette de personnages louches. Anne-Laure Bonnel, notamment, qui sert la propagande — et les intérêts — de la Russie, s’est fait connaître en lançant de fausses informations sur CNews (la télé française où s’époumone Mathieu Bock-Côté) au sujet de prétendus massacres de civils par les forces ukrainiennes. Un autre Français siège qui siège au comité éditorial, Alexis Brunet, a collaboré ou collabore toujours à des médias français, dont Front Populaire, de Michel Onfray, et Causeur, qui a publié une recension enthousiaste de son premier roman Grossophobie dans lequel il critique le « wokisme ». Francis Denis est, quant à lui, le réalisateur du documentaire Omerta scolaire (2025), consacré aux mobilisations contre les transidentités à l’école et coproduit par Libre Média et le Centre juridique pour les libertés constitutionnelles. Le président de cette dernière organisation, l’avocat John Carpay, avait comparé dans une conférence organisée par Rebel News le drapeau arc-en-ciel au drapeau nazi et a été radié du barreau du Manitoba pour avoir suivi et filmé un juge pendant la crise sanitaire de la COVID-19. Notons que Francis Denis a aussi été invité à Nomos-TV par Alexandre Cormier-Denis pour parler de son film à sa sortie. Philippe Labrecque, bardé de diplômes et auteur de Comprendre le conservatisme en 14 entretiens (éditions Liber, 2016), siège aussi au comité de rédaction de Libre Média et signe des textes dans lesquels il s’inquiète de la « noyade démographique, linguistique et politique du Québec », en plus de fustiger lui aussi le « wokisme ».

Les sujets de prédilection de Libre Média laissent peu de doute quant aux valeurs politiques de ses animateur·rice·s. Citons en exemple un article au sujet de l’enseignante Amanda Kakihi, qui affirme que « les regards insistants et déplacés » dans la rue proviendraient « toujours d’hommes issus de certaines communautés culturelles ». Notons que le jour même de la publication de cet article (le 8 mai 2026), elle était invitée à discuter du même sujet par Richard Martineau à son émission sur Qub. On s’inquiète ici que « le Québec se condamne à mourir » en raison de la baisse de natalité en pointant vers l’immigration musulmane dès qu’il est question de masculinisme, d’homophobie et de transphobie au Québec, en prenant du même souffle la défense d’activistes anti-LGBTQ+.

Indocile média

Le cas d’Indocile média est un peu particulier. S’affichant comme un « média », il ne s’agit en fait que d’un miroir grossissant dans lequel se reflète le narcissisme de Julien Garon-Carrier, le fondateur et surtout le seul (!) collaborateur. L’ego de cet individu est si démesuré qu’il ne tenait pas dans une simple page de médias sociaux, il lui a donc fallu se créer un « média » pour lui seul. Prétendant offrir « une information libre et sans compromis », Julien Garon-Carrier ne fait lui aussi que remâcher les mêmes platitudes de la droite et de l’extrême droite : une « immigration massive » subventionnée va « nous remplacer », la société est féminisée et le « virus woke » menace de tout détruire. Garon-Carrier s’offusque aussi de la prétendue violence de l’extrême gauche, de la militance trans et, bien sûr, des « antifas » (tout en citant George Orwell, oubliant sans doute que celui-ci était socialiste et… antifasciste). S’il n’a que très peu d’abonné·e·s sur les médias sociaux, sa stratégie de placement de produit — lui-même — semble plutôt bien fonctionner, puisque cette plateforme lui a procuré assez de visibilité pour qu’il soit invité à l’émission de Benoît Dutrizac à Qub Radio. Cela lui a permis d’exposer à un plus grand public ses critiques à l’endroit du rapport de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) documentant la recrudescence du sexisme, de l’homophobie et de la transphobie dans les écoles.

Comme nous l’avons révélé récemment (voir « Le clavardoir privé de Nomos-TV : incursion dans le safe space raciste d’Alexandre Cormier-Denis et ses suiveux ») Garon-Carrier est l’un des abonnés hyperactifs du forum privé de Nomos, où il s’y exprime candidement sur ses stratégies médiatiques avec d’autres abonnés aux pseudonymes explicitement racistes. Il s’y est réjoui, par exemple, d’avoir eu « deux ou trois moments de complicité » avec Dutrizac et d’avoir « au moins pu cogner sur l’université et les sciences sociales gauchistes ». En privé, cela dit, il se lâche en espérant que « le jour où on peut remigrer les métèques et les immigrants, je vais me porter volontaire pour contribuer à l’effort national ». Il se vante aussi d’offrir un « service d’intelligence politique », expliquant qu’il fusionne avec un robot conversationnel des fichiers de ministères et des municipalités qu’il croise avec des articles de médias, pour ensuite faire écrire un courriel de 120 mots qu’il envoie « au client potentiel »… Presque aussi futé que James Bond, ce Julien Garon-Carrier…

Québec Fier (Léo Dupire)

Québec Fier est un groupe de pression conservateur de type « libertarien » que Radio-Canada décrit comme une « usine à contenu » pour le Parti conservateur du Québec. Son activité se déploie majoritairement sur les médias sociaux, notamment sur Facebook, où sa page compte près de 240 000 abonnements. L’un de ses slogans sur la page d’accueil de son site web est « Un Québec FIER de ses origines, de sa langue, de sa culture, de ses traditions », ce qui l’ancre clairement dans le courant conservateur, et même réactionnaire du nationalisme québécois. Sa « mission » est de s’opposer à l’État qui « étouffe l’entreprise » privée, au « corporatisme syndical » et au « lobby environnemental ». La section « Impliquez-vous » présente un ramassis de causes à défendre, dont l’automobile à essence, le droit d’un « honnête citoyen » de défendre « sa famille contre un intrus » sans risquer la prison, l’abolition de la taxe carbone et, bien sûr, la liberté d’expression. On s’y oppose aussi au fédéral qui transfère « l’argent de nos impôts aux djihadistes du Hamas », à l’immigration qu’il faut réduire « dès maintenant » et, enfin, à l’intrusion des athlètes de sexe masculin (lire, des femmes trans) dans les sports féminins. Le groupe est dirigé par Léo Dupire, qui collabore aussi à Libre Média, où il signe des textes contre l’immigration et le « djiahadiste de Montréal », les femmes trans (qu’il qualifie d’« hommes trans ») et les femmes qui exerceraient la médecine grâce à de la « discrimination positive [qui] affaiblit nos sociétés ».

Stu Pitt et Lux Média

Lux Média (ex Stu Dio) est le projet d’André Pitre, alias « Stu Pitt » et de ses acolytes, dont le pénible Yann Roshdy. Il collabore avec Nomos-TV et a accueilli dans ses studios leur exécrable « Saint-Jean de la Race » à au moins deux reprises. Maxime Bernier, du Parti (pas très) populaire du Canada y a déjà été invité, ainsi que toute une ribambelle de personnages plus ou moins associés à la complosphère et à l’extrême droite. Autre fois organe de propagande pour La Meute, le projet sert maintenant de haut-parleur pour amplifier non seulement les idées d’extrême droite, mais aussi tout le répertoire moderne des fantasmes de complot. Fait à noter, Lux Média compte parmi ses collaborateurs Jean-François Gariepy, un nationaliste blanc extrêmement creepy issu de l’alt-right, dont il est avéré qu’il a été financé par Jeffrey Epstein et qui est fortement soupçonné d’être mêlé à la disparition irrésolue de son ex-conjointe.

Quelques figures intellectuelles

David Leroux est un influenceur discret de l’écosystème nationaliste identitaire. Il s’inscrit dans le même courant que Nomos-TV (dont il est d’ailleurs toujours abonné au clavardoir privé) et se nourrit des mêmes influences, dont Carl Schmitt et la Nouvelle Droite. Il a publié un essai en 2018 et collabore à la revue L’Action nationale. Catholique traditionaliste, il retient de l’intellectuel fasciste Julius Evola son « rejet de la modernité », prône une forme de « démocratie illibérale » et souhaite voir le nationalisme québécois se refonder en mode ethnique et identitaire. Mathieu Bock-Côté a fait l’éloge de Leroux dans une chronique de 2020, et celui-ci a accordé un long entretien à Alexandre Cormier-Denis en 2025. Dans la dernière année, Leroux s’est rapproché de Nouvelle Alliance, ayant notamment contribué à la revue du groupuscule, Le Franc-Renard , ce qui donne à penser qu’il exercera sur le groupe une certaine influence dans les prochains temps.

Philippe Sauro-Cinq-Mars est un autre influenceur intellectuel de la sphère nationaliste agressivement anti-progressiste. Ayant lui aussi accordé un entretien à Nomos-TV en juin 2025, il a ses entrées dans les médias traditionnels, notamment au 99,5 (Qub Radio), et collabore en tant que chroniqueur à Libre Média.

Les partis marginaux

Sur le plan des formations politiques, le portait n’est guère reluisant pour les droitards.

Le Parti patriote (fédéral) de Donald Proulx et Carl Brochu a été radié en 2022, faute d’avoir fourni un compte de dépenses au DGE.

Le parti de l’Union nationale (provincial) du coloré Jonathan Blanchette (alias « Jo L’Indigo ») est lui aussi en voie d’être radié, puisque son chef a écopé d’amendes de près de 120 000 $ pour avoir produit de faux reçus et que ses fonds sont gelés.

Le Parti nationaliste chrétien (PNC) du néonazi Sylvain Marcoux n’a quant à lui jamais réussi à se faire reconnaître, Élections Québec ayant jugé que le parti faisait de l’incitation à la haine.

Cette recension nous a de plus donné l’occasion de découvrir l’existence du Parti libertarien du Québec (autorisé en 2022), dont le susmentionné Yann Roshdy est apparemment chef depuis septembre 2025, et dont le représentant officiel est Charles Olivier, un hurluberlu du Saguenay.

À l’échelle municipale, le parti Action Montréal est dirigé par Gilbert Bilodeau, collaborateur de longue date de Lux Média, où il a longtemps animé l’émission Le Candidat. Aux élections municipales de novembre 2025, il a tout de même remporté la troisième place avec 10,16 %.

Un bouquet d’influenceurs, de crackpots et d’inclassables

La fachosphère québécoise, qui évolue principalement dans les médias sociaux, compte tant de personnages, souvent franchement disjoncté·e·s, qu’il nous serait impossible de les mentionner tous et toutes. En voici un petit échantillon :

Éloïse Boies est l’animatrice du podcast « Élo Veut savoir », l’un des nombreux « médias alternatifs » ayant émergé de la complosphère québécoise durant et après la pandémie de COVID-19. Elle fait toutefois partie de ceux qui ont réussi à se professionnaliser et à rayonner plus largement. Sa page Facebook compte aujourd’hui 63 000 abonné·e·s. Sous une apparence de curiosité intellectuelle de bon aloi, elle tient notamment une ligne dure antiwoke et transphobe, et reçoit régulièrement des invité·e·s associé·e·s à la droite très conservatrice, généralement avec une teneur « conspirituelle ». Éloïse Boies a accordé un entretien à Nomos-TV en juillet 2025.

Matt Tremblay (pseudonyme) est un nouveau personnage dans l’écosystème de l’extrême droite québécoise. Il est apparu dans les derniers mois sur les médias sociaux, notamment sur Facebook et TikTok, où il multiplie les vidéos de commentaires réactionnaires. Il reprend entre autres les mêmes thèmes anti-immigration que les éléments les plus crinqués du milieu identitaire fascisant, dont Nomos-TV. Il a participé récemment à la fondation d’une nouvelle patente à gosse d’extrême droite, la Corporation du Front National, qui se présente comme : « Une corporation dédiée à l’avancement des intérêts nationalistes par le développement stratégique de produits, la création de communautés-usines nationalistes et le déploiement de nos capacités opérationnelles avancées afin de soutenir et d’habiliter les groupes et organisations alignées avec les intérêts nationalistes. » Le 3 mai dernier, il a annoncé avoir reçu la visite de la GRC, qui lui aurait dit de « faire attention à ce qu’il dit ». Fait à noter, Julien Garon-Carrier d’Indocile Média a plus ou moins endossé cette initiative dans le clavardoir privé de Nomos, en disant être en contact avec les initiateurs du projet.

Mandana Javan est une militant nationaliste « prolaïcité » et islamophobe d’origine iranienne qui a pris énormément de place dans l’espace public au cours de la dernière année, notamment en organisant une série de manifestations « contre les prières de rue » devant la basilique Notre-Dame. Elle est aussi une sioniste enragée et s’est notamment affichée drapée d’un drapeau israélien dans les manifestations de soutien à la guerre d’agression israélo-américaine en Iran. Constamment en quête d’attention, elle a annoncé sur Twitter en décembre 2025 avoir déposé son dossier de candidature au Parti Québécois (dans la circonscription de Taillon) pour lequel elle milite activement; au moment d’écrire ces lignes, on ne sait toujours pas si le PQ osera prendre ce risque. Mandana Javan est régulièrement invitée à Qub Radio.

Annie-Ève Collin est une enseignante au collège Ahuntsic et militante féministe anti-trans ayant pris beaucoup de visibilité dans les milieux conservateurs et conspi au cours des dernières années. Elle milite pour l’organisation féministe laïcarde et transphobe PDF Québec et a été plusieurs fois invitée à intervenir à Qub Radio, notamment au micro de Benoît Dutrizac et de Sophie Durocher.

Yves Claudé est un ancien enseignant de sociologie au Cégep dont le livre sur le mouvement skinhead au Québec a connu un certain succès d’estime dans les années 1990, y compris dans les milieux de gauche. Il avait d’ailleurs jadis milité en périphérie de la Ligue antifasciste de Montréal (LAM). Il a écrit pendant plusieurs années dans l’Aut’journal et dans Presse toi à gauche, avec une perspective plutôt à gauche. Il est depuis devenu un vase communiquant des politiques et des groupes d’extrême droite locaux (La Meute, Front patriotique du Québec, etc.) et plus récemment, français, relayant compulsivement sur les réseaux sociaux des publications du Rassemblement national, de Reconquête! (le parti d’Éric Zemmour classé à l’extrême droite) ou du média d’extrême droite Frontières. En bon petit soldat orwellien, il adore manier la novlangue la plus absurde et pratique l’inversion de sens avec délectation. Ainsi, les antifascistes deviennent les « nouveaux fascistes post-modernes », hyper violents, alliés des milices islamistes qui seraient infiltrées dans les mouvements politiques et les mouvements sociaux pour favoriser le « grand remplacement ». Bien qu’il ne jouisse pas d’une grande popularité ni d’une grande audience, ces publications ulcérées et compulsives sont souvent relayées par d’autres acteurs du milieu d’extrême droite, et même parfois par certaines figures médiatiques. Le parcours de vie d’Yves Claudé est tristement symptomatique d’une certaine gauche nationaliste dont la peur paranoïaque de l’Islam et le patriotisme poussiéreux ont fait tomber dans les bras de l’extrême droite.

« Roxanne Labanane » est une influenceuse et podcasteuse, qui donne dans le sarcasme insistant pour véhiculer des idées transphobes et anti-progressistes, en général dans des vidéos à l’humour lourdingue dont on a rapidement fait le tour. Elle participe néanmoins à la chambre d’échos de l’extrême droite avec son podcast, Grille Neurones, où elle a entre autres reçu Alexandra Lavoie de Rebel News.

Requiem pour les Farfadaas — Le mouvement des Farfadaas, dirigé par Steve « l’Artiss » Charland, ex-lieutenant de La Meute, avait fait parler de lui dès 2021, puis avait bénéficié d’une forte attention médiatique en 2022 durant le mouvement dit du « Convoi de la liberté ». Accusé de méfaits lors de cette mobilisation, Charland a été condamné à six mois de prison avec sursis en mai 2025. Fin 2023, le groupe bat de l’aile et Charland est accusé d’une gestion sectaire par certains membres, qui claquent la porte. Le groupe est finalement dissous et ne fait plus parler de lui. À notre connaissance, ses anciens membres ne sont pas connus pour être impliqués dans les activités de groupes d’extrême droite, mais ce petit milieu reste à surveiller.

Du côté des médias institutionnels

Comme nous l’avons vu tout au long de cet état des lieux, une partie des médias institutionnels fait montre d’un véritable « problème facho ». C’est le cas bien sûr de la Radio X, mais aussi de Qub Radio (99,5), dont les animateurs vedettes (Benoît Dutrizac, Richard Martineau, Sophie Durocher, etc.) reçoivent régulièrement plusieurs des personnalités présentées dans le présent document. Le Journal de Montréal compte quant à lui un grand nombre de chroniqueurs (Bock-Côté, Joseph Facal, Richard Martineau, Sophie Durocher, Nathalie Elgrably-Lévy, etc.) qui ressassent à longueur de temps les mêmes obsessions réactionnaires, dont l’antiwokisme.

Jacinthe-Ève Arel est une ancienne de la CAQ qui s’est présentée pour le PCQ en 2022. Elle est devenue une figure médiatique régulièrement appelée à commenter l’actualité du point de vue de la droite conservatrice « libertarienne », notamment à Radio-Canada. Depuis février 2025, elle anime sa propre émission au 99,5 (Qub Radio), où elle sert de courroie de transmission pour la « droite économique » et le PCQ d’Éric Duhaime. Elle coanime aussi une émission les week-ends avec Rémi Villemure.

Christian Rioux — Seul correspondant à Paris du journal Le Devoir, Christian Rioux y distillait depuis des années les idées de l’extrême droite française, entre autres une islamophobie pugnace et des critiques vilaines de l’« immigration de masse » qu’il associait à une « submersion migratoire », des féministes et des trans, en plus de dénoncer le « théâtre antifasciste ». Il a *finalement* été remercié de ses services en décembre 2025 pour être immédiatement recruté par le Journal de Montréal, où il a signé pas plus tard qu’en février 2026 une première chronique… contre la nourriture halal! On peut trouver ici un aperçu de la qualité de ses chroniques excessivement répétitives et prévisibles.

Malgré le départ de Rioux, cela dit, Le Devoir ne donne pas sa place en matière de commentaire antiwoke, notamment sous la plume de Patrick Moreau (enseignant à Ahuntsic et collaborateur au 99,5 Qub Radio), et de l’éternelle éminence grise du PQ, Jean-François Lisée, lequel sévit également comme commentateur-analyste à l’émission « Mordus de politique » à Radio-Canada.

 

Les nazis

Le Frontenac Active Club (FAC)

Le principal projet à caractère néonazi au Québec, ou du moins le plus visible, est le Frontenac Active Club (FAC), dont la figure de proue et principal militant est Shawn Beauvais-MacDonald. Après la parution de notre exposé sur le FAC, en août 2024, le groupuscule suprémaciste blanc, section locale du réseau international des Active Clubs, ne semble jamais être retombé sur ses pieds. Les messages originaux sur la chaîne Telegram du groupe se font de plus en plus rares, les quelques posts restants n’étant que des republications d’autres comptes et chaînes néonazies (dont le Pagan Heritage, voir ci-dessous). La publication en mars dernier d’un article de la journaliste indépendante Rachel Gilmore sur le site The Tyee, exposant l’ancien Olympien Giulio Zardo comme un membre du Frontenac Active Club ayant mis le gym où il était employé à la disposition de son groupuscule, n’a certainement pas aidé à la cohésion du projet. Pas plus que l’instabilité psychique de son leader, qui est régulièrement aperçu en ville habillé en nazi, invectivant les passants racisés, et qui a eu la brillante idée d’aller intimider Rachel Gilmore en public après la publication de son article. Nous continuons à surveiller le FAC et Beauvais-MacDonald, mais il semblerait que ce projet est au beau fixe et n’entrevoit aucune expansion.

Pagan Heritage

Après la mort cérébrale du groupe néofasciste Atalante Québec (dont nous avons amplement parlé sur notre site web) aux alentours de 2023, achevé par la pandémie de COVID-19, les dissensions internes et les attaques incessantes des antifascistes, nous avons perdu de vue la plupart de leurs membres. Seul Jonathan Payeur, l’ex-lieutenant du leader Raphaël Lévesque, reste vraiment sur notre radar. Sous le nom Pagan Heritage, il lance une petite compagnie d’impression de vêtements en 2025, puis, plus récemment, commence à regrouper quelques boneheads pour mener des activités somme toute classiques de l’extrême droite : entraînement à la boxe, collages, cérémonie païenne inspirée du folklore viking, etc. Présents dans la région de Québec, ils entretiennent visiblement des liens avec Shawn Beauvais-Macdonald et, par extension, le Frontenac Active Club de Montréal.

Jonathan Payeur est en couple avec Adrienne Bernard, une artiste tatoueuse et sérigraphe de Leclercville, qui imprime notamment la guenille de Nomos-TV. Parlant de Leclercville, c’est dans le presbytère de cette petite localité de Lotbinière que Jo Payeur a organisé en mars dernier un événement visant à « lancer une nouvelle année d’activités pour Pagan Heritage ». Un groupe à surveiller.

Flambée de graffitis à Hochelaga-Maisonneuve

À l’hiver 2026, des dizaines de symboles suprémacistes (croix gammées, croix celtiques, etc.) et de slogans islamophobes, antisémites et anti-immigration sont apparus sur les murs du quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal. La résistance ne s’est pas fait attendre, et les militant·e·s du Front antifasciste populaire ainsi que d’autres initiatives organiques locales ont pris soin de les effacer au fur et à mesure. Une partie de ces graffitis haineux proviendrait d’un groupe de trois jeunes résidents du quartier, dans la vingtaine, aperçus par des passants. L’un d’eux serait Olivier Brisson, un aspirant rappeur MAGA dans l’orbite de l’influenceuse islamophobe Mandana Javan. Preuve que l’histoire se répète et que la vigilance ne doit jamais cesser, même dans un bastion historique de la gauche antifasciste comme Hochelaga-Maisonneuve.

Jeunes et saluts nazis à l’école

Une étude récente sur les élèves sexistes, homophobes et transphobes rapportait qu’aujourd’hui, des élèves effectuent des saluts nazis à l’école à une fréquence alarmante. Des médias avaient d’ailleurs documenté ce phénomène en 2023, à l’école Les Chutes à Rawdon, où six élèves s’étaient levés sur leur chaise en pleine classe pour effectuer le salut hitlérien en chantant « Erika », la célèbre marche militaire des SS. L’étude dévoile quelques témoignages pour le moins effarants : il s’agirait ainsi « toujours de jeunes hommes blancs, majoritairement avant le secondaire 4, là où on parle plus en détail de l’Holocauste dans les cours d’histoire, qui sont dans une équipe sportive ou dans les cadets [programme de la Défense nationale pour les 12 ans et plus] ou qui avaient un cercle social majoritairement masculin. L’école ne fait strictement rien » (témoignage de la Montérégie). Il est évidemment difficile de dire à quel point ces élèves s’identifient à l’hitlérisme et au nazisme, ou s’ils ne font ça que par provocation, mais selon un enseignant ayant participé à la recherche, « des groupes d’élèves […] sont fans d’Hitler [et] ils vont faire des saluts nazis, des croix gammées, ils vont même trouver des chants nazis de l’époque et chanter ça dans le corridor ».

Selon un autre témoignage : « Oui, il y a des élèves qui font ouvertement le salut nazi. Le profil? Des jeunes garçons blancs, plus ou moins populaires, gamers. Ces jeunes aiment les masculinistes sur les médias sociaux. Des exemples? Lorsqu’une personne “racisée” et “populaire” passe devant un petit groupe de garçons blancs, et qu’elle passe un commentaire pour niaiser ce petit groupe, l’un des garçons blancs pourrait faire un salut nazi, dans son dos. […] Plusieurs croix gammées nazies sont dessinées sur les murs des classes, les bureaux et les casiers. Un élève avait fait une croix sur le casier d’un jeune noir. » En 2024, les médias rapportaient aussi que des ados de Rimouski avaient diffusé sur les médias sociaux des photos les montrant alors qu’ils faisaient des saluts nazis.

La Division Atomwaffen au Canada et à Québec

Un procès en Ontario s’est conclu en mars 2026 par une condamnation à 20 ans de prison pour Matthew Althorpe, 30 ans, qui a plaidé coupable à trois accusations de gestes de nature terroriste commis en Ontario et au Québec de 2018 à 2022. Ce dernier aurait « facilité une activité terroriste, conseillé à des tiers de commettre un attentat et commis une infraction au profit d’un groupe terroriste », c’est-à-dire le groupe états-unien Division Atomwaffen, qualifié de « terroriste » par le Canada en 2021. Il avait produit et diffusé des textes et des vidéos de propagande haineuse, y compris à des fins de recrutement. Son complice, Kristoffer Nippak, 32 ans, était encore en procès au moment d’écrire ces lignes. La couronne l’associe notamment à Active Club Canada et l’identifie sur des photos montrant un individu au visage dissimulé sous un masque à tête de mort, effectuant un salut nazi aux côtés d’un portrait d’Adolf Hitler.

En septembre 2025, un troisième homme, Patrick Gordon Macdonald, a été condamné à Ottawa à 10 ans de prison, lui aussi pour des activités liées à Division Atomwaffen.

À Québec, un autre procès s’est ouvert en février 2026 : un jeune de 16 ans est accusé d’avoir relayé de la propagande du groupe Division Atomwaffen. Pour sa part, l’ado s’identifiait au groupe Kernatium Division, antisémite, xénophobe et aux messages anti-immigration tel que « votre invasion de notre pays échouera ». Au moment d’écrire ces lignes, le procès était toujours en cours.

Quant au néonazi montréalais Gabriel Sohier Chaput, alias « Zeiger », sur qui nous avons produit un exposé complet en novembre 2020, l’appel qu’il a interjeté de son verdict de culpabilité pour incitation à la haine a été entendu à Montréal le 6 mai dernier. Espérons que s’il obtient un nouveau procès, celui-ci sera mené de manière plus compétente que le premier.

 

Conclusion : vers un nouveau consensus antifasciste

Nous le répétons sans cesse, le seul rempart à la progression de l’extrême droite, c’est la solidarité, la mobilisation populaire et la consolidation du camp de l’émancipation sur tous les plans.

Le principal champ d’action d’un projet comme Montréal Antifasciste est celui de l’information. Lorsque cela s’est avéré nécessaire au fil des ans, nous avons activement contribué aux mobilisations et autres types d’intervention contre les manifestations les plus explicites de l’extrême droite.

Mais lorsque cette dernière devient mainstream, ces modes d’action ne suffisent plus. C’est tout le champ progressiste, radical ou non, qui doit s’organiser pour réaffirmer, quitte à le redéfinir, le consensus antifasciste et le déployer en mode populaire. C’est précisément à cette tâche que se consacre le Front antifasciste populaire (Front Pop), créé au courant de 2025.

Nous saurons bientôt quels seront les thèmes centraux du prochain cycle électoral, et cela s’annonce fort désolant. Les libéraux se livreront aux discours libéraux, progressistes de surface; la CAQ et le PQ se disputeront le champ nationaliste; et le PCQ est en voie de faire des gains importants en misant sur l’éthos hyper individualiste qui fait sa réussite dans la couronne de Québec. Quant à QS, une formation progressiste qui s’est fondée dans le compromis et ne s’en est jamais éloignée, on peut espérer qu’elle se ressaisisse et adopte une posture combative, mais rien n’indique pour l’instant que ce tournant est sur le point d’arriver.

Quoi qu’il en soit du processus électoral, notre mission reste la même au jour le jour : faire barrage par tous les moyens nécessaires au fascisme, à l’extrême droite et à tous ceux qui leur ouvrent la voie par complaisance ou complicité.

Dans le combat qui nous attend, il faudra faire preuve de clarté morale et ne jamais perdre de vue l’horizon de nos espoirs les plus radicaux. Se rappeler, par exemple, et rappeler sans cesse autour de nous, que la haine n’est jamais acceptable et doit être combattue partout où elle s’exprime.

Et enfin, dans un contexte international où la notion même d’« antifa » est diabolisée par les pires ordures qui soient, ne jamais, jamais demander la permission d’être antifascistes, ici et maintenant.

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[1]               Lire notamment Francine Pelletier, Au Québec, c’est comme ça qu’on vit, Montréal, Lux, 2023.

[2]              Nomos s’inscrit dans la tradition de la Nouvelle Droite française, qui, ironiquement, s’inspire des leçons du théoricien communiste et antifasciste italien Antonio Gramsci.